France

« Des auditions spectacles » : commissions d’enquête devenues un divertissement sur les réseaux sociaux

La commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public a été créée le 28 octobre 2025 à l’initiative du groupe UDR. Estelle Youssouffa, députée LIOT, a annoncé mercredi sa démission de la commission d’enquête, bien qu’elle fût déjà absente de la majorité des débats.


À l’ère des réseaux sociaux, les commissions d’enquête ne sont plus simplement des instances de contrôle parlementaire discrètes. Elles ont évolué pour devenir des événements médiatiques, filmés, commentés et largement diffusés sur les réseaux sociaux, marquant un tournant dans la culture du buzz.

La commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, créée le 28 octobre 2025 à l’initiative du groupe UDR, se penche sur les choix éditoriaux du service public, examine d’éventuelles influences extérieures et analyse la gestion des budgets. De nombreuses personnalités publiques, telles que Xavier Niel, Nagui, Samuel Étienne, Léa Salamé, Élise Lucet et Hugo Clément, ont été entendues, transformant ces sessions en véritables spectacles.

Le cas de Samuel Étienne, animateur de « Questions pour un champion », a particulièrement retenu l’attention en ligne, notamment à cause des discussions concernant les indemnités qu’il aurait perçues lors de son départ de France Télévisions. L’audition de Vincent Bolloré, critique de l’audiovisuel public, a également suscité de nombreux débats dans les commentaires.

Certaines auditions se démarquent sur les réseaux sociaux grâce à leurs « punchlines ». « Monsieur Charles Alloncle, c’est devenu votre commission. C’est votre commission d’enquête. C’est un one man show qui coûte très, très cher aux Français », a déclaré Xavier Niel, le propulsant parmi les sujets « tendances » sur le réseau social X. De son côté, Nagui a déclaré, lors de son audition : « J’ai entendu que je gagnais ma vie comme un footballeur. Je vais renégocier mon contrat, parce que je dois apparemment jouer en Ligue 2 plutôt qu’en Ligue 1. » Les échanges vifs entre Nagui et le rapporteur Charles Alloncle ont nécessité l’intervention répétée de Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, pour appeler à la retenue.

Estelle Youssouffa, députée LIOT, a démissionné mercredi de la commission, dénonçant la « tonalité » et « l’orientation » de celle-ci, qu’elle qualifie d’« auditions spectacles » et d’une dérive vers une mise en scène politique, malgré son absence durant la majorité des débats. Céline Calvez, députée Ensemble pour la République et vice-présidente de la commission, partage ce sentiment, s’interrogeant sur l’utilisation de « grands noms populaires » qui attirent à la fois l’attention du public et celle des députés eux-mêmes.

Quelques mois auparavant, la commission d’enquête sur TikTok, lancée en mars 2025, avait également suscité beaucoup d’attention sur les réseaux sociaux. Des créateurs de contenus comme Alex Hitchens, Adrien Laurent et Nasdas ont été auditionnés, livrant des échanges parfois tendus. Plusieurs de leurs interventions ont été recyclées par des internautes sous forme de compilations.

Les parlementaires sont conscients des dérives liées à l’utilisation de certaines séquences d’auditions. Céline Calvez a souligné « l’art de la sélection » et l’impact des « bulles de filtres », affirmant qu’il n’y a pas de contradictoire. Les élus se retrouvent en première ligne face aux critiques des internautes. « Au bout d’un moment, vous êtes obligés de lâcher les réseaux », a-t-elle déclaré.

Cependant, les députés sont souvent à l’origine de publications sorties de leur contexte. Pour remédier à cette situation, des discussions ont eu lieu en janvier, entraînant l’élaboration de nouvelles règles : la prohibition pour les députés de la commission de tweeter en direct lors des auditions, avec la possibilité de sanctions. En revanche, les internautes continuent d’avoir la liberté de publier.