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Décès de manifestants et coupure d’Internet : situation en Iran décryptée

Depuis le 28 décembre, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués lors de manifestations en Iran, selon l’ONG Iran Human Rights. La connectivité de l’internet en Iran est tombée à « 1 % de son niveau habituel » depuis plus de 24 heures, selon l’ONG Netblocks.


L’Iran traverse une vague de manifestations à l’échelle nationale, caractérisée par un lourd bilan humain, une répression fermement dénoncée par de nombreuses ONG, ainsi qu’une coupure presque totale d’internet. La réponse des autorités iraniennes se distingue par sa fermeté, tandis que les condamnations internationales se multiplient sur la scène diplomatique, aggravant les tensions autour du dossier iranien. Voici un point sur la situation.

### Un bilan humain qui s’alourdit

Les manifestations ont débuté le 28 décembre, initialement liées à la détérioration des conditions de vie et à l’inflation. Rapidement, le mouvement a pris une tournure politique, avec des slogans visant directement la République islamique. À Téhéran et dans d’autres grandes villes, des rassemblements nocturnes et des actions symboliques, comme des concerts de klaxons, ont eu lieu pour défier le pouvoir, malgré une présence sécuritaire renforcée.

Le bilan humain s’alourdit. D’après l’ONG Iran Human Rights, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués depuis le début des contestations, et des centaines d’autres ont été blessés. Amnesty International et Human Rights Watch accusent les forces de sécurité d’avoir utilisé des carabines à plomb, des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des violences physiques pour disperser des rassemblements « largement pacifiques », dénonçant des méthodes visant à « disperser, intimider et punir ».

### Craintes de répression et black-out d’Internet

La situation suscite une préoccupation grandissante parmi les défenseurs des droits humains. Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2003, a averti du risque d’une répression de masse. Elle a déclaré : « Des indices crédibles laissent penser que la République islamique pourrait tenter de transformer cette nuit en un massacre, sous le couvert d’un black-out total des communications », mentionnant l’arrivée de nombreux blessés dans un hôpital de Téhéran, certains souffrant de graves lésions oculaires causées par des tirs de fusils à plomb.

Cette mise en garde survient alors que l’Iran connaît une coupure nationale d’internet. L’ONG Netblocks indique que la connectivité a chuté à « 1 % de son niveau habituel » depuis plus de 24 heures. Selon Shirin Ebadi, « la coupure nationale d’Internet n’est pas un problème technique en Iran, c’est une tactique ». Malgré ce black-out, des images vérifiées montrent des foules défiant les autorités à Téhéran, tandis que la télévision d’État diffuse des images de contre-manifestations, mettant en avant des destructions attribuées aux protestataires.

### Les réactions internationales et du pouvoir

Le pouvoir iranien adopte une posture ferme. Le guide suprême Ali Khamenei a affirmé que la République islamique ne « reculerait pas » face à ce qu’il qualifie de « sabotage ». Il a également dénoncé les propos de Donald Trump. Les Gardiens de la révolution ont qualifié la situation d’« inacceptable », et le pouvoir judiciaire a prévenu que la répression des « émeutiers » serait « maximale ». Les autorités ont annoncé la mort de plusieurs membres des forces de sécurité et d’un procureur local lors de heurts. Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah et figure de l’opposition exilée aux États-Unis, a demandé vendredi à Donald Trump d’intervenir rapidement en Iran.

Sur le plan international, les condamnations se renforcent. Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz ont « fermement » dénoncé le meurtre de manifestants et appelé les autorités iraniennes à « s’abstenir de toute violence » et à respecter « les droits fondamentaux des citoyens iraniens ». L’Union européenne a évoqué une violence « inacceptable » et une coupure d’internet, révélatrice d’« un régime qui a peur de son peuple ». Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a également demandé une enquête « rapide » et « indépendante ».