De plus en plus demandée, la vasectomie peut désormais se faire rapidement, sans bistouri

« Le moment était venu que je prenne ma part dans la contraception. » Il y a un peu plus d’un mois, Jérôme, 51 ans, a subi une vasectomie au CHU de Toulouse lors d’une opération sans anesthésie générale et qui aura duré moins de 15 minutes. « Et j’ai depuis une vie sexuelle tout à fait normal et épanouissante », assure ce Tarnais, déjà père d’un enfant. Un choix qu’il assume et qu’il a pris après en avoir discuté avec sa compagne et à la suite de des problèmes que celle-ci avait rencontrés lors de la pose d’un stérilet.

« Je savais que je ne souhaitais pas d’autres enfants, je connaissais la vasectomie et je l’envisageais. Des amis l’ont fait, près d’une demi-douzaine, et nous en avons discuté sans tabou. Le bouche-à-oreille compense le côté méconnu », poursuit le quinquagénaire pour qui, quelque part, c’est aussi un engagement féministe. « Ce sont toujours les femmes qui ont supporté le poids de la contraception et ses conséquences », relève Jérôme qui s’est laissé tenter par la technique innovante sans bistouri utilisée depuis septembre dernier par les services de médecine de reproduction et d’urologie du CHU de Toulouse. Et à part les testicules « endoloris » durant une dizaine de jours, rien n’a changé selon lui.

Sous anesthésie locale, une incision de 5 mm

« Cette technique est légère pour le patient, mais aussi en terme organisationnel. Il peut arriver une heure avant et repartir seul sur ses deux jambes. Nous faisons cette vasectomie sous anesthésie locale, elle est mini-invasive puisque nous faisons une incision de 5 mm, et a la même efficacité que la technique classique sous anesthésie générale », explique le professeur Eric Huyghe, andrologue, dont le service a déjà pratiqué une cinquantaine de vasectomies grâce à cette technique très peu utilisée en France mais très en vogue à l’étranger.

Or elle pourrait permettre de faire face à l’explosion du nombre de demandes qui ont vu le jour ces dernières années. Alors qu’en 2015, 3.743 hommes y avaient recours en France, en 2021 ils étaient 21.277. Mais on est encore loin du Canada où un tiers des hommes est vasectomisé. « C’est l’intervention qui se développe le plus dans notre service. Il faut dire que nous étions en retard comparé aux autres pays européens, en raison de questions culturelles mais aussi législatives puisque c’était interdit jusqu’en 2001. Nous sommes 20 ans plus tard et la contraception est encore assumée dans 70 à 80 % par les femmes. Mais il y a aujourd’hui beaucoup d’hommes qui disent  » je ne veux pas ou plus avoir d’enfants  » et ont recours à cette contraception permanente », souligne le médecin qui espère pouvoir ouvrir une consultation dédiée en soins externes.

« Bascule de la charge contraceptive »

Pour connaître les raisons objectives qui ont poussé ses patients à prendre cette décision, Eric Huyghe a interrogé tous ceux qu’il a opérés entre 2010 et 2022. Sur les 207 hommes qui ont répondu, plus de la moitié a entre 36 et 45 ans. Sur l’ensemble, 78 % justifient leur choix par « une bascule de la charge contraceptive » de la femme vers l’homme et 97 % se disent satisfaits d’avoir sauté le pas.

« Je l’ai vu aussi maintes fois en consultation, parmi les couples qui ont deux enfants, le second était souvent un « accident ». Il y a aussi un tiers qui a été confronté à une interruption volontaire de grossesse dans leur couple, ce qui n’est jamais facile à vivre. Pour ces hommes, cela les a certainement confortés dans leur choix de faire une vasectomie », poursuit le médecin qui rencontre aussi de plus en plus de patients du mouvement « no child », qui ne veulent pas d’enfant pour des raisons égoïstes ou écologiques.

Des motivations qui restent minoritaires pour Erwan Taverne, cofondateur du Groupe d’action et de recherche pour la contraception. « Pour moi c’est la crise de la pilule en 2013 qui a amené à la réflexion sur la contraception masculine. Il y a eu une prise de conscience des femmes et elles en ont parlé à leurs partenaires. Il y a eu une ouverture d’esprit des hommes sur ces questions-là », insiste celui dont l’association milite pour la recherche et le développement de méthodes contraceptives masculines.

Depuis plusieurs mois, son groupe a mis en place des ateliers de couture où sont fabriqués des sous-vêtements contraceptifs, appelés aussi « boulochos » ou « jock-strap », et qui utilisent la méthode thermique portée à Toulouse depuis de longues années par l’andrologue du CHU, Roger Mieusset.

« Dans les annonces faites par le gouvernement, ce sont toujours des incitations pour que la femme continue à porter la charge contraceptive, mais rien n’est fait pour la contraception masculine », déplore le militant. Là, utilisé correctement, le dispositif « boulochos » permet d’augmenter la chaleur corporelle et de réduire ainsi la production de spermatozoïdes. Une méthode réversible qui fait l’objet de nombreuses demandes, mais qui peine à trouver des relais ou un soutien de la part des institutions.