De Luigi Mangione à Jeffrey Dahmer : jeunes femmes fascinées par criminels sur TikTok.
Sur TikTok, des vidéos glorifiant des criminels se multiplient, avec des montages romantiques et des déclarations d’amour. Nordahl Lelandais, condamné à perpétuité en 2022 pour le meurtre de la petite Maylis et du militaire Arthur Noyer, est devenu père d’un enfant conçu avec une femme rencontrée pendant sa détention.
Sur TikTok, les vidéos glorifiant des criminels se multiplient : montages romantiques, déclarations d’amour et fantasmes filmés face caméra, le tout accompagné des morceaux « Criminal » de Britney Spears ou « Psycho Killer » des Talking Heads. Ce phénomène est désigné par le terme d’hybristophilie, une expression introduite en 1986 par le psychologue néo-zélandais John Money pour décrire l’attirance sexuelle ou romantique envers des criminels, généralement des hommes.
Bien que cette notion soit récente, la pratique existe depuis bien avant l’apparition de TikTok. Au début du XXe siècle, le tueur Landru recevait déjà des milliers de lettres passionnées, dont près de 800 demandes en mariage. Aujourd’hui, les réseaux sociaux exacerbent ce phénomène. Wade Wilson, condamné à mort en 2024 pour deux féminicides d’une grande violence, a ainsi rassemblé une armée de supportrices qui publient vidéos et messages de soutien.
Plus préoccupant encore, certains criminels deviennent de véritables personnalités publiques. Luigi Mangione, un ingénieur de 28 ans accusé d’avoir tué le directeur d’un grand assureur santé aux États-Unis, est désormais surnommé « Daddy » et inspire des t-shirts, des mugs, des cagnottes en ligne… ainsi que des tatouages à son image.
Une récente étude de l’université de Huddersfield souligne le rôle central des réseaux sociaux dans ce phénomène. En analysant 66 comptes TikTok et de nombreux commentaires publiés entre 2020 et 2024, les chercheurs ont établi un lien de causalité entre les contenus TikTok valorisant les criminels et les tueurs en série et l’attrait sexuel que certaines jeunes femmes ressentent pour eux.
Pour Sarah Smadja, cheffe du service psychiatrie à l’hôpital Saint-Anne, cette fascination pour les hommes violents trouve également ses racines dans l’enfance. « On peut seulement formuler des hypothèses. Peut-être que cela pourrait s’expliquer par le fait que ces jeunes femmes ont été élevées avec l’esprit de prendre soin, de comprendre, d’avoir de l’empathie pour l’homme qu’elles aiment », analyse la psychiatre.
« C’est un peu comme le conte de La Belle et la Bête : elles ont grandi avec cette idée qu’un homme, aussi monstrueux ou bête soit-il, pourrait révéler derrière une douceur, quelque chose d’infiniment humain, et c’est cela qu’elles souhaitent découvrir », ajoute-t-elle.
Parfois, cette attirance se transforme en véritables relations amoureuses. Un exemple récent est celui de Nordahl Lelandais, condamné à perpétuité en 2022 pour le meurtre de la petite Maylis et du militaire Arthur Noyer, qui est devenu père d’un enfant conçu avec une femme rencontrée pendant sa détention.

