De l’hydrogène vert produit au large avec de l’eau de mer, c’est possible

« C’est une première mondiale », revendique fièrement Matthieu Guesné, patron de Lhyfe. Déjà pionnière dans le domaine de la fourniture d’hydrogène vert, c’est-à-dire élaboré sans recours aux énergies fossiles, la start-up nantaise a inauguré ce jeudi, à Saint-Nazaire, sa première plateforme flottante capable de produire de l’hydrogène en pleine mer. Inséré dans une robuste barge circulaire, le dispositif consiste à pomper de l’eau, à la désaliniser, à la purifier, à en séparer les éléments grâce à un électrolyseur, puis à en récolter l’hydrogène, ce gaz ultra léger ayant pour avantage de n’émettre « aucun C02 une fois utilisé ». 

Au printemps 2023, lorsque « les conditions météo seront plus favorables », la plateforme sera positionnée au large du Croisic, à 20 km des côtes, sur le site d’essais Sem-Rev dédié aux énergies marines renouvelables et piloté par l’école Centrale de Nantes. Un choix qui ne doit rien au hasard puisque se trouve déjà là-bas, depuis quatre ans, une éolienne flottante, la seule de France, connue sous le nom de Floatgen. L’unité de Lhyfe y sera raccordée pour alimenter en électricité ses équipements. Capacité de production : 400 kg d’hydrogène par jour. Un volume qui pourra être acheminé à terre par tuyau pipe-line.

« L’objectif est de se déployer massivement »

« L’intérêt de l’éolien en mer c’est que le gisement de vent est beaucoup plus important qu’à terre, explique Antoine Hamon, directeur délégué de Lhyfe. Et c’est aussi notre intérêt d’aller directement produire de l’hydrogène au plus près de ces éoliennes. Ça permet de réduire les pertes d’électricité, de diminuer les coûts de raccordement électrique [l’acheminement du gaz coûte bien moins cher que celui de l’électricité], d’éviter le problème du foncier qui se pose lorsqu’on veut créer une unité de production à terre. »

A ce stade, l’usine flottante de Lhyfe a vocation à n’être qu’un démonstrateur, pour effectuer « d’ultimes tests en conditions réelles », notamment celui de la résistance à la forte houle, et « démontrer à tous les acteurs que c’est possible ». Mais, à moyen terme, Lhyfe ambitionne un développement « rapide » sur des sites éoliens français et, surtout, étrangers. « L’objectif est de déployer massivement, avec des plateformes nettement plus puissantes, capables de produire 50 tonnes par jour », clame Thomas Créach, qui vise une production globale off-shore de 3 GW d’ici à 2030-2035.

Sur la terre ferme, Lhyfe possède déjà, depuis un an, sa propre usine d’hydrogène vert à Bouin (Vendée) produisant 300 kg par jour. Elle fonctionne avec de l’eau pompée en bord de mer et l’électricité venue du champ éolien voisin. Ses clients sont des industriels, des opérateurs logistique et quelques collectivités. « La production est fiable, elle est maîtrisée. On sait faire », insiste Thomas Créach. Lhyfe espère ouvrir une dizaine de sites similaires en Europe d’ici à 2024.