France

« Darman’injustice » : avocats dénoncent manquements du ministre de la Justice.

Une banderole blanche, inscrite de la formule « Darman’injustice », a été brandie par une quinzaine d’avocats mercredi soir lors du discours du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, à la cérémonie des vœux du barreau de Paris. Plus de 160 avocats ont signé une tribune publiée dans Libération pour s’opposer à la présence du ministre, affirmant que le barreau de Paris ne peut « dérouler le tapis rouge à un homme qui a plusieurs fois exprimé sa défiance envers tous les principes que nous défendons au quotidien ».


« Darman’injustice ». Ce terme provocateur figurait sur une banderole blanche brandie par une quinzaine d’avocats, mercredi soir, durant le discours du garde des Sceaux. Les manifestants ont sifflé Gérald Darmanin à l’occasion de la cérémonie des vœux du barreau de Paris, qui se tenait à la maison de la Mutualité, en présence de magistrats et de fonctionnaires. Cela pourrait-il indiquer une discorde entre les avocats et leur ministre de tutelle ? « Il n’y a aucun problème entre Gérald Darmanin et les avocats. Il discute régulièrement avec les représentants des professions du droit », confie une source à 20 Minutes.

« C’est une action menée par un très petit nombre d’avocats. Le ministre était ouvert au dialogue, mais ils sont partis à la fin de son discours. Gérald Darmanin a pris le temps de discuter avec tout le monde, comme il le fait à chaque événement. Il ne fuit pas le débat, ni la contradiction », précise l’entourage du garde des Sceaux. Son invitation, connue depuis plusieurs semaines, a néanmoins suscité des inquiétudes parmi les avocats. Plus de 160 d’entre eux ont signé une tribune dans Libération, s’élevant contre sa présence, affirmant que le barreau de Paris ne peut « dérouler le tapis rouge à un homme qui a plusieurs fois exprimé sa défiance envers tous les principes que nous défendons au quotidien, qui écorne la défense à chaque fois que l’occasion lui en est donnée ».

« Une limite a été franchie »

Me Lisa Giraud, signataire de cette tribune et membre du collectif d’avocats à l’origine de l’action, qualifie cette situation de « provocation ». Elle déplore les « pressions accrues » du garde des Sceaux « sur la défense », ainsi que ses déclarations répétées dévalorisant les avocats et la profession. « Une limite a été franchie » par le ministre de la Justice qui « ne rate pas une occasion pour attaquer la profession d’avocat ». « C’est extrêmement grave », insiste-t-elle.

Les avocats critiquent également le positionnement politique de Gérald Darmanin, soulignant que ses « propositions n’ont vocation qu’à servir une politique toujours plus répressive ». Me Giraud évoque des mesures telles que les sursis simples réservés aux primo-délinquants, le rétablissement des peines courtes de moins d’un mois, l’extension de la procédure de plaider coupable aux crimes, et la multiplication des cours criminels sans jurés. Elle appelle le ministre de la Justice à « délaisser ses habits de ministre de l’Intérieur » et à « œuvrer pour plus de droits de la défense et pour protéger l’État de droit ».

« Gérald Darmanin est un ministre de la Justice actif qui œuvre tous les jours pour protéger la sécurité des Français, c’est tout ce qui compte », répond une source de l’entourage du garde des Sceaux.

Me Giraud déplore également la visite de Gérald Darmanin à Nicolas Sarkozy pendant son incarcération à la prison de la Santé. Elle estime que cela va à l’encontre des fondements de l’État de droit, de l’indépendance de la justice et de la séparation des pouvoirs.

« Agrandissement d’une ligne de fracture »

Plus tôt dans la soirée, lors de l’assemblée générale du barreau de Paris, qui a précédé la cérémonie des vœux, les représentants de l’ADAP, l’association des avocats pénalistes, ont également pris la parole pour parler des menaces pesant sur l’État de droit. Me Karine Bourdié, coprésidente de l’association, a souhaité interpeller le bâtonnier, la vice-bâtonnière et le nouveau conseil de l’Ordre sur « la manière dont les avocats sont maltraités, humiliés et méprisés par les discours publics entendus depuis dix-huit mois ou deux ans », ajoutant : « Quand les avocats sont vilipendés, on se sent seul. »

Ces attaques frappent d’autant plus quand elles proviennent des plus hautes sphères. Me Bourdié a notamment rappelé les propos tenus en janvier 2025 par Gérald Darmanin sur RTL, où il affirmait que certains avocats œuvraient « non pas à l’innocence de leur client » mais à « emboliser le processus judiciaire pour libérer de la détention provisoire des personnes parce qu’on sait qu’elles ne seront plus jugées ».

« C’est le seul garde des Sceaux, à ma connaissance, qui assume par des propos aussi lisibles le fait de stigmatiser un avocat en le présentant comme complice de la propagation de la criminalité, en facilitateur de la criminalité par l’exercice de son métier. Il a contribué à l’agrandissement d’une ligne de fracture », s’inquiète Me Bourdié. Elle insiste sur le fait que l’avocat doit être reconnu comme un élément essentiel de la procédure judiciaire, soulignant que ces mots ne doivent pas rester vides et doivent avoir des répercussions en matière de respect de la profession.