Darmanin accusé de viol : « Elle m’en a voulu d’avoir rejoint l’équipe du président Macron… » Ce que le ministre a dit aux juges lors de son audition

Paris, le 26 Novembre 2020. Gérarld Darmanin est visé par une plainte pour «viol» depuis 2017. — THOMAS COEX / AFP

  • En 2017, Sophie Spatz a déposé plainte pour « viol » contre Gérald Darmanin. Elle assure qu’en 2009, l’actuel ministre de l’Intérieur aurait exercé une « contrainte psychologique » sur elle dans le but d’obtenir ses faveurs sexuelles.
  • Frappée de deux classements sans suite du parquet puis d’un non-lieu d’un juge d’instruction, sa plainte a été relancée en juin 2020 par la cour d’appel de Paris, qui a réclamé des « investigations complémentaires ».
  • Gérald Darmanin a été entendu par les deux juges d’instruction le 14 décembre dernier. Il a laissé entendre que la plaignante avait déposé plainte par vengeance politique après son ralliement à Emmanuel Macron, en 2017.

C’était la fin de l’audition… Les ultimes questions après des heures passées sur les détails, parfois très intimes, de cette soirée de 2009. Les deux juges, Mylène Huguet et Dimitri Dureux, demandent alors à Gérald Darmanin de prendre « du recul ». Accusé de « viol », le ministre de l’Intérieur se plie immédiatement à l’exercice.

« Je n’aurais pas dû la rencontrer », tranche-t-il d’abord. Avant de ramener le sujet sur le terrain politique. « Je pense qu’il y a un lien entre le dépôt de la plainte et ma nomination au gouvernement d’Emmanuel Macron, en mai 2017. [Sophie Spatz] avait fait campagne pour François Fillon jusqu’au bout et je suis certain qu’elle m’en a voulu d’avoir rejoint l’équipe du président… »

Interrogé le 14 décembre sur les accusations de « viol » dont il fait l’objet, Gérald Darmanin a donc laissé entendre qu’il était la cible d’une forme de vengeance politique en raison de son passage des  Républicains à La République en marche, selon son procès-verbal d’audition que 20 Minutes a pu consulter.

« Elle a écrit à tout le monde. Même à Jean Sarkozy ! »

Il est vrai que c’est dans les locaux de l’UMP que toute cette histoire a débuté. C’était en 2009. A l’époque, Sophie Spatz se rend au siège du parti dont elle est adhérente pour obtenir de l’aide. Ancienne escort-girl, elle a été condamnée en son absence pour avoir harcelé son ex-petit ami. Elle veut réclamer la révision de son procès mais ne sait pas comment s’y prendre. « Cela peut paraître risible aujourd’hui. Mais elle a écrit à tout le monde. Même à Jean Sarkozy ! », rappelle Élodie Tuaillon-Hibon, son avocate.

Ce jour-là, la jeune femme, alors âgée de 37 ans, se retrouve dans le bureau de Gérald Darmanin. Lui a 26 ans. Il est conseiller aux affaires juridiques auprès de Xavier Bertrand. C’est son premier poste. Dans sa plainte, Sophie Spatz assure qu’il promet alors de l’aider. D’intervenir auprès du ministère de la Justice. Et, toujours selon le récit de la jeune femme, il convient, quelques jours plus tard, d’un dîner avec elle qui se poursuit dans un club libertin, puis dans un hôtel où ils ont une relation sexuelle. « Ce soir-là, il m’a dit : « Il va falloir m’aider aussi… » J’avais compris que je n’avais pas le choix. Il avait ma vie entre ses mains… », raconte-t-elle aujourd’hui.

« A 26 ans, quand on vit ce genre de scène, on s’en souvient. »

Gérald Darmanin ne conteste pas avoir eu, ce soir-là, une relation sexuelle avec Sophie Spatz. Mais il assure que ce n’est pas lui qui en était à l’initiative. Face aux juges, il explique que c’est elle qui a pris les choses en main, évoquant « un moment de gêne et d’excitation ». Et d’ajouter : « A 26 ans, quand on vit ce genre de scène, on s’en souvient. »

Pourtant, lors de la même audition, il reconnaît sans fard que ce n’est pas la première fois qu’il se rendait dans un club échangiste. Et ne se dérobe d’ailleurs pas quand il s’agit de donner des détails sur la configuration des lieux ou sur la tenue exigée à l’entrée. Dans l’établissement, raconte-t-il, ils passent du temps au bar. Et c’est Sophie Spatz qui règle les consommations. « Étant fiancé et ayant un compte commun avec ma fiancée, je ne me voyais pas payer en chèque ou en carte bancaire dans un club échangiste. »

Vers une confrontation dans les prochaines semaines

« Je l’avais trouvée jolie », confie Gérald Darmanin aux magistrats. Mais, selon sa version, c’est surtout pour parler de politique qu’il avait souhaité la revoir après avoir d’ailleurs vérifié qu’elle était bien adhérente et même donatrice. « Ma relation avec elle était une relation de militants. » « On a parlé de politique. » « Je me rappelle l’avoir vue dans une grande réunion organisée à l’Assemblée nationale. » A plusieurs reprises, il fait allusion à leur centre d’intérêt commun pour expliquer leur rencontre.

Et c’est, selon lui, la raison pour laquelle elle n’a pas porté plainte avant 2017. Au moment exact où il se retrouve bombardé dans le premier gouvernement d’Édouard Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron. « Je pense qu’elle ne voulait pas que je sois ministre parce qu’à ses yeux, j’avais trahi ma famille politique… », affirme-t-il.

Reste désormais aux deux juges à choisir entre la thèse mettant en scène un débutant en politique abusant de son pouvoir et celle d’une militante trahie qui décide de se venger. Pour y voir plus clair, ils devraient, selon nos informations, organiser une confrontation dans les prochaines semaines.

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