« Danse avec les stars » : Les couples de même sexe dans l’émission sont devenus « un non-sujet »

« Qui va porter qui ? C’est compliqué quand même ! » Ce soir de septembre 2018, à la conférence de presse de la neuvième saison de Danse avec les stars, Jeanfi Janssens ricanait mais il était en opération déminage. Quelques semaines plus tôt, au micro des Grosses Têtes sur RTL, l’humoriste avait déclaré avoir demandé à danser avec un homme dans l’émission de TF1, mais que la chaîne avait refusé, arguant que « la ménagère n’était pas prête » à voir danser deux hommes ensemble.

« J’ai reçu des SMS de partout, c’est devenu pseudo-politique, ça faisait une guéguerre entre les uns et les autres », déplorait-il lors de la conférence de presse, expliquant à quel point il était dépassé par les événements. « Je n’étais pas sérieux, je n’ai jamais émis ce souhait, je n’en ai même jamais fait la revendication », insistait le comique disant « ne pas être un fer de lance LGBT ». Et de poursuivre : « TF1 m’a proposé de danser avec un homme et c’est très bien parce que ça démontre une certaine ouverture d’esprit. Mais je ne suis pas le candidat idéal pour ça, j’ai une certaine pudeur qui fait que je serais gêné de danser avec un homme. »

« Pour moi, c’est une vraie mise à nu »

Quatre ans plus tard, Clémence Castel tient un discours radicalement différent à quelques jours de faire ses premiers pas sur le parquet de Danse avec les stars aux bras d’une danseuse. « On m’a laissé le choix. Je me suis posé la question de savoir avec qui je serais le plus à l’aise, par rapport à ma vie actuelle. Il était logique pour moi de danser avec une femme, parce que ça fait écho à mon histoire, tout simplement », déclare celle qui a révélé en 2021 vivre en couple avec sa compagne Marie depuis deux ans.

La trentenaire, qui a remporté deux éditions de Koh-Lanta, a envie de « [se] challenger et de surprendre » : « On me connaît en maillot, dans la boue, pas coiffée. J’ai envie de me montrer différemment, authentique, telle que je suis vraiment. Pour moi, c’est une vraie mise à nue. »

Il y a quatre ans, alors qu’elle n’avait pas fait son coming-out et que le public l’identifiait comme hétérosexuelle, elle avait passé des essais pour l’émission avec Anthony Colette. « Je n’étais pas prête », concède-t-elle. Cette année, elle voulait « une danseuse qui ait l’expérience et le caractère pour endosser » le fait d’être le premier duo féminin de l’émission : « Je pense qu’on va être un petit peu scrutées, surtout sur le premier prime. »

Bilal Hassani, une « inspiration »

Le déclic, Clémence Castel l’a en partie eu en regardant Bilal Hassani l’an passé. Le chanteur, désormais membre du jury de Danse avec les stars et qui se genre aussi bien au masculin qu’au féminin, avait fini deuxième de la compétition au bras de Jordan Mouillerac.

« Cela m’a plu de participer à écrire l’histoire de l’émission en France en dansant avec un homme, mais surtout en le faisant oublier très vite. Les gens ont été assez surpris de mes performances, au-delà de la personne avec qui je dansais. Je voulais que toutes celles et ceux qui avaient besoin de voir quelqu’un comme moi à la télé puissent me voir et je pense que beaucoup se sont reconnus à travers moi… », a récemment confié l’artiste à 20 Minutes.

« Il a été très inspirant. La manière dont il a pris l’aventure à bras-le-corps n’a fait que m’encourager », affirme Clémence Castel. Elle aussi veut faire passer un message. « Je veux dire aux millions de téléspectateurs qu’il ne faut pas avoir peur de se montrer tel que l’on est. » Quand elle a annoncé à ses enfants qu’elle allait danser avec une femme, ils n’ont pas réagi : « Pour eux, ça a été un non-sujet, c’est naturel par rapport à la vie qu’on a. »

« D’utilité publique »

« Clémence va exprimer quelque chose de merveilleux en dansant avec une femme, applaudit David Douillet. Bilal a débloqué des choses l’année dernière. Je l’ai trouvé merveilleusement beau. Ces émissions sont d’utilité publique. »

Sachant que le premier duo féminin de l’histoire de Danse avec les stars est apparu dans la version israélienne en… 2010 et que deux hommes ont remporté l’adaptation danoise en 2019, la France ne serait-elle pas un peu à la traîne ? « Aux Etats-Unis, le premier couple de même sexe n’est apparu qu’à la trentième saison, nous n’en sommes qu’à la douzième en France, on n’est pas si en retard que ça », signale Bilal Hassani.

D’ailleurs, dans certaines éditions étrangères, les binômes de même genre n’ont pas forcément été aussi bien accueillis. En 2018, dans Ballando con le stelle, en Italie, un juré avait ainsi refusé de noter une prestation de deux candidats, estimant qu’elle n’était pas « du même niveau qu’une danse avec un homme et une femme ».

Le défi des chorégraphies

Deborah Nahon, directrice des divertissements chez TF1 Productions, nous assure que les couples de même genre dans Danse avec les stars « ne sont tellement pas un sujet ». Le choix est laissé à chaque candidat et candidate en amont de toute nouvelle saison : un questionnaire leur est soumis pour leur demander, notamment, les qualités recherchées chez leurs partenaires de danse. Il est alors possible de demander à participer en binôme avec une danseuse ou un danseur.

« L’important pour nous est que la personnalité se sente bien, qu’elle soit en harmonie avec ses envies, reprend Deborah Nahon. Le vrai sujet, c’est plutôt le travail du danseur ou de la danseuse qui doit adapter ses chorégraphies. » Car, dans une danse en couple mixte, il y a la personne qui « conduit », un rôle qui échoit généralement à l’homme, et celle qui « est conduite ».

« Cela a été un défi pour ma danseuse, reconnaît Clémence Castel. Déjà, je suis complètement débutante. En plus, elle doit créer des chorégraphies inédites qu’elle n’a pas l’habitude de faire et elle devra évoluer différemment sur le parquet. » La double gagnante de Koh-Lanta prévient : « Je ne veux pas être cantonnée à un seul rôle. On va casser les codes. Forcément, dans une danse, chacune a sa place. Ça peut évoluer dans le temps, ou au sein d’une même chorégraphie… Je pense que cette liberté-là va être la force de notre duo. »