Cyberminimalisme : «Je passais 6 à 8 heures par jour devant les écrans, j’ai fini par prendre conscience que je perdais mon temps»

Certains internautes ont fait le choix de se séparer, au moins une fois par jour, de leur téléphone portable. — Tobias SCHWARZ / AFP

  • Désactiver ses notifications, s’offrir des moments sans son téléphone ou s’imposer des « heures de connexion », les moyens pour diminuer son activité numérique sont nombreux.
  • Dans un ouvrage à paraître ce jeudi 7 février, la journaliste et enseignante Karine Mauvilly livre conseils, clés et défis pour adopter un mode de vie moins numérisé sans devenir « cyberabstinent ».
  • Cette démarche « cyberminimaliste », théorisée par l’auteur, vise à maîtriser davantage ses usages des écrans et des objets connectés.

« Pas besoin de réduire quand on ne se laisse pas envahir ! ». Ce conseil en apparence plein de bon sens, d’un de nos internautes sur notre page Facebook est-il si simple à appliquer quand il s’agit du numérique ? Pas tellement, si l’on se réfère à une note publiée en août dernier par la Midelca, la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. En 2016, 93 % des 12-17 ans étaient équipés d’un téléphone portable en 2016 révélait l’ARCEP (Autorité de régulation des communications).

En 2017, les 13-19 ans passaient en moyenne 15 h 11 par semaine sur Internet et 4 Français sur 5 (80,1 %) se rendaient chaque mois sur au moins un réseau social cette année-là. L’intrusion du numérique dans toutes les sphères de notre existence – au travail, en famille ou entre amis – a profondément modifié nos rapports sociaux. En parallèle, les révélations de plus en plus fréquentes sur des vols ou des fuites de données personnelles, les piratages massifs et la violence qui sévit encore sur les réseaux sociaux ont poussé certains internautes à changer leurs usages numériques. Devenus « cyberminimalistes », ils témoignent.

« Une à deux heures par jour » sur son téléphone

Nicolas a 22 ans. Après un accident de la route, il a été contraint d’arrêter la course à pied qu’il aimait pratiquer. « Je suis devenu accro aux jeux vidéo et je passais 6 à 8 heures par jour devant les écrans. J’étais très actif aussi sur les réseaux sociaux. Au bout de quelques mois, j’ai ressenti une énorme fatigue mentale, je suis devenu agoraphobe », raconte l’étudiant. Isolé mais soutenu par ses proches, il prend la décision de réduire drastiquement ses usages numériques et s’est imposé plusieurs règles strictes.

« Le soir, je mets systématiquement mon téléphone en mode avion et au réveil, je me force à l’allumer le plus tard possible. Aujourd’hui, j’essaie de ne pas dépasser 1h à 2h d’utilisation par jour sur mon smartphone. J’ai désinstallé toutes les applications de jeux mobiles et les notifications liées aux réseaux sociaux. J’ai repris la course à pied et la lecture a pris une place plus importante dans ma vie », poursuit le garçon. Giulia, elle, a mis en place une technique plus simple encore : « Je sors toujours sans téléphone et si je veux faire des photos, je pique celui de la personne qui est avec moi quand elle en a un. Les gens ne se parlent plus et se rentrent dedans lorsqu’ils marchent dans la rue, c’est triste », écrit-elle sur Facebook.

« Un immense soulagement »

Sur notre site, Papsou confie qu’il a, lui aussi, récemment changé son utilisation de ses applications mobiles : « J’ai commencé par supprimer l’intégralité des notifications, tous les sons, les vibrations, les pastilles, les bannières sauf pour les appels. Si c’est vraiment urgent, on m’appelle en règle générale. Et c’est déjà un immense soulagement ! ». Pierre, 42 ans, a décidé à son retour des vacances d’été, de supprimer certaines applications : « J’ai retiré toutes les messageries comme Messenger ou Whatsapp. Au total j’avais une centaine de conversations, ça devenait intenable ».

Pauline, 29 ans, a fait le choix depuis deux mois de ne plus utiliser le réseau social Instagram :

« Avec l’arrivée des stories [compilation de photos ou de vidéos], je pouvais parfois passer une heure sur Instagram le matin ou le soir à faire défiler des images de gens que je connaissais vaguement et que je regardais du coin de l’œil. C’était devenu compulsif et frustrant ».

Si tous n’ont pas développé la même dépendance au numérique, ils décrivent unanimement les bienfaits que leur apporte aujourd’hui leurs pratiques « cyberminimalistes ». « Maintenant je privilégie les appels avec mes proches, ça permet d’échanger autrement, on va plus à l’essentiel et j’ai l’impression de perdre moins de temps », se réjouit Pierre.

Nicolas, l’étudiant, a retrouvé une qualité de vie qu’il avait en partie perdue juge-t-il : « Je m’endors et je dors beaucoup mieux. J’ai l’impression d’avoir retrouvé une certaine liberté, j’ai plus de temps pour moi, pour mes proches et c’est ça qui me fait le plus de bien ».

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