Cuba : Un bateau américain pourrait ne pas déclencher d’intervention militaire
Mercredi soir, Cuba a annoncé qu’un bateau immatriculé aux Etats-Unis avait été intercepté dans les eaux cubaines, avec des occupants comprenant quatre Cubains abattus et six autres blessés. L’île de Cuba fait face à une crise économique et sanitaire exacerbée par des sanctions économiques à leur paroxysme depuis l’arrestation du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier dernier.
Pour La Havane, il s’agit d’une « tentative d’infiltration à des fins terroristes ». Mercredi soir, Cuba a annoncé l’interception d’un bateau immatriculé aux États-Unis dans ses eaux. Selon le gouvernement communiste, parmi les occupants – des Cubains venus de Floride -, quatre ont été abattus et six autres blessés. Des cocktails Molotov, des gilets pare-balles et des fusils d’assaut étaient présents à bord. La Havane décrit un véritable arsenal et assure qu’elle se défendra avec « détermination ».
Pourquoi cet incident suscite-t-il autant d’attention ? Les États-Unis sont-ils impliqués dans cette attaque ? Margot François, spécialiste de Cuba, doctorante à l’Institut Français de Géopolitique à l’Université Paris-8 et chercheuse au centre GEODE (Centre de recherche et de formation pluridisciplinaire dédié à l’étude des enjeux stratégiques et géopolitiques de la révolution numérique), répond à nos questions.
Pourquoi cet incident est-il important ?
L’arrivée de ce bateau, que le régime cubain considère comme une entrée illégale dans ses eaux territoriales, se produit dans un contexte particulièrement tendu. Les sanctions économiques atteignent un paroxysme depuis l’arrestation du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro [le 3 janvier dernier], avec un blocus total visant à asphyxier Cuba.
L’île est au bord de l’effondrement économique, confrontée à une crise sanitaire aggravée par une triple épidémie (dengue, chikungunya et fièvre oropouche), à un manque de médicaments et à des coupures de courant ayant des effets concrets sur le stockage de nourriture et le fonctionnement des hôpitaux. Le pays est en chute libre. Le risque est que cet événement serve d’étincelle aux États-Unis pour justifier une intervention militaire.
Peut-on accuser les États-Unis d’être derrière cette intrusion ?
C’est une question délicate, et il est prématuré de tirer des conclusions définitives sur ces événements. Chaque pays a annoncé qu’il mènerait une enquête. La défiance entre les autorités cubaines et américaines est telle qu’il est évident qu’aucun des deux camps ne se satisfera de la version de l’autre.
On peut cependant établir un parallèle, bien que discutable, avec le débarquement de la baie des Cochons [en 1961], qui impliquait également des Cubains exilés à Miami revenant avec l’intention de reprendre l’île. Cependant, l’échelle est très différente, passant de plusieurs centaines de personnes à seulement une dizaine aujourd’hui.
Il est difficile de prouver l’implication des États-Unis à ce stade. Washington a une longue tradition d’ingérence et d’actions indirectes à l’encontre de Cuba, mais distinguer les initiatives des Cubains exilés des véritables ingérences reste complexe. Par exemple, dans les années 1990, les Frères du secours ont tenté de déstabiliser le régime cubain en utilisant des opérations de secours en mer pour ceux cherchant à rejoindre la Floride, jusqu’à ce qu’un de leurs avions soit abattu par l’armée cubaine.
Quels scénarios peut-on envisager ?
Cuba et les États-Unis devront communiquer, étant donné qu’il y a plusieurs blessés sur le territoire cubain. Trois scénarios peuvent être envisagés. Le premier consisterait à continuer à intensifier la pression économique, espérant que cela conduise à un renversement du régime par le peuple cubain. Cependant, au vu de la répression actuelle et de la situation désespérée de la population, cela semble peu probable.
La deuxième option serait celle de négociations entre Washington et La Havane. Des rumeurs évoquent des discussions entre des membres de la famille Castro et l’administration Trump, mais il est difficile de vérifier cette information, tant l’ensemble des relations avec Cuba reste opaque.
Le dernier scénario envisagé serait une intervention directe des États-Unis. À la lumière des événements récents au Venezuela, cette possibilité ne peut pas être écartée. Quelle que soit la suite des événements, je ne suis pas optimiste pour le peuple cubain. En fin de compte, c’est toujours la population qui souffre.

