Cryptomonnaies : La faillite de FTX peut-elle faire plonger l’ensemble du secteur ?

Lundi, le monde de la cryptomonnaie s’est réveillé avec une gueule de bois digne de vos meilleurs lendemains de soirée étudiante. En une semaine, FTX est passé de la deuxième plateforme d’échange du secteur au niveau mondial à une société placée sous le régime des faillites aux Etats-Unis. Un peu plus tôt, début novembre, des médias divulguaient que le fonds de FTX Alameda Research investissait dans des crypto-actifs émis par… FTX, dans un montage aussi hasardeux que fragile. Et dernier clou sur le cercueil samedi, lorsque des responsables de l’entreprise ont révélé que des transactions non autorisées avaient eu lieu, pouvant se solder par la disparition de centaines de millions de dollars.

Reste désormais à savoir si ce grand plongeon est un cas isolé ou annonciateur d’une tempête dans le monde de la cryptomonnaie, façon Lehman Brothers avec les banques traditionnelles il y a quinze ans ?

FTX, le contrat de non-confiance

Le scénario du pire n’est pas à exclure, avertit Geneviève Bouché, futurologue cybernéticienne à l’université Paris-Dauphine : « La monnaie est adossée à un mécanisme de confiance, et une fois celle-ci écornée, la panique peut vite se propager. » Hugo Estecahandy, spécialiste crypto à l’Institut français de géopolitique, évoque lui un effet boule de neige : plus la valeur de la monnaie virtuelle baisse, plus les gens paniquent et vendent, plus la valeur baisse, et ainsi de suite. sans vraiment savoir jusqu’où cela va s’arrêter.

Les cryptomonnaies ont cette particularité d’avoir encore moins de garde-fous que l’argent matériel. Anne-Claire Bennevault, dirigeante de bnv.com, cabinet de conseil en brand et business performance, et de spak.fr, dont le but est de démocratiser l’accès à la recherche économique, explique : « La faible part d’encadrement et de régulation dans ce marché amplifie les risques d’un effet rebond. La propagation est un scénario plus que plausible ». Même constat chez Geneviève Bouché, pour qui les cryptos auront bien du mal à rassurer après ce gigantesque couac : « Ca ressemble à la fin d’une utopie, on nous a promis de refaire le monde grâce au numérique en se passant des banques, mais les gens remarquent bien que sans autorité, sans garde-fou, la situation peut vite devenir incontrôlable. C’est un modèle qui part dans les fraises »

Des faiblesses mises au grand jour

Alors attention : la faillite de FTX n’est pas due à un problème structurel aux cryptomonnaies, mais à une gestion cataclysmique. On parle de 477 millions de dollars qui auraient été volés et de 186 autres millions qui auraient été transférés dans un stockage sécurisé par FTX elle-même, selon le cabinet d’analyses en cryptomonnaies Elliptic. Mais le simple fait d’avoir pu établir un tel montage avant de se faire épingler « montre aux investisseurs, grosses entreprises ou particuliers, le danger de l’utilisation de ses plateformes d’échange, qui représentent les trois quarts des transactions de bitcoins », développe Hugo Estecahandy. Ces plateformes sont en effet très prisées tant elle facilite et démocratise la cryptomonnaie, ne demandant pas de notion de chiffrage particulière.

L’expert poursuit : « Les gens voient bien qu’ils n’ont plus le contrôle ou la possession de leurs cryptos ». Ce qui, il faut l’admettre, n’est pas le signal de confiance le plus rassurant du monde. Donc si rien ne dit qu’une autre plateforme aurait fait des choix aussi catastrophiques – et illégaux –, rien ne semble garantir qu’elle ne l’aurait pas fait non plus. Conséquence de ces faiblesses exposées au grand jour, de nombreux retraits ou vente panique de crypto ont déjà eu lieu, note le spécialiste.

Et maintenant ?

Alors comme à chaque crise, l’espoir de jours meilleurs et d’un « monde d’après » n’est jamais loin. « Cela peut mener à une meilleure réglementation de ce secteur, ce que beaucoup de plateformes appellent de leurs vœux, encore plus après ces évènements, estime Anne-Claire Bennevault. Il va par exemple falloir exiger une garantie de dépôt ». Lendemains chantants ou pas, avenir il y aura, prédit l’experte, qui rappelle la forte appétence des jeunes pour ce nouveau monde : « Les moins de 35 ans ont autant d’intérêt pour les cryptomonnaies que pour l’assurance-vie ou les actions en bourse. C’est un secteur spéculatif, risqué, qui manque de barrière, mais il continue à faire rêver. »

La cryptomonnaie va donc sans doute vivre des heures difficiles, mais FTX ne l’aura pas entraîné dans la tombe pour autant. Après une gueule de bois post-soirée étudiante, le verre d’après n’a jamais été très loin.