Crise énergétique : « On est en train de vivre un drame », estime le patron de l’aquarium Nausicaa

Rien ni personne ne sera épargné par la flambée des prix des énergies, particuliers, collectivités, entreprises… Une situation préoccupante marquant la « fin de l’abondance » comme le remarquait le président de la République, Emmanuel Macron, lequel a encouragé les Français à pratiquer les gestes responsables. Si beaucoup d’entreprises ont commencé à adapter leurs activités, si certaines municipalités, comme Lille ou Paris, ont annoncé des plans de sobriété, il est des secteurs où de telles mesures ne sont pas envisageables. C’est notamment le cas de Nausicaa, le plus grand aquarium d’Europe, qui ne possède pas de marge de manœuvre.

« On est en train de vivre un drame », confie à 20 Minutes Christophe Siruge, le directeur général de Nausicaa. Installé à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, l’aquarium rassemble près de 60.000 animaux marins de 1.600 espèces différentes dans plusieurs bassins d’eau d’un volume total de 17.000 m3. Des bassins qu’il faut chauffer ou refroidir en fonction des espèces mais aussi en fonction des cycles des animaux. Alors si la problématique du coût de l’énergie se pose pour les piscines, que dire pour les aquariums de Nausicaa ?

« Une augmentation de 190 % en seulement 3 ans »

« En 2021, la facture énergétique était de 1,1 million d’euros, elle est passée à 1,715 million en 2022 et atteindra 3,2 millions en 2023. C’est une augmentation de 190 % en seulement 3 ans », s’emporte le directeur général. Et pour réduire la facture, Nausicaa n’a pas, ou presque, de solution. « Nous sommes déjà raccordés au réseau de chauffage urbain, heureusement. On investit dans de l’éclairage LED et on incite à pratiquer les bons gestes, sauf que le gros de nos dépenses n’est pas là », explique Christophe Siruge.

Le gros, donc, c’est le maintien à température des bassins. Et là-dessus, rien à gratter. « Il est impossible de baisser les températures, cela perturberait les animaux dans leurs cycles. Ce serait même fatal pour beaucoup d’espèces », déplore le patron de Nausicaa. Contrairement aux musées par exemple, l’aquarium ne peut pas couper ses installations. Fermer un jour en plus par semaine ne changerait rien puisque ce sont les charges fixes qui représentent l’essentiel des dépenses énergétiques de la structure.

Alors, quitte à ne pas pouvoir économiser l’énergie, Nausicaa peut-il assumer financièrement une telle augmentation de son budget énergie ? « Il va bien falloir tenir », concède Christophe Siruge qui n’envisage pas une seconde de dispatcher ses animaux et fermer la boutique. En revanche, il ne mise pas non plus sur une augmentation des recettes en revalorisant le prix des entrées : « 97 % de nos ressources proviennent des visiteurs qui, eux aussi, sont impactés dans leur pouvoir d’achat. Et de toute façon, augmenter le prix d’un ou deux euros ne servirait à rien », estime le directeur général. Le salut de Nausicaa pourrait venir d’aides de l’Etat ou, tant qu’à faire, des actionnaires de la société d’économie mixte (SEM) qui détient le capital de l’entreprise. Côté privé, le plus gros est Veolia. Côté public, ce sont la communauté d’agglomérations du Boulonnais et le conseil régional des Hauts-de-France.