Crise énergétique : « Il nous reste juste nos yeux pour pleurer », constate un garagiste

C’est un petit garage automobile qui emploie six salariés et deux apprentis. Olivier Bocaert est chef d’entreprise depuis plus de vingt ans. Dans le village de Croisilles, dans le Pas-de-Calais, il a toujours connu la concurrence d’un autre garage Renault. Et pourtant, à 55 ans, il connaît une des périodes les plus difficiles pour son garage. La faute à la crise énergétique, mais pas que. 20 Minutes l’a rencontré.

Qu’est ce qui a changé dans votre journée de travail, depuis la hausse des prix de l’énergie ?

Maintenant, il faut faire des économies à tous les niveaux. On fait davantage gaffe. Tous les endroits où on ne travaille pas, on éteint la lumière. Avant, notre hall d’accueil restait allumé jusqu’à 22 heures, désormais, on l’éteint à 19 heures, en même temps que la fermeture des ateliers. C’est plus de contraintes, mais on s’adapte.

De combien votre facture énergétique a-t-elle augmenté ?

Pour 2022, la hausse est estimée entre 25 % et 30 % de gaz et d’électricité. Mais cette augmentation, c’est en plus de tout le reste. Les pièces détachées, l’outillage, l’huile… Tous les prix flambent.

Comment cette hausse a été répercutée sur les clients ?

Pour l’instant, on n’a rien répercuté aux clients car on sait que c’est compliqué pour tout le monde. Cette année, on espère pouvoir faire la même chose. On verra bien l’évolution. Mais il n’y a pas de mystère, je ne sais pas combien de temps on pourra tenir dans cette situation. La chance, c’est de ne plus avoir d’emprunt sur le garage et de ne pas avoir utilisé le prêt à taux zéro au moment de la fermeture pour cause de Covid-19. Heureusement pour nous, car c’était un cadeau empoisonné, ce prêt.

Quelles aides de l’Etat ou des collectivités touchez-vous ?

Aucune. On est sans doute trop petit pour toucher la moindre aide. Il nous reste juste nos yeux pour pleurer.

Si cette hausse se poursuit, quelle sera votre situation en janvier 2024 ?

Ce que j’aurais voulu, c’est faire plaisir à mes salariés mais je crois que ce sera eux les premiers touchés par la situation. Si ça continue, à un moment donné, la trésorerie ne sera plus là et ce sera très compliqué. D’autant que l’approvisionnement laisse à désirer. Pour les réparations, les pièces détachées sont de plus en plus difficiles à obtenir. Surtout depuis le mois d’octobre. Et aucun délai de livraison ne peut être garanti. Par exemple, j’attends un capot de Clio depuis des semaines. Et je ne peux rien promettre au client. On est dans le flou total. Ce qui nous sauve, c’est que c’est pareil pour la concurrence.