Crise énergétique : Comment font les parcs d’attractions pour garder le sourire

Grand huit, spectacles, chars et parades lumineuses, chauffage des complexes aquatiques, etc. La liste des coûts énergétiques dans les parcs d’attractions est interminable et tous ou presque s’attendent à des factures faramineuses en 2023. Les propriétaires et gestionnaires de parcs s’organisent, selon leurs moyens, même si tous assurent ne pas avoir attendu le boom des tarifs pour se pencher sur cette question cruciale, « motivés avant tout », par des considérations environnementales.

Europa-Park en Allemagne, proche du Rhin et de la frontière avec l’Alsace et la Suisse, exploite déjà des installations photovoltaïques, des centrales hydroélectriques et des unités de cogénération mais souhaite passer la vitesse supérieure. Notamment du côté des énergies renouvelables. Le parc qui a dépassé les six millions de visiteurs cette année a décidé de s’allier avec « le spécialiste allemand de la logistique automobile Mosolf », pour investir dans une installation photovoltaïque de plus de 20 hectares et pour « un coût de 30 millions d’euros », explique Roland Mack. Et le propriétaire qui espère une mise en service en 2024 de détailler : « une fois installé, le complexe produira environ 25 gigawatts heures d’électricité. A long terme, Europa-Park pourra s’approvisionner en électricité renouvelable indépendamment d’autres sources d’énergie, surtout pendant l’été. »

Energie géothermique et ombrières photovoltaïques

De son côté, le mastodonte Disneyland Paris a déjà, en avril dernier, mis en service la première tranche de sa centrale en ombrières photovoltaïques. Les chiffres de cette installation, l’une des plus grande d’Europe, sont dingues : 82.000 panneaux solaires à terme pour produire l’équivalent de 17 % de sa consommation énergétique, soit celle d’une ville de 17.400 habitants. Le parc parisien s’appuie également depuis 2018 sur l’énergie géothermique, qui couvre 18 % de ses besoins en chauffage.

Du côté de Poitiers, au Futuroscope, on travaille aussi à l’installation d’ombrières photovoltaïques sur tous les parkings.  « L’objectif est d’être en autoconsommation sur la production photovoltaïque, notamment pour alimenter les thermofrigo-pompes, voire les attractions, explique Thierry Pirodeau, directeur Futuroscope maintenance développement, en charge des dossiers énergies et environnement. Le parc, certifié ISO 5001 depuis déjà six ans, a commencé par « investir dans la supervision et le comptage de type d’énergie, par bâtiment, pour connaître de façon très pointue » sa consommation et sa façon d’exploiter le domaine. « Nous avions une idée précise de notre modèle d’exploitation ce qui a permis, dès la crise, de diminuer avec efficience notre consommation, de l’ordre de 14 % », détaille Thierry Pirodeau.

Dès 2018, le Futuroscope a également investi dans des thermofrigo-pompes géothermiques, ce qui permet de produire du chaud et du froid tout en s’engageant à acheter de l’électricité certifiée verte pour les alimenter. Des investissements nécessaires, selon Thierry Pirodeau, alors que le parc prévoit de s’étendre en 2025. Un projet à hauteur de plus de 300 millions d’euros qui comprend la création de deux hôtels, de nouvelles attractions et un parc aquatique. « Si actuellement le parc a une consommation d’environ 19 gigawatts, celle-ci va monter à 35, confie Thierry Pirodeau à 20 Minutes. Les ombrières photovoltaïques devraient en produire environ 21, dont 16 seront utilisées en autoconsommation. On retombera ainsi sur notre consommation actuelle, ce qui va neutraliser ce projet côté consommation. »

Quant au plus d’électricité produite, le parc étudie la piste de la revente au réseau ou d’un stockage, si cela est économiquement réalisable, dans des batteries. Ce surplus pourrait toutefois également servir à fabriquer de l’hydrogène vert. A noter que le Futuroscope compte également s’appuyer sur une chaudière biomasses à l’horizon 2024 avec un approvisionnement local de bois.

Réduire la vitesse des attractions

Une force d’investissements que ne peuvent pas égaler les parcs de moyenne importance, qui ont toutefois pris des mesures en conséquence. Au programme : utilisation générale des LED, sensibilisation du personnel, isolation des locaux, baisse du chauffage, etc. A Nigloland, Rodolphe Gélis explique faire actuellement un bilan carbone pour connaître la surface d’ombrières photovoltaïques nécessaires, sur les parkings, mais aussi sur le toit des bâtiments du parc. Le directeur du parc situé dans l’Aube compte également produire du chauffage via la géothermie pour son nouvel hôtel dont le chantier débutera en avril.

En attendant, Rodolphe Gélis a déjà identifié les postes les plus énergivores. Soit les machines qui représentent pour Nigloland environ 30 % de sa consommation. « Quand vous envoyez un train de 15 tonnes toutes les trente secondes à 100 mètres de haut pendant des heures, la note est salée. Nous avons donc décidé de réduire la vitesse des attractions de 10 %, ce qui représente près de 25 % de moins de consommation d’énergie. Multiplié par 40 attractions, deux fois par minute, pendant 155 jours d’ouverture, ça fait déjà d’énormes économies pour commencer ! », se félicite Rodolphe Gélis. Autres postes énergivores identifiés, les équipements dans les restaurants (friteuses, fours, etc.). « Il y a souvent de la préchauffe le matin, confie le directeur. On va donc, selon l’affluence, les démarrer une à deux heures plus tard et fermer certains points de restauration plus tôt dans la journée pour éviter de faire tourner ces équipements à vide. »

Rodolphe Gélis reconnaît avoir pu « renégocier son contrat en 2022 » avec son fournisseur d’électricité. « Je ne sais pas si c’est un miracle ou non, mais on a pu bénéficier des tarifs que nous avions eus en 2019. Mais cela est dû à la saisonnalité de notre activité, car nous consommons de l’énergie lorsque la France en utilise le moins », avance le directeur de Nigloland. Le parc de l’Aube est attractif du mois d’avril au mois d’octobre, alors que ses gros concurrents s’activent toute l’année, et « notamment à Noël, au moment où il faudrait finalement consommer moins », souligne Rodolphe Gélis qui conclut : « quand on n’a pas de grands moyens, on a des idées ».