Crise énergétique : Avec ses fours allumés 24 h/24, la Verrerie de Biot contrainte à augmenter ses prix « de 10 à 15 % »

Dans l’atelier de la Verrerie de Biot, près de Nice (Alpes-Maritimes), deux grands fours ronronnent. Sur les compteurs qui affichent leur dépense électrique, les chiffres défilent. Et les kilowattheures s’accumulent. Dans les cuves, douze résistances incandescentes chauffent 24 h/24 du verre en fusion. A une température qui peut flirter avec les 1.400 °C. « On ne peut pas les arrêter pour de courtes périodes sans les endommager. Ils doivent tourner en permanence », explique Serge Lechaczinsky, cogérant avec sa sœur Anne.

Depuis quelques mois, la crise énergétique pèse sur les comptes de cette institution de la Côte d’Azur, fondée en 1956. Et met même en péril sa pérennité. En se démenant, le duo a réussi à limiter la hausse de sa facture à « trois fois le prix habituel, mais ce ne sera pas tenable sur du moyen terme ».

Les changements pour survivre

Pour les visiteurs de cette « entreprise du patrimoine vivant », rien n’a changé. Les neuf artisans souffleurs de verre, la spécialité des lieux, qui se relaient, assurent toujours le show. Mais en coulisses, les deux gérants, eux, s’offrent des sueurs froides. « La crise de l’énergie, ça fait quatre mois qu’on ne pense qu’à ça. On a fait des pieds et des mains pour contrôler nos factures », souffle Serge Lechaczinsky. En plus de ces deux fours à fusion, allumés en permanence, l’entreprise doit aussi alimenter ses fours de réchauffe, à gaz, qui permette de modeler le verre, et ses trois fours, de « recuisson », également électriques, indispensables pour stabiliser les produits finis.

Parallèlement à toutes ses dépenses énergétiques, pour limiter encore la casse, « et puisque tout augmente », la Verrerie de Biot a fait du stock. « Nous avons nos matériaux et nos fournitures avec un an d’avance. On a notamment notre stock de verre pour aller jusqu’à fin 2023. Lorsqu’on a passé les commandes, on était déjà entre 15 % et 20 % plus cher que d’habitude. Maintenant, on est plutôt entre 20 % et 100 % d’augmentation en fonction des choses dont nous avons besoin », détaille encore le cogérant.

Les factures et la douloureuse pour les clients

Le contrat de la Verrerie de Biot en « compteur jaune », réservé aux professionnels, à 70.000 euros par an, arrivait à échéance au 31 décembre 2022. « On a commencé par nous proposer un tarif multiplié par dix, détaille Serge Lechaczinsky. C’était impensable. On pouvait mettre directement la clé sous la porte. » A force de discussion, les deux gérants se voient proposer une note sept fois plus chère par leur fournisseur. Toujours beaucoup trop. Ils ont finalement fait appel à une entreprise spécialisée et validé une offre triplant leur facture initiale « en passant par un courtier qui achète en gros ».

Une décision qui ne pourra être « que temporaire, en attendant mieux ». Et qui aura forcément un impact sur le catalogue de l’entreprise. « En dix ans, nous n’avons augmenté nos prix que de 9 %. Là on va devoir les faire grimper d’un coup de 10 % à 15 %, se désole le cogérant. Mais encore, ce ne sera toujours pas tenable à moyen terme si on reste sur cette facture d’énergie là. »

Des aides de l’Etat ou des collectivités ?

« On a rencontré les élus, qui sont derrière nous. On a sollicité le ministre [de l’Economie, Bruno Le Maire] pour qu’on s’occupe aussi de notre cas. Ils ont travaillé pour les boulangers, c’est notre tour, plaide Serge Lechaczinsky. Sinon, beaucoup de petites entreprises ne s’en sortiront pas. » La verrerie ne fait pas partie des « 1,5 million de TPE de moins de 10 salariés, 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et ayant un compteur électrique d’une puissance inférieure à 36 kVA », qui « sont éligibles au bouclier tarifaire des particuliers », selon les dispositions prises par le ministère de l’Economie.

Mais dans les faits, la société biotoise est éligible à « l’amortisseur électricité » qui permet « de prendre en charge environ 20 % de la facture totale d’électricité » et peut également faire appel au « guichet d’aide au paiement des factures de gaz et d’électricité ». Des aides bienvenues mais qui pourraient ne pas suffire.

Comment se voit-il en janvier 2024 ?

« Si on reste dans cette configuration-là, on ne finira peut-être pas l’année », assure Serge Lechaczinsky, expliquant que lui et sa sœur ont « déjà mis leur maison respective en gage ». Alarmiste ? « Réaliste », répond-il. « Si les prix ne baissent pas, pire, s’ils augmentent encore, on ne pourra pas continuer, dit-il. Les clients ne pourront pas suivre les hausses des prix qui seraient nécessaires sur nos produits ».