Crise de l’hôpital : Le gouvernement doit dévoiler ses propositions ce mercredi

Agnès Buzyn et Edouard Philippe. (archives) — HAMILTON-POOL/SIPA

Pris de court par un mouvement social inédit de l’hôpital public, le gouvernement doit dévoiler mercredi matin « un plan d’urgence » censé « renforcer » et « accélérer » une stratégie annoncée il y a plus d’un an. Jeudi, plusieurs milliers de chefs de service, médecins, infirmiers et infirmières, aides-soignants et aides-soignantes ou encore internes manifestaient partout en France, lors d’une grève suivie par un quart des médecins hospitaliers et plus d’un paramédical sur dix. Le président de la République a dit avoir « entendu la colère et l’indignation » de l’hôpital.

Pourtant, Emmanuel Macron n’entend pas modifier sa prescription : le plan « Ma Santé 2022 » qu’il a lui-même présenté en septembre 2018 « va dans la bonne direction mais ne va pas assez vite », a-t-il affirmé. De plus, les annonces de la ministre de la Santé Agnès Buzyn en juin et en septembre, chiffrées à 750 millions d’euros sur trois ans, n’ont pas suffi à mettre fin à la grève inédite des urgences démarrée en mars.

Les syndicats demandent une augmentation de 4 % des budgets des hôpitaux

Parti de la capitale, le mouvement s’est étendu à toute la France avec 268 établissements touchés en fin de semaine dernière. Ce conflit qui ne concernait à l’origine que des soignants et soignantes a coagulé tous les mécontentements de l’hôpital et fédéré l’ensemble des syndicats. Les revendications restent les mêmes : hausse des salaires et des effectifs et arrêt des fermetures de lits. Agnès Buzyn, qui avait longtemps pointé des problèmes d’« organisation », a fini par réviser ses priorités, promettant dès la fin octobre un « plan de soutien » axé sur « l’attractivité de l’hôpital » avec « la revalorisation des salaires notamment en début de carrière », pour endiguer la fuite des personnels.

Pour y parvenir, syndicats et collectifs réclament une augmentation d’au moins 4 % du budget des hôpitaux quand le budget de la Sécu pour 2020, en cours d’examen au Parlement, ne prévoit qu’un peu plus de 2 %, soit 84,2 milliards pour les établissements publics et privés. Les dirigeants et dirigeantes des hôpitaux publics ont réclamé fin octobre une rallonge d’au moins 250 millions d’euros, certaines sources au sein de la majorité évoquant ces derniers jours un coup de pouce de l’ordre de 400 millions.

La piste de la reprise de la dette

D’autres pistes sont à l’étude, notamment une reprise totale ou partielle de la dette colossale des hôpitaux (environ 30 milliards d’euros) par l’Etat pour faire baisser les taux d’intérêt et économiser ainsi plusieurs centaines de millions d’euros par an. Bercy, qui avait dans un premier temps affirmé que cette option n’était « pas envisagée », a mis de l’eau dans son vin : « tout est ouvert », a déclaré dimanche le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Tout n’est pas qu’une affaire d’argent. Il est aussi question de pouvoir au sein des hôpitaux : Emmanuel Macron est prêt à donner « plus de place à ceux qui soignent », ce qui passerait, selon un député, par une révision de la loi Bachelot de 2009, qui avait transféré toutes les responsabilités aux directeurs et directrices administratives au détriment des médecins.

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