Crise de l’énergie : Est-il encore pertinent d’avoir une serre équatoriale à Lille ?

Sous les sunlights des tropiques. La semaine dernière, la ville de Lille a présenté un package de mesures conjoncturelles visant à faire face à la crise énergétique. Parmi ces mesures, Audrey Linkenheld, l’élue en charge de la transition écologique et du développement soutenable, a évoqué une « étude » pour arrêter le chauffage de la serre équatoriale du Jardin des plantes, jugée « très énergivore ». La fin d’une aventure d’une cinquantaine d’années qui ne fait pas que des heureux. Se pose alors la question de la pertinence de maintenir un tel équipement à l’heure de l’urgence climatique.

Construite en 1970 par l’architecte Jean-Pierre Secq, la serre équatoriale municipale renferme tout un tas de plantes qui n’ont rien à faire sous nos latitudes. Et c’est d’ailleurs ce qui constitue son principal intérêt, outre le bâtiment en lui-même. Sauf que l’usage de ce même bâtiment remarquable devrait rapidement changer, sacrifié sur l’autel des économies d’énergie. Selon la ville, chauffer cette structure à une température tropicale représente 1,2 million de kWh chaque année, soit un budget de 225.000 euros. « Un véritable gouffre énergétique » pour l’adjointe au maire Audrey Linkenheld qui prévoit de couper le chauffage « dès que l’on aura trouvé une solution de relocalisation des plantes ». Ensuite, le bâtiment devrait être réhabilité pour en faire… On ne sait pas quoi.

« La pertinence d’un tel équipement se questionne »

Face à cette annonce, l’opposition municipale grince des dents pour diverses raisons. La seule qui met tout le monde d’accord concerne l’état de la serre. « On paye aujourd’hui de n’avoir pas entretenu le bâtiment depuis de longues années », s’emporte Stéphane Baly, élu écologiste. « La ville l’a laissée pourrir et nous raconte maintenant que ça coûte trop cher », renchérit Vanessa Duhamel, conseillère municipale Modem. D’ailleurs, cette dernière ne croit pas en la réhabilitation du lieu, tout comme Stéphane Baly qui n’a vu « aucun projet » en ce sens passer.

Si la mairie semble avoir acté que la serre équatoriale ne sera plus une serre équatoriale, son avenir divise. L’association des amis du Jardin des plantes milite pour garder cette fonction au bâtiment. L’élue Modem, elle, reconnaît qu’en ces temps d’urgence climatique, « il faut considérer les choses différemment » et « réfléchir à des moyens d’obtenir de l’électricité gratuitement » pour garder la serre. L’écologiste est plus embarrassé : « C’est vrai que la pertinence d’un tel équipement se questionne. Mais que fait-on après ? Il n’y a pas de projet pour ce bâtiment. »

Doit-on se résoudre à ne plus manger d’avocats du Chili ou à ne plus avoir de serre équatoriale dans le nord de la France pour lutter contre le réchauffement climatique ? Pour Stéphane Baly, il faut d’abord « raisonner en termes de service public » pour de tels sujets. Pas pour les avocats, mais pour la serre. « Il est impératif de préserver le patrimoine végétal », insiste l’élue Modem. « Si on supprime tout ce qui coûte un peu, ce sera quoi nos villes demain », s’interroge-t-elle.