France

Criminalité organisée : Pourquoi la PJ ne remplace-t-elle pas la gendarmerie ?

Le ministre de l’Intérieur s’est déplacé ce jeudi à Marseille pour présenter son nouveau plan d’action contre le crime organisé, affirmant que la criminalité organisée « constitue une menace stratégique pour la sécurité nationale ». Une opération menée par la gendarmerie, appelée Octopus, a été déclenchée le 10 mars, mobilisant 900 personnels et aboutissant à l’interpellation d’une quarantaine de personnes.

La police a récemment remporté une victoire symbolique dans son rivalité avec la gendarmerie. Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur s’est rendu à Marseille, une ville tristement célèbre pour ses règlements de comptes entre réseaux criminels, afin de présenter un nouveau plan d’action pour lutter contre le crime organisé. La Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) se retrouve en première ligne dans la lutte contre le narcotrafic. Laurent Nuñez a détaillé ce dispositif dans une circulaire de 10 pages datée du 25 mars, consultée par 20 Minutes.

Dans ce document, le ministre souligne que la criminalité organisée « constitue une menace stratégique pour la sécurité nationale ». Selon lui, « sa puissance financière, son internationalisation et ses velléités d’extension lui confèrent une capacité de déstabilisation des fonctions régaliennes ». Il souligne également la « violence de haute intensité » des trafiquants, « l’exploitation de personnes vulnérables, notamment les mineurs » par les réseaux, et dénonce les « tentatives de contournement, de corruption ou d’intimidation des institutions ».

« De toute façon, les magistrats sont souverains »

La mission de la police judiciaire (PJ) est de piloter et de coordonner les actions des autres services, tels que la gendarmerie et la douane, qui devront lui « faire remonter leurs informations » pour « mieux cibler les groupes criminels organisés ». Plusieurs « priorités » ont été fixées par le ministre : « identifier et couper les routes d’approvisionnement en stupéfiants », établir « une liste partagée des objectifs prioritaires », et « mettre fin à la poursuite du dessein criminel depuis la détention ».

Cette mise à l’écart suscite quelques grincements de dents parmi la gendarmerie. Cela s’explique notamment par leur récente opération Octopus, ciblant la DZ Mafia. Ce vaste coup de filet, effectué le 10 mars dans les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et le Gard, mobilisant 900 agents, a conduit à l’interpellation d’une quarantaine de personnes, dont 26 ont été mises en examen. « De toute façon, les magistrats sont souverains et choisissent de saisir un service de police ou de gendarmerie en fonction de leurs besoins », tempère une source proche du dossier, qui estime que cette nouvelle organisation ne modifiera pas fondamentalement le travail des enquêteurs de la gendarmerie.

« Une mesure logique »

« C’est un peu normal, on s’occupe de la grande majorité des affaires de crime organisé. Les gendarmes n’ont que 20 ou 25 % des dossiers. Ce n’est donc pas illogique qu’on soit chef de file sur ce sujet », répond une source policière. Celle-ci insiste : « C’est une mesure logique, ce n’est que la suite de ce qui existait déjà. Le ministre remet simplement l’église au milieu du village. Les gendarmes vont devoir se plier à un certain nombre de choses et ça les embête un peu. »

Une autre source policière voit dans cette affirmation de la PJ le résultat d’une « lutte d’influence qui se joue à d’autres niveaux ». « Les commissaires se plaignent de la réforme de 2024, dans laquelle les préfets ont repris le lead. Ils ont dû faire un lobbying considérable auprès de Nuñez pour mettre un terme à leur « déclassement » », ajoute ce fonctionnaire, qui semble douter de « l’efficacité » de ce « concept de chef de filât ».