Crack à Paris : Les riverains du square de la Villette jugent la situation « invivable »

C’est un endroit où l’on marche vite, un de ces endroits en forme de jointure de la ville, hostile à la flânerie et au bien-être. Nous voici place Auguste-Baron, sous le boulevard périphérique, au croisement des villes de Paris, Pantin et Aubervilliers. Juste en face du square de la Villette où ont élu domicile, depuis six mois, une cinquantaine de personnes droguées au crack ou sans domicile, chassées en septembre du jardin d’Eole à Paris. Une situation qui fait grincer les dents des habitants et habitantes du quartier, à qui le ministre de l’Intérieur avait promis que la situation ne durerait « que quelques heures ou quelques jours ».

« Ils sont dégueulasses, dit carrément Sarah, la cinquantaine. On ne peut plus prendre le métro car ça sent trop le pipi. On ne peut pas sortir le soir : avant on allait à la Villette boire un verre maintenant c’est fini. Et quand on sort, on prend le minimum dans le sac [de peur d’être volé]. » Elle cherche actuellement à déménager, jugeant le quartier « invivable ».

La foule en face du métro Porte de la Villette.
La foule en face du métro Porte de la Villette. – Aude Lorriaux / 20 Minutes

« On a beaucoup moins de clients »

Invivable, c’est surtout le mot qu’on emploierait pour qualifier la situation des personnes qui vivent dans le square de la Villette. Aucune habitation autour de ce square, d’ailleurs, n’a été plantée, le lieu est une sorte de no man’s land coincé entre l’autoroute et le Paris event center. Le bruit des voitures est assourdissant, aussi plombant que le ciel gris du jour. A l’intérieur du square, des gens tentent de s’abriter de la pluie sous des tentes de fortune, détruites régulièrement par les forces de l’ordre. Beaucoup de personnes toussent et les agrès de fitness servent essentiellement de sièges pour s’asseoir. Une voiture de police stationne à côté et contrôle des voitures.

Mais cette présence policière ne suffit pas à rassurer les commerçants. « Les femmes ne veulent plus sortir, se plaint un employé du café Le Magenta, à l’angle de l’avenue Jean-Jaurès et de la rue Magenta, juste en face de la place Auguste-Baron. Ils se mettent devant le café à l’ouverture pour demander des pièces et après les gens ont peur. On a beaucoup moins de clients. Certains sont agressifs. Il y a des vols, des bagarres. Ils dérangent tout le monde. »

« Moins dérangés qu’au tout début »

Au fond du square de la Villette, non loin d’une rangée de toilettes mobiles, cinq hommes et une femme sont assis autour d’un feu, avec de la musique. Certains disent consommer du crack, d’autres non. Interrogé sur les vols et les nuisances causées aux riverains, Kamara, l’un de ces hommes, s’explique : « J’ai des papiers, j’ai travaillé longtemps comme menuisier. Mais à Paris, c’est plus difficile. Quand on n’a pas d’endroit où dormir, on ne trouve pas de travail. La police vient ici et rase tout, alors c’est obligatoire, celui qui vole va aller voler. »

Yasser, qui travaille à la pharmacie centrale de la Villette, a été témoin de vols. Il se « méfie » aussi pour sa sécurité car il juge les personnes droguées au crack « imprévisibles ». Mais il estime que la situation s’est arrangée, notamment depuis qu’un de ses collègues a été agressé au cutter. « On est moins dérangés qu’au tout début. Je pense que les flics ont fait le nécessaire », estime-t-il.

« Il n’y a rien qui avance »

Ce n’est pas l’avis du collectif 93 Anti Crack, qui met en avant une chute de 40 % du chiffre d’affaires des commerçants du coin et qui juge que la situation « se dégrade », comme le résume Dominique Gamard, une des administratrices du collectif. « Macron, Castex et Darmanin s’en foutent de ces gens. C’est inadmissible de les laisser vivre entre le périphérique et une voie désaffectée », tonne-t-elle. « Il n’y a rien qui avance », se plaint aussi Catrina Tavares, une autre personne du collectif, une pantinoise qui travaille au cabinet de la mairie d’Aubervilliers.

Pour sortir du problème, les mairies de Paris, Pantin et Aubervilliers, ainsi que le département de Seine-Saint-Denis, ont saisi en février le tribunal administratif pour obliger l’Etat à une  prise en charge médico-sociale des consommateurs de crack. Mais elles ont été déboutées la semaine dernière.