Covid-19 : Non, les vaccins n’ont pas favorisé l’apparition de cancer du sein

Depuis le début de semaine dernière, un message viral circule sur Twitter et a été aimé plus de 2.500 fois (sans compter les 2.400 retweets). Le texto émanerait d’un médecin travaillant aux urgences :  « Arrivée de Mme X. 39 ans, fièvre. Cancer du sein diagnostiqué et traité » en six mois entre janvier et juin 2022. Et d’ajouter : « 4 doses anti-covid en 12.2021, 01.2022, 03.2022 et 10.2022. » Le SMS cite également les propos d’un prétendu oncologue : « Voici exactement le type de récidive fulgurante que l’on voit depuis les injections anti-covid, cette dame est fichue ».

Visiblement en colère, l’internaute estime que les injections de vaccin contre le Covid-19 ont entraîné des augmentations de cancer du sein. Or, cette corrélation n’a jamais été démontrée.

FAKE OFF

A la première lecture du message, un élément intrigue. La personne énumère le nombre d’injections de vaccin qu’a reçu la patiente, Mme X. Entre décembre 2021 et octobre 2022, elle aurait eu quatre doses de vaccins sur une période de onze mois. Plus étranges encore, les trois premières doses ont été effectuées sur des laps de temps très restreints : un, voire trois mois.

Or, rappelez-vous, le délai à respecter entre deux doses était bien plus long. Sur le site du ministère de la Santé, nous pouvons retrouver les premières mesures adoptées par le gouvernement à cette période. Pour un vaccin Pfizer, le délai entre la première et la deuxième injection était de 3 à 7 semaines. Par ailleurs, si la patiente a reçu sa première dose en décembre 2021, la vaccination avait déjà commencé depuis plus de sept mois déjà. Il y a donc de fortes chances que ce calendrier de vaccination ait complètement été inventé.

« Aucune évidence »

Mais revenons aux risques de cancer du sein. D’après Barbara Pistilli, oncologue spécialiste de la pathologie à l’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif, l’incidence annuelle de cancer du sein est en augmentation, mais ce depuis presque trente ans. Toutefois, elle précise : la mortalité est en progressive diminution. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « dans les pays à revenu élevé, le taux de mortalité par cancer du sein comparatif par âge a chuté de 40 % entre les années 1980 et 2020 ».

Qu’en est-il depuis le début de la vaccination contre le Covid-19 ? « Cette augmentation de l’incidence reste plutôt constante au cours du temps et nous n’avons aucune évidence d’une augmentation de l’incidence de cancer du sein à la suite de l’introduction de la vaccination anti Covid-19 », nous répond le Dr Barbara Pistilli. « Nous ne constatons aucune accélération des cancers ou aggravations », confirme l’oncologue Jérôme Barrière, sur son compte Twitter.

Le message mentionne également des « masses tumorales visibles » au niveau du poumon, du foie, de l’estomac ou encore de l’intestin. Or, d’après les indications de l’Institut national du cancer, le plus souvent, les organes touchés par des métastases lors d’un cancer du sein sont le foie, les os et les poumons.

De faux résultats positifs

Depuis le printemps 2021, des spécialistes ont toutefois remarqué des résultats « faussement positifs » lors d’une échographie après un vaccin contre le Covid-19. Dans une tribune publiée le 29 avril 2021, le radiothérapeute et oncologue Dr Jean-Michel Vannetzel en explique le contexte. Lors d’un dépistage du cancer du sein, le radiologue va privilégier une échographie sous le bras, dit axillaire. Or, la vaccination peut entraîner une stimulation du système immunitaire, « en particulier au niveau des ganglions lymphatiques ».

Ce phénomène, l’oncologue Barbara Pistilli l’a également remarqué à l’hôpital Gustave-Roussy. Une augmentation de volume des ganglions axillaires peut être perçue à l’imagerie, « dans les jours qui suivent, quelques fois même pendant quelques semaines ». Dans sa tribune, le Dr Jean-Michel Vannetzel affirme que cela entraînerait un « diagnostic erroné d’un éventuel cancer du sein ».

Distinguer ganglion réactionnel et suspect

Pour les deux spécialistes, tout repose finalement sur une bonne communication entre le patient et le médecin. « Actuellement, les radiologues et les médecines nucléaires ont d’abord l’habitude de poser la question sur la vaccination aux patientes qui réalisent des examens et sont capables de distinguer entre un ganglion réactionnel [pour la vaccination] et un ganglion suspect [atteinte d’une métastase] pour lequel une biopsie ou cytoponction est nécessaire », précise le Dr Barbara Pistilli.

Outre l’importance d’informer son médecin d’une récente vaccination, le Dr Jean-Michel Vannetzel recommande ainsi de ne pas programmer de vaccination avant des examens de dépistage du cancer du sein.