Covid-19 : Contaminations, taux d’incidence…La France est-elle à l’aube d’une huitième vague ?

Pas de quoi paniquer, mais une tendance à surveiller. Les signaux d’une reprise épidémique du Covid-19 sont là, deux semaines après la rentrée scolaire et la rentrée tout court. Dans son dernier bilan hebdomadaire publié le 8 septembre, Santé publique France note une hausse du taux d’incidence chez les moins de 10 ans. Plus généralement, 41.850 nouvelles contaminations ont été recensées en 24 heures mardi, contre 26.918 une semaine plus tôt, soit une hausse de 56 %. La moyenne glissante repasse au-dessus de 20.000 nouveaux cas par jour, en hausse de 25 % sur une semaine, soulignent les autorités sanitaires. La France est-elle à l’aube d’une huitième vague ? Faut-il s’inquiéter ? Reporter le masque en intérieur ?

Comment expliquer cette reprise de l’épidémie ?

Pour Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne, « on ne peut pas encore parler de reprise car si les cas positifs augmentent, ils reviennent au niveau du mois de juillet. Et tous les autres indicateurs [hospitalisations, réanimations, taux de reproduction du virus, décès] sont toujours en baisse ». D’autant que l’indicateur du nombre de cas est biaisé, ajoute-t-elle, car « il dépend du nombre de personnes testées ». Donc « il ne faut pas s’alarmer parce que davantage de personnes sont allées se faire tester », résume-t-elle.

Pas se tourmenter, c’est aussi le message que veut faire passer le professeur Yves Buisson, épidémiologiste et président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine. Pour lui, ce rebond est loin d’être une surprise : « on s’y attendait », assure-t-il à 20 Minutes, comme à toutes les rentrées depuis 2020. « Si la circulation du virus a baissé pendant l’été, elle n’a pour autant jamais cessé », rappelle-t-il. Et les brassages, le regroupement sur les lieux de travail, dans les écoles, de personnes venant des différentes régions françaises à la rentrée favorisent une hausse de la circulation du Covid-19. « Les lieux clos, pas aérés, avec de nombreuses personnes réunies, sont les conditions idéales pour un rebond », développe l’épidémiologiste. De là à parler d’une huitième vague, comme l’a évoqué le ministre de la Santé, François Braun ? « Il n’y a pas de seuil à partir duquel on parle de vague, c’est subjectif. Mais si le cap de plus de 100.000 cas par jour est franchi, alors oui, on parlera d’une nouvelle vague », répond Yves Buisson.

Pourquoi les enfants sont-ils les plus touchés ?

On l’a dit, le taux d’incidence progresse majoritairement chez les enfants de 0 à 9 ans. Deux facteurs expliquent ce constat : premièrement, la rentrée scolaire, qui favorise le brassage et la circulation du virus dans les écoles, où les mesures de distanciation et les masques, ne sont plus à l’ordre du jour.

Deuxièmement, cette tranche d’âge est peu vaccinée, avec un taux de seulement 2,7 % de schéma vaccinal complet chez les 0 à 11 ans, selon Ameli. Ce qu’Yves Buisson « regrette », car « même si les enfants ont été infectés par le Covid-19, ils ne construisent pas d’immunité contre le virus, notamment parce qu’ils développent des formes bénignes ». La prochaine vague pourrait ainsi venir des plus jeunes. Comme « c’est déjà le cas avec la grippe », rappelle l’épidémiologiste à l’Académie de médecine.

Faut-il s’inquiéter ?

Les chiffres actuels de contamination pourraient être largement sous-estimés, du fait que les gens vont moins se faire tester ou choisissent plutôt l’autotest. « On a un problème depuis les dernières semaines, voire les derniers mois, d’une importante sous-estimation des chiffres réels de la circulation du virus », affirme-t-il. Mais s’il faut garder un œil sur la situation, il n’y a pas d’élément d’inquiétude particulier « car c’est toujours le même sous-variant qui circule et qui domine largement », précise Yves Buisson. Le sous-variant du variant Omicron, le BA.5.

La reprise épidémique n’est pas assez alarmante pour imposer à nouveau des mesures restrictives, à l’image du port du masque dans les lieux clos. « Il serait très difficile de justifier la mesure au regard de la situation », estime l’épidémiologiste. Ce qui n’empêche pas de rappeler aux personnes à risque de se protéger, « d’autant plus qu’il y a eu un vrai relâchement dans la vaccination chez les personnes âgées », ajoute-t-il.

Mais tant qu’on ne voit pas dans la surveillance épidémique internationale apparaître un nouveau variant inquiétant, pouvant supplanter le variant en cours, « on peut être rassuré sur la situation, abonde-t-il. C’est peut-être la fin de la pandémie tant qu’il n’y a pas de variant plus contagieux, plus transmissible ». D’ailleurs, le monde n’a jamais été en aussi bonne position pour mettre fin à la pandémie, a affirmé ce mercredi le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.