Covid-19 : Après le vaccin, des caillots mutants présents dans le corps des défunts vaccinés ? C’est faux

Depuis le début de la vaccination contre le Covid-19, un hashtag revient régulièrement sur les réseaux sociaux : « #DiedSuddenly » [« Mort subitement » en français, Ndlr.]. Il accompagne l’annonce de décès aux circonstances floues, comme on a pu le voir récemment pour la chanteuse et fille d’Elvis, Lisa Marie Presley, ou le guitariste Jeff Beck.

Fin novembre, un documentaire nommé « Mort subitement » a même été publié sur la plateforme de financement Crowd funder. A ce jour, le film qui a pour but de montrer la nocivité des vaccins est toujours viral sur les réseaux sociaux. Son réalisateur, Stew Peters est un podcasteur proches des théories complotistes et de l’extrême droite américaine. L’an dernier, la plateforme Spotify avait retiré ses contenus de la plateforme face aux risques de désinformation au sujet du Covid-19.

Lors du documentaire, une grande séquence est consacrée au cri d’alerte donnée par des professionnels de la mort aux Etats-Unis. Face à la caméra, des thanatopracteurs défilent pour alerter des changements observés sur les corps des défunts vaccinés. « Des caillots longs et caoutchouteux », cite le premier. « Ce ne sont plus des caillots de sang, mais des caillots de fibre blanche », soulève un deuxième. D’après ces thanatopracteurs, le vaccin contre le Covid-19 changerait la composition du sang et pourrait être la cause de nombreuses crises cardiaque.

Sauf qu’aune preuve scientifique n’a jamais démontré cette affirmation. Interrogés par 20 Minutes, des thanatopracteurs français sont formels : aucun changement n’a été observé depuis le début de la vaccination.

FAKE OFF

Dans le documentaire, un premier embaumeur intervient. Il s’agit de Richard Hirschman, qui vit en Alabama, aux Etats-Unis. En septembre dernier, il avait déjà affirmé auprès du média Epoch Times [connu pour diffuser de nombreuses fake news] avoir trouvé « des gros caillots fibreux et caoutchouteux, parfois très longs ». Sur les images de « Mort subitement », ces éléments fibreux sont une nouvelle fois montrés à l’image. Ils viendraient d’une artère carotide et de certaines veines, explique alors Richard Hirschman.

Les caillots seraient apparus depuis « 16 à 18 mois ». Pour tous les professionnels montrés à l’écran, nul doute sur le lien entre cette présence de fibres et le début de la vaccination contre le Covid-19. Leur présence s’accompagne également d’images peu ragoutantes de longs tissus blancs entachés de sang. « Maintenant, au lieu d’appeler ça des caillots de sang, j’appelle ça des caillots fibreux blancs », souligne Richard Hirschman.

L'exemple montré dans le documentaire. Mes excuses d'avance à toutes les âmes sensibles
L’exemple montré dans le documentaire. Mes excuses d’avance à toutes les âmes sensibles – Capture d’écran

Pas de changement majeur

Le problème, c’est que ces observations ne sont pas partagées par tous les professionnels du métier. Les thanatopracteurs interrogés par 20 Minutes sont convaincus : aucun changement n’a été observé depuis le début de la vaccination contre le Covid-19.

Même constat partagé par les scientifiques du réseau Health feedback dans un article publié en septembre dernier. « L’affirmation est basée sur des preuves anecdotiques et des expériences erronées qui ne soutiennent pas une telle association. […] Le Covid-19 lui-même est beaucoup plus susceptible de provoquer des caillots sanguins que les vaccins, qui restent une stratégie efficace pour prévenir le Covid-19 sévère et les complications cardiovasculaires qui y sont associées ».

Des caillots présents avant le vaccin

Mais pour mieux comprendre, peut-être faudrait-il un peu mieux expliquer la pratique de la thanatopraxie. Elle sert avant tout à préserver le corps défunt de la décomposition naturelle. « Nous faisons des soins de conservation et des toilettes funéraires. Quand nous faisons des soins, on injecte un produit dans les artères. Après, on ponctionne tout ce qui est fluide avec une sonde dans le cœur et on va visiter l’organisme », nous explique Benoît Paquentin, thanatopracteur depuis une quinzaine d’années.

Au cours du documentaire « Mort subitement », les embaumeurs américains signalent la présence de caillots de sang. Des faits qui arrivent au quotidien d’après Benoît Paquentin. « Il y a toujours des corps qui contiennent des caillots. Il y en a certains qui ont vraiment beaucoup de caillots, mais ce n’est pas que depuis le Covid-19 ».

Cette présence peut être liée à de nombreuses autres maladies, affirme un second thanatopracteur interrogé, Benjamin Bonnaud. Du cholestérol, des artères en mauvais état, des problèmes de coagulation du sang par exemple. « Que des pathologies qui existent depuis toujours », explique le professionnel qui exerce depuis une quinzaine d’années.

« Ça a toujours été comme ça »

Pour les deux professionnels, les fibres blanches signalées par le documentaire ont également toujours existé. « Les fibres blanches sont des caillots aussi. Ça a toujours été comme ça », avance Benjamin Bonnaud. D’ailleurs, les thanatopracteurs ne sont pas tenus de connaître le statut vaccinal de leur patient. Un fait que corroborent les scientifiques de Health feedback dans leur article.

Depuis novembre 2021, aucun des deux thanatopracteurs n’a observé le moindre changement. A son compte depuis treize ans désormais, Benoît Paquentin ajoute même qu’il n’est pas surpris par la présence de ces fibres blanches décrites dans le documentaire. « Il y a toujours comme des petites fibroses, des caillots avec comme des filaments à l’intérieur. Mais ils ont toujours existé, ce sont des choses qu’on a toujours vues. J’en ai toujours vu et ce depuis mes débuts. Il y a treize ans, nous ne parlions pas de Covid-19, ni de vaccin ».

Du sang sablé ?

Enfin, le documentaire montre une dernière anomalie : du sang qui sort des artères serait devenu sale, avec la présence de grains « comme du sable ou du marc à café ». Mais une nouvelle fois, les thanatopracteurs interrogés réfutent l’idée d’une nouveauté liée au vaccin. « Ça a toujours existé le sang épais. Ça peut être lié soit a une pathologie qui contrarie la fluidité du sang, soit à un corps un peu « ancien ». Mais de la même manière, ça a toujours existé », affirme Benjamin Bonnaud. Et Benoît Paquentin d’ajouter: « Nous ponctionnons toujours les mêmes liquides, il n’y a pas de dépôt dans nos bidons ».

Cela pourrait ressembler à des bocaux de calamar, mais on vous les déconseille vivement
Cela pourrait ressembler à des bocaux de calamar, mais on vous les déconseille vivement – Capture d’écran

Une dernière chose nous étonne également. Dans le documentaire, les thanatopracteurs présentent des fibres prélevées dans des dizaines de bocaux. Or, la pratique ne paraît pas vraiment réglementaire. Si cela peut changer entre les pays, en France, tout ce qui est récupéré doit être signalé. « Tout ce qui est liquide physiologique prélevé des défunts doit être incinéré. Tout ça c’est assez strict, on a des délais. Ça doit partir dans la semaine, voire dans les 15 jours », relate Benoît Paquentin. Difficile donc de croire à la méthode de conservation démontrée dans le documentaire qui n’existe pas réellement ailleurs.