Coupe du monde de rugby: Voyage annulé, tourisme… Comment les supporters français vivent-ils le crunch avorté?

Des supporters français sont venus au Japon spécialement pour France-Angleterre — Daisuke Tomita/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

« Je mettrai un réveil à 5 heures du matin pour savoir si le match sera annulé au relocalisé. » L’histoire ne dit pas si Arthur s’est vraiment levé aux aurores pour prendre acte du communiqué de World Rugby, mais au moins il est fixé : ce jeune supporter du XV de France et du Racing contacté jeudi soir et ses cinq amis n’iront pas au Japon. L’organisation du tournoi a annoncé l’annulation pure et simple du match France-Angleterre, censé se tenir samedi après-midi à Yokohama à 17h15, en raison du passage du typhon Hagibis le même jour.

Si le crunch avait été relocalisé à Oita, Arthur, aurait fait le voyage. « On s’arrangera pour regarder le match dans un bar avec d’autres supporters français ou des Japonais », disait-il. Mais la déprogrammation change tout pour le jeune homme, qui avait pris ses billets sur un coup de tête il y a trois semaines pour seulement quatre jours au Japon. Il devait décoller jeudi « Tout s’est décidé parce qu’un ami a remporté un concours qui lui permettait de commenter le crunch pour une radio française ».

Du frère de Médard au supporter anonyme, les lésés du crunch avorté

Envolée, la belle histoire, balayée par les rafales d’Hagibis. Et ce n’est pas la seule. On sait de source sûre que Guillaume Médard, frère de, décolle vendredi et que son premier match en tant que spectateur privilégié devait être France-Angleterre. Sur Twitter, Pierre nous raconte celle d’un ami parti jeudi à midi de l’aéroport Charles de Gaulle sans grand espoir : « il a partagé un article sur la probable annulation en disant qu’il était dégoûté. » Eric, notre indic chez les supporters français depuis le paquitogate du métro tokyoïte a des amis dans la même situation. Eux aussi sont dégoûtés. Il compatit à sa manière : « perso si j’avais fait 10.000 bornes pour un match, je trouverais peu de réconfort à visiter un temple Shin To sous des bourrasques à 250 km/h ».

Mauvaise langue. Dans ce tourbillon de Français déçus, on a trouvé Thibaut, certes venu pour France-Angleterre mais qui se satisferait presque d’avoir un peu plus de temps pour visiter l’archipel.

On avait six jours sur Tokyo avant de descendre sur Yokohama pour faire France-Angleterre et Ecosse-Japon. Ensuite l’idée était de continuer sur Kyoto pour quatre ou cinq jours sans rugby. Avec deux journées potentiellement libres donc on va peut-être anticiper notre arrivée sur Kyoto et faire des choses à Tokyo qu’on aurait pas pu faire le samedi. On se plaint pas parce que ce sera un beau voyage. »

« Aller au Japon, c’est pas comme prendre le RER »

Dans son malheur, Thibaut verra peut-être la « finale » du groupe A entre Écossais et Nippons à Yokohama, dont le sort ne sera pas scellé par World Rugby avant dimanche matin. Parce que c’est un match décisif et que, d’après les prévisions météo, le typhon aura poursuivi sa route vers le Nord. « Avant que ne soit prise toute décision définitive, les sites devront être soumis à un contrôle minutieux après le passage du typhon, dimanche matin », prévient néanmoins World Rugby. En cas d’annulation et comme pour France-Angleterre, le supporter verra son billet remboursé par l’instance en charge de l’organisation du Mondial, un moindre mal, mais pas de quoi calmer l’ire d’autres supporters. Arthur :

On a eu les premières informations mercredi, celles sur l’annulation jeudi. Bon, aller au Japon c’est pas comme prendre le RER. Je ne sais pas si le risque a été très bien appréhendé. Je suis sûr qu’il était prévu ce risque, mais la communication de World Rugby a été bizarre. Les typhons c’est un truc qui arrive tout le temps ici. »

Eric, lui, ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les Mondiaux d’athlétisme à Doha, à ranger aussi au panthéon des événements sportifs perturbés par un climat singulier. « Dans les deux cas, sans être certains, les aléas climatiques sont plus que probables. Lorsque tu planifies la Coupe du monde de rugby en pleine saison des typhons, tu penses à ton plan B en amont, et celui-ci devrait pouvoir intégrer en priorité les supporters ayant fait le déplacement. » Pour sa défense, World Rugby jure avoir mis tous les moyens en œuvre pour maintenir les matchs du samedi mais croit savoir qu’il aurait été « irresponsable » de mettre en danger équipes et supporters eu égard à l’intensité du typhon.

Enfin, et pour conclure la question du remboursement, les supporters contactés connaissent fortunes diverses. Si Arthur se satisfait par exemple des modalités d’annulation d’Air France dont les frais couvraient « une grande partie du coût de [son] voyage », les personnes ayant planifié leur séjour via agence peuvent déjà s’interroger. Hier, l’une d’entre elles nous disait qu’il n’y aurait a priori pas de remboursement de leur part mais que la solution pourrait là encore émaner de World Rugby, avec qui ladite agence était entrée en négociations. Bref, avant même de frapper les côtes japonaises, le typhon fout déjà un sacré bazar.

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