Coupe du monde de rugby: Relocalisation à huis clos ou annulation? France-Angleterre menacé par le super-typhon Hagibis

Hagibis, here we go again — 20 Minutes Productions

De notre envoyé spécial au Japon,

C’est l’histoire d’un garçon qui crie au typhon. « Attention, il arrive et il va manger des matchs de la Coupe du monde », prévient-il du haut de son building tokyoïte. Le monde du rugby regarde par la fenêtre, lève la tête, rien. Pas une goutte d’eau, pas une rafale. Une semaine plus tard, rebelote, le garçon lance l’alerte. « France-USA menacé ! » Toujours rien. Le public n’est pas dupe, l’Evelyne Dhéliat local peut continuer son cinéma météorologique, on ne tombera plus dans le panneau, fini. Tenez, le revoilà qui jacte : « alerte typhon, peur sur Japon-Ecosse et France-Angleterre, tous aux abris ! » Oui, oui, c’est ça, faudrait quand même pas nous prendre pour des idiots hein.

Sauf que, comme dans la célèbre fable d’Esope, la dernière alerte est la bonne. Oui, cette fois, on y va tout droit. Enfin c’est plutôt Hagibis, du nom du dernier colosse né des eaux chaudes du Pacifique, qui fonce droit sur les côtes nippones, où il est attendu ce week-end. Sa trajectoire ressemble à celle du typhon Faxai, dont les vents parfois supérieurs à 200 km/h avaient fait d’énormes dégâts (900.000 foyers privés d’électricité) et causé la mort de plusieurs personnes dans la région de Tokyo, ce qui laisse penser que ce phénomène ne se dérobera pas, contrairement aux deux précédents. Mais son intensité est tout autre : ses rafales supérieures à plus de 300 km/h et sa taille en font d’ores et déjà un super-typhon de niveau 5, phénomène météo comparable à l’ouragan Dorian, bien que voué à s’affaiblir à l’approche du Japon.

Pas de bol pour la France et l’Angleterre, son passage dans la région de Tokyo samedi après-midi, a priori en catégorie 3 (vents de 178 à 210 km/h) coïncide avec le crunch qui doit se jouer à Yokohama. Ce que confirmait mardi un communiqué de World Rugby :

« Les dernières projections effectuées par nos experts météorologiques indiquent qu’Hagibis se dirige maintenant vers le nord-est et qu’il entraînera des vents puissants accompagnés de fortes précipitations sur Tokyo et les zones alentour le 12 octobre. La sécurité du public et des équipes demeure notre préoccupation majeure. Si de solides mesures d’urgence ont été mises en place pour les matchs de poule, celles-ci ne seront appliquées, le cas échéant, que si l’intégrité physique des équipes, des fans et du personnel peut être garantie. Tout commentaire sur ces mesures d’urgence serait donc malvenu à ce stade. »

Conformément au règlement, l’instance en charge de la bonne tenue de la compétition se donne le droit de modifier le lieu de la rencontre ou d’en changer l’heure. Aucune décision n’a été prise par World Rugby pour l’heure, mais deux options sortent du lot: celle de la relocalisation du crunch à Oita mais à huis clos – visiblement pour des raisons logistiques et d’achemninement des supporters – et celle de l’annulation pure et simple de la partie.

Les organisateurs de la Coupe du monde tiendront une conférence de presse jeudi à midi (5h00 du matin en France) pour « apporter une mise à jour de l’impact anticipé du typhon Hagibis sur la dernière journée de la phase de poules ». En cas d’annulation pure et simple, Français et Anglais repartiront bons amis avec deux points et le XV de France terminera deuxième de la poule C. Dans l’attente de la décision de World Rugby, le staff des Bleus, dans le flou, a décidé d’annuler le point presse prévu à 10h00 (03h00 heure française). 

Pour le moment, jure Camille Lopez, on ne pense pas trop à tout ça au sein du groupe. « On suit la situation forcément, parce qu’on en entend parler, mais on n’a pas évoqué les scénarios. On reste sur la préparation du match et on verra ce qu’il se passera. » Le Clermontois a quand même joué le jeu en essayant d’anticiper ce à quoi pourrait ressembler un match avec des rafales à plus de 100 km/h, particulièrement contraignantes pour le jeu au pied sur lequel il s’est illustré contre l’Argentine et les Etats-Unis.

« Ça sera des conditions un peu particulières. Avec un tel vent, est-ce qu’il faudra pas conserver le ballon ? Du vent, j’en ai déjà eu mais du vent comme ça, je connais pas. Forcément si tu tapes des jeux au pied longs dans ces conditions ça marchera pas. »

Pour le reste, les joueurs n’ont pas l’air plus perturbés que ça à l’idée d’un possible report du crunch, Jefferson Poirot en tête : « ce n’est pas perturbant de préparer le match avec cette menace. Ça aurait été perturbant si ç’avait été le match de la qualification. » Pas perturbé non plus par un hypothétique manque de rythme causé par une nouvelle pause de dix jours sans match. « Si le match n’a pas lieu, on sera en quarts quand même… C’est tout ce qui m’importe. Est-ce que ça sera un problème pour le rythme ? Oui et non, on sera prêts quoi qu’il arrive. Ce n’est pas un souci », surtout pour lui qui a joué deux fois en quatre jours et dont le capital fraîcheur est un peu entamé.

Côté anglais, on n’en pense pas moins, mais la punchline est un peu plus travaillée, vous connaissez les Anglo-saxons. Dan Cole à l’œuvre : « quoi qu’il arrive on restera pas assis à se tourner les pouces dans nos chambres d’hôtel. On bossera pour être sûrs de garder la forme. » En espérant quand même qu’Hagibis perde lui un peu de sa vigueur.

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Coupe du monde de rugby : L’arrivée d’un typhon dans le sud du Japon menace la tenue de deux matchs

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