Coupe du monde de rugby : Non ! C’est terrible ! On va vraiment devoir être pour les Anglais en finale…

Ah oui, on va vraiment très loin là — PIERRE EMMANUEL DELETREE//SIPA

  • Le XV de la Rose affrontera samedi l’Afrique du Sud en finale de la Coupe du monde 2019.
  • Après leur démonstration contre les All Blacks, les hommes d’Eddie Jones nous poussent à être pour eux contre les Springboks.
  • Et ça, c’est vraiment affreux, parce qu’on en vient à rejeter notre histoire et notre ADN.

De notre envoyé spécial rentré du Japon,

Que Jeanne d’Arc nous pardonne. Samedi matin, à l’heure de la finale de la Coupe du monde de rugby, approximativement six siècles après le siège d’Orléans, une grande partie de la France reniera ses racines en soutenant l’Angleterre face à l’Afrique du sud. Des siècles de contentieux militaires, des décennies de rivalités sportives ont été effacées par une masterclass ovale de la clique d’Eddie Jones contre la Nouvelle-Zélande, mettant en lumière une autre évidence :  la France n’aime pas les Anglais mais elle déteste encore plus ceux qui gagnent trop. Battre les All Blacks, invaincus sur la scène mondiale depuis 2007, c’était libérer ce sport du joug océanien et donc, forcément, gagner notre respect. Et pour ne rien arranger, ils ont même des mecs marrants. Pas Farrell, non, ça reste une tête à claques. On pensait plutôt à Joe Marler.

Même Imanol Harinordoquy, le moins anglophile des rugbymen tricolores, ne peut s’empêcher d’apprécier le rival. Un revirement inattendu pour celui qui, comme nous, savourait pleinement le naufrage britannique de 2015 (l’Angleterre avait été sortie de sa Coupe du monde au premier tour). « C’était… je dirais pas jouissif, mais pas loin, se marre-t-il. Ils avaient une équipe vachement compétitive, ils étaient sûrs de leurs forces, ce qui d’ailleurs est une chose qu’on envie un peu aux Anglais. Donc de les voir se trouer comme ça… Aujourd’hui, je me surprends presque à prendre du plaisir même si ce n’est pas une équipe que je porte dans mon cœur. »

Guerre de Cent ans, crunch et folklore

Pour autant, se ranger dans le camp de la Rose face aux Springboks n’est pas un crève-cœur pour tout le monde. Prenez le fondateur de la turbulente Boucherie Ovalie, qu’on appellera, au hasard, Ovale masqué. Pour lui, soutenir l’Angleterre est tout sauf une affaire d’État. Attention, sarcasme :

Je me sens moyennement concerné par la rivalité franco-anglaise, n’ayant pas vécu la guerre de Cent ans. Évidemment, à chaque crunch on joue un peu le jeu de la guéguerre, mais c’est plus pour le folklore. Niveau rugby, je pense que l’antagonisme est surtout présent chez ceux qui ont connu la période noire des années 1980-90, où la France produisait le plus beau rugby mais perdait presque toujours contre les Anglais à cause de son indiscipline. Et d’arbitrages plutôt douteux aussi. »

Maintenant qu’on s’est rassurés sur notre supposé droit à soutenir l’équipe de rugby anglaise – c’était ça ou l’autoflagellation – il convient de déterminer les causes de cette soudaine passion pour l’ennemi. Endiguer l’hégémonie néo-zélandaise, comme on le disait plus haut, est déjà une fin respectable en soi, mais le XV de la Rose a en plus eu le chic de le faire avec panache. L’arrogance d’Owen Farrell et ses clins d’œil, le V inversé – certes pompé sur les Bleus, diront Harinordoquy et Ovale Masqué – avant le haka ont ravivé en France le souvenir de 2007 et 2011. Si la scène est épique, la prestation d’ensemble n’a rien à lui envier. « Leur condition physique, leur faculté à se déplacer, à plaquer pendant 80 minutes a complètement asphyxié les All Blacks », analyse Philippe Saint-André, ancien sélectionneur et désormais consultant RMC Sport.

Son ancien troisième ligne en bleu abonde. « Ils sont impressionnants de rigueur sur les fondamentaux en termes de conquête et d’organisation. Aujourd’hui il faut être lucide, ils dominent le rugby en pratiquant du jeu. Ce n’est pas seulement 15 mecs bodybuildés », référence à peine masquée aux avants sud-africains que devront se coltiner les Anglais à Tokyo ce week-end, autre raison pour laquelle on a moyennement envie de voir les Britanniques faire un flop en finale.

PSA poursuit: « les Anglais, on a envie de les soutenir parce qu’ils jouent bien, surtout par rapport aux Sud-africains qui ont des monstres physiques et qui ont battu le pays de Galles en produisant du non-jeu. Ils ont des bons joueurs, les ouvreurs Farrell et Ford, les frères Vunipola… Ce sont des caméléons capables de gagner de plein de manières différentes. »

Le modèle anglais

Enfin, peut-être faut-il aussi voir dans cette équipe, reconstruite en début de décennie et humiliée chez elle en 2015 un reflet optimiste de notre XV de France dont on espère avoir entrevu un début de rédemption contre les Gallois à Oita. Théorie made in Boucherie Ovalie. « D’un point de vue français, ce qui fait un peu rêver, c’est que tu sens qu’ils ont un projet cohérent depuis 2012, qu’ils bossent sur le long terme, alors que nous on ne voit jamais plus loin que la semaine suivante. Même après s’être plantés en beauté en 2015, ils ont changé d’entraîneur mais pas vraiment de direction. »

Celle d’Eddie Jones était très clairement orientée vers la demie contre les Néo-Zélandais. Deux ans qu’il en parlait, ça virait à l’obsession. Maintenant que c’est fait, l’Australien va devoir régler son GPS sur l’Afrique du Sud, car, favori ou pas, la décompression guette, prévient Saint-André. « C’est le danger, oui, vu qu’on a présenté leur demie contre les All Blacks comme une finale. » Attention à ne pas déconner du côté d’Owen Farrell et ses potos. Car tous les espoirs d’un peuple reposent sur leurs épaules : ceux du peuple français, bien sûr.

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