Coupe du monde de rugby : Logistique, rythme et équité… Que va changer l’annulation du crunch pour le XV de France?

Oui Yoann, c’est loin… — Yuji Sakaguchi/AP/SIPA

Nos confrères anglais ont de la chance. Au moins, eux, ils savent comment leur équipe nationale a pris la nouvelle de l’annulation du crunch, samedi, à cause du typhon Hagibis. Spoiler alert, plutôt bien. « Qui aurait pensé que nous aurions deux matchs relativement faciles (Tonga et Etats-Unis), un match dur (Argentine) et ensuite deux semaines pour préparer le quart de finale ? », a lancé le sélectionneur Eddie Jones, sans trop se forcer pour cacher sa satisfaction.

De notre côté, moins de biscuit à se mettre sous la dent. A l’hôtel des Bleus, le vice-président de la FFR Serge Simon s’est contenté de lire un communiqué pour informer que la France « prenait acte » de cette décision avant de retirer ses lunettes, boucher ses oreilles et déguerpir en ignorant les questions des journalistes. Et puis plus rien. La conférence de presse, annulée dans l’attente de la communication de World Rugby, n’a pas été reprogrammée. Ce sera même silence radio jusqu’à nouvel ordre.

Toute la délégation est partie dans la foulée à Oita, où le XV de France disputera son quart de finale. Pour la Fédé, l’heure est à la résolution des problèmes logistiques, et notamment l’acheminement des familles de joueurs, pour qui les retrouvailles devaient s’effectuer à Tokyo. La FFR est un peu plus soucieuse de trouver où loger les proches à Oita plutôt que d’établir un planning pour les médias, ce qui, ne soyons pas mauvaises langues pour une fois, peut se comprendre. D’autant que lundi, la délégation menée par Jacques Brunel sera très probablement amenée à quitter son hôtel au centre d’Oita pour crécher dans un établissement en périphérie.

Pas d’Angleterre, pas de test

Difficile de savoir, donc, quel est l’état d’esprit des troupes, alors que cette annulation chamboule pas mal de choses. « Au moins on va pouvoir se reposer un peu ». Maxime Médard, plutôt détendu, a beau faire mine de s’en satisfaire quand on l’a croisé à l’hôtel avant le départ de Kumamoto, il se murmure tout de même que les joueurs sont déçus. Ce dernier match de poule contre les Anglais devait constituer un vrai test, avant le grand saut vers les quarts. C’est ce qu’expliquait Charles Ollivon, dont ça devait le premier crunch, lors du point presse de mardi :

On va faire les comptes après tout ce qu’il s’est passé depuis ce match du Tournoi. On va voir où on en est, concrètement. Il n’y a pas meilleur révélateur que de jouer les Anglais quand ils sont à ce niveau-là. Je ne sais pas si on peut parler de trouille, mais c’est bien d’en parler parce que rentrer sur le terrain avec cette appréhension, c’est important aussi. Ça permet d’aller chercher des choses loin. À nous de faire le maximum pour voir où on en est. »

Désolé Charles, mais il va falloir faire sans. Et le XV « type » va devoir aller au charbon avec le seul match contre l’Argentine comme référence. Il y aura 29 jours entre ces deux matchs. Une éternité. « C’est très préjudiciable pour le rythme, avance l’ancien sélectionneur Marc Lièvremont. Un dernier match contre un adversaire de qualité prépare au rythme des quarts. Et puis, tout a été pensé en tenant compte de ce match. Là, il va falloir modifier les entraînements, compenser avec une grosse intensité. »

En plein exercice neuronal pour bricoler un semblant de planning d’entraînement pour le week-end, le staff a forcément pensé à la question du rythme. Une grosse journée d’entraînement est évoquée pour ce week-end et les Bleus chercheraient en outre une équipe japonaise à affronter dans les environs d’Oita, pour une opposition grandeur nature. Ce qui est bien, mais pas top. « Ça ne remplacera pas un match, regrette Lièvremont. L’équipe de France en avait besoin. Il va manquer, pour continuer à progresser et trouver des repères. »

Plus de fraîcheur, moins d’équité

On est d’accord. Mais on peut aussi se dire que s’avancer vers les quarts sans avoir pris une potentielle dérouillée juste avant (loin de nous l’envie d’être corrosifs, mais le dernier crunch s’était terminé sur un beau 44-8 et « la plus grosse honte rugbystique » de Jefferson Poirot) peut avoir ses avantages. S’éviter des blessures et profiter des dix jours à venir pour resserrer les rangs et prendre le temps de bosser les lancements aussi.

Pendant ce temps-là, les Gallois, très probables futurs adversaires des Bleus, devront faire vite pour rafistoler leurs joueurs après être allé deux fois au carton en quatre jours, face aux Fidji puis à l’Uruguay. « Un match de moins dans une Coupe du monde, c’est plus de fraîcheur. Ça donne un avantage considérable », estime Philippe Saint-André, qui y voit un vrai problème au niveau équité sportive. C’est vrai, mais, quelle que soit la perspective, les coupables restent les mêmes : le typhon et World Rugby, derrière qui le perdant du quart pourra toujours se cacher. Une victoire, en soi pour qui n’aime pas regarder la vérité en face. Et il y en a, chez nous.

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