Coupe du monde de rugby: Des refus de jouer le Mondial, des raclées et des belles histoires… Dites bonjour aux Tonga

Les Tonga sont de retour, pour nous jouer un mauvais tour — Aaron Favila/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Parmi les gestes de ce début de Coupe du monde 2019, on retiendra un plaquage lunaire du Tonguien Zane Kapeli sur Billy Vunipola contre l’Angleterre (défaite 35-3) en guise de bonjour. Y avait-il un peu d’amertume dans ce contact ? Peut-être. Y en avait-il dans la réaction du coach des Tonga, Toutai Kefu, à la déclaration de Vunipola sur son sentiment d’appartenance au peuple tonguien en dépit de son choix de représenter le XV de la Rose ? Assurément : « Il a dit ça ? Il devrait jouer pour nous, alors. »

On ne remettra pas l’épineux dossier des binationaux dans le sport sur la table. Big Billy a grandi au Royaume-Uni et il fait ce qu’il veut de sa carrière, Toutai Kefu a d’ailleurs lui même choisi de gagner la Coupe du monde en 1999 avec l’Australie plutôt que de souffrir avec ses Tonga natales, mais au fond, on comprend sa frustration. Composer un groupe de 31 joueurs a été une galère sans nom, et ça se ressent dans les résultats (défaite 92-7 en amical contre la Nouvelle-Zélande, aucun point pris en deux matchs au Japon…).

« Entre quinze et vingt joueurs tongiens ont refusé de venir en équipe nationale car ils ne peuvent pas se le permettre financièrement », ou moyennant un contrat revu à la hausse s’ils acceptaient de rester avec leur club plutôt que de jouer le Mondial. Le sélectionneur des Samoa, Steve Jackson, accusait cet été les clubs de Top 14 de pratiquer ce genre d’arrangements pour ne pas trop s’affaiblir un mois et demi durant (« ils ne disent pas qu’ils le font, mais ils le font »), ce que n’a pas nié l’entraîneur adjoint des Tonga, Pita Alatini, cité par stuff.co.nz.

« C’est un défi auquel on est toujours confronté avec des joueurs qui se voient offrir un meilleur contrat pour rester plutôt que d’aller à la Coupe du monde. Ils ont besoin de prendre soin de leur famille. »

Le fabuleux destin de Siua Maile

Siua Maile a aussi, du haut de ses 22 ans, une famille à nourrir. Marié depuis six bons mois, papa depuis un mois à peine, le talonneur a pourtant mis de côté son job de couvreur pas loin de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pour représenter les Tonga au Japon. Et si son employeur ne l’a pas renvoyé, il l’a prévenu : il ne lui versera pas un kopeck pendant sa parenthèse internationale, décision qui a poussé le club (amateur) de rugby de Shirley à lancer une collecte de fonds pour aider son joueur. Le petit coup de pouce est bienvenu mais, cagnotte ou pas, le bonhomme aurait quoi qu’il arrive fait ses valises pour foncer les yeux fermés au Japon tant l’opportunité est tombée de nulle part.

Pour la faire courte, Maile est l’heureuse conséquence des multiples forfaits tonguiens par volonté propre ou blessure et personne, lui le premier, nr le voyait vivre le Mondial 2019 ailleurs que devant sa télé. « Ça peut paraître marrant mais c’est vraiment ce qu’il s’est passé. On a eu un problème de talonneur aux Tonga et il nous fallait en trouver un », raconte l’entraîneur-adjoint des Tonga, Dan Cron. Petite particularité, le staff a déniché sa perle grâce à une bouteille jetée à la mer sur Facebook.

« On l’a rencontré en arrivant à l’aéroport à Auckland… sauf que personne ne savait à quoi il ressemblait ! », en rit encore l’adjoint. Ça ne l’a pas empêché d’être du naufrage tonguien – titulaire de surcroît – contre les All Blacks, début septembre, ni de jouer les 20 dernières minutes contre les Anglais à Sapporo.

Le rêve tongien est un long voyage

Sur la manière dont il a été repéré par son équipe nationale, le destin de Maile ressemble un peu à celui de… Zane Kapeli. Dan Cron, toujours :

« Notre plus grande faiblesse est aussi notre plus grande force, on peut faire venir des joueurs dont personne n’a jamais entendu parler et les préparer à disputer des matchs internationaux de niveau mondial. Quand il a fallu trouver quelqu’un d’urgence il y a un an, on a vu une vidéo de lui à la lutte pour récupérer trois ballons aériens et j’ai tout de suite su que Zane valait quelque chose. »

En novembre 2018, Kapeli célébrait sa première cape contre la Géorgie. Un an plus tard, il se retrouve sous les projecteurs pour son plaquage sur Vunipola et suscite déjà l’intérêt de Bordeaux, qui se cherche un joker médical pour la suite de la saison. Le rêve américain sauce pacifique, Teusa Velaniu le connaît bien pour l’avoir vécu. Du haut de sa première participation à une Coupe du monde de rugby, il raconte :

« Être sélectionné par les Tonga en 2015 a été une véritable bouée de sauvetage pour moi. À l’époque, j’étais un peu au fond du trou : cette saison-là, j’avais à peine joué pour les [Melbourne] Rebels et j’avais l’impression de faire du surplace. Après ma sélection par les Tonga, le vent a tourné, et j’ai signé pour le club de Leicester. Je leur serai éternellement reconnaissant pour ça. » Moralité, que Toutai Kefu le veuille ou non, aux Tonga, la réussite passe par prendre le large. Et Facebook, aussi, un peu.

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