Coupe du monde de rugby : Courbatures, football et crainte… Comment le XV de France aborde les deux matchs en quatre jours ?

Les Bleus joueront leur deuxième match de la Coupe du monde mercredi — Kota Kawasaki/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Un choc thermique, voilà à quoi on pourrait comparer le début de Coupe du monde 2019 à ce qui attend le XV de France à partir de mercredi. Bien calés dans la fraîcheur du temps long après la victoire contre l’Argentine – onze jours se seront écoulés entre les deux premières rencontres – les hommes de Jacques Brunel vont plonger dans un brûlant tunnel de rugby : mercredi, Etats-Unis, dimanche, Tonga et entre les deux, dodo. 160 minutes de jeu en quatre jours. Un rythme que Cyril Baille, titulaire face aux USA, n’a plus connu « depuis les moins de 20 ans », que le professeur Jean Chazal qualifiait d’inhumain au détour d’une précédente discussion sur le rapport des rugbymen à la douleur et dont l’ancien international Imanol Harinordoquy s’offusque tout autant : « on ne fait pas monter un boxeur sur un ring quatre jours après avoir combattu. Un match de rugby c’est la même chose. »

Courbatures et appréhension

Imanol grossit le trait mais vous comprenez l’idée. Un match, c’est des courses intenses, d’autres plus lentes, des petits sauts, des grands sauts, des changements de direction. Jusqu’ici, tout va bien, ça s’apparente même à du football. Ajoutez maintenant à ça des dizaines de kilos en plus, des mêlées, des plaquages et des gnons dans la tronche, mélangez et mettez le tout au four pendant 80 minutes. Et voilà, votre hachis parmentier est prêt. Difficile, donc, d’en vouloir à Maxime Médard – pourtant sur le banc face aux Etats-Unis – de ne pas transpirer la sérénité à l’aube de cet enchaînement :

« Au rugby, il y a des contacts. Après les matches, on est amochés, avec beaucoup de courbatures. C’est un sport de contact. Même si le football peut l’être parfois avec des tacles, il y a moins de courbatures que nous après, aux épaules, au dos, à la nuque. C’est une question de prévention. C’est important de protéger les joueurs. »

« Protéger les joueurs », on voit déjà World Rugby tomber des nues, se vanter d’avoir serré la vis sur les plaquages et les mêlées justement pour préserver les rugbymen. Oui mais à quoi bon si c’est pour les envoyer ces Etienne Lantier de l’ovalie au charbon tous les quatre matins ? « Il n’y a pas du tout de cohérence », regrette Harinordoquy. Car la question ici n’est pas tant la violence de l’exercice que celui de la récupération.

Pour Camille Lopez, tout dépend de l’intensité des matchs et du poste occupé. « Moi honnêtement je sors de certains matchs où à mon poste je suis pas exposé. Il y a des matchs, je pourrais peut-être jouer quatre jours après. Le problème c’est que moi oui, mais mes collègues non, parce que ça tape fort ». Gaël Fickou a par exemple une toute autre idée de la récupération : « Ça prend deux ou trois jours. Là, ça voudrait dire qu’au bout du troisième jour qu’il faut aller se coucher et être prêts à rejouer au réveil… On va se préparer à ça. »

« Moi j’ai envie de jouer ! »

Ça pour se préparer, ils ont pu se préparer. Le désert rugbystique entre l’Argentine et les USA a permis au directeur de la performance, Thibault Giroud, de mettre en place quatre séances à haute intensité, dont une dernière samedi, avant de repartir sur un travail « plus individualisé, plus souple ». Quant à ceux qui n’ont pas disputé la moindre minute au Japon à l’instar de Sofiane Guitoune, ils avaient déjà eu un rab de prépa le week-end précédent :

« on a fait de la muscu, des courses, des sauts, l’idée c’était de faire une séance qui reproduise les efforts des matchs pour être au même niveau même si rien ne remplace les matchs. »

Finalement, c’est peut-être l’impatience du Toulousain, qui n’a plus joué depuis l’Italie, et, pire encore, de Bernard Le Roux, qu’on a plus revu en Bleu depuis une éternité, qui aidera le XV de France à survivre à l’ordalie. Car autant vous dire tout de suite que jouer deux fois 80 minutes est tout sauf un problème pour le joueur du Racing, qui ne s’attendait même pas à être dans les 37 au début de l’été : « moi j’ai envie de jouer ! » On en reparlera quand même après les Etats-Unis.

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