Coupe du monde de rugby 2019 : On vous raconte le paquito-gate, la première polémique du Mondial au Japon

Un joyeux bazar — 20 Minutes

  • Samedi, la victoire du XV de France a été célébrée par un bon vieux paquito au beau milieu d’une rame de métro sur l’air de l’inénarrable hymne de l’Aviron Bayonnais.
  • Si dans la première rame, tout s’est bien passé entre la bonne dizaine de supporters français ivres, deux ou trois Irlandais et autant de Sud-Africains, le paquito dans la seconde rame a été moins apprécié des Japonais.

De notre envoyé spécial au Japon,

La vie est faite de choix. Celui de rentrer du stade Ajinomoto en métro plutôt que dans le car affrété pour les journalistes après France-Argentine, samedi, nous aura permis d’être au plus près des festivités françaises dans les transports. Au casting dans la rame, une bonne dizaine de supporters français ivres, deux ou trois Irlandais, autant de Sud-Africains et bien sûr, des Japonais. Leur fait d’armes ? Avoir fêté la victoire du XV de France en formant un bon vieux paquito au beau milieu d’une rame de la ligne Keio sur l’air de l’inénarrable hymne de l’Aviron Bayonnais.

Tout se goupille très vite. En gros fêtards, les Irlandais se joignent assez naturellement au mouvement tandis que les Sud-afs se font huer parce que trop gênés pour y passer, le tout sous le regard des usagers japonais armés de leurs téléphones pour immortaliser l’instant. L’ambiance est bon-enfant, si bien que les voyageurs tokyoïtes snobent les wagons voisins archi vides pour embarquer dans la rame folle histoire de profiter du délire. L’un d’entre eux, entraîné par les « Nippon ! Nippon ! Nippon » de nos Français trouvera même le courage de se jeter à corps perdu dans ce que la chaîne japonaise Fuji TV qualifiera gracieusement de « tapis roulant humain » dans un sujet consacré aux supporters de rugby. Ça, c’est pour le paquito gentil.

Le paquito de la discorde

Car il y en a eu au moins un autre, pas loin de provoquer un incident diplomatique, et on exagère à peine. Sur la même ligne, mais à une heure différente, des supporters français se sont distingués de la même manière, avec cette fois-ci quelques fausses notes. L’enthousiasme entrevu dans le « bon » paquito a existé, mais s’est peu à peu mué en défiance au fil des stations quand une usagère a vu le capuchon de l’objectif de son appareil photo s’envoler après avoir fait la rencontre d’un pied français, la poussant à fuir ce bazar à toute vitesse.

Sur Twitter, elle décrit des supporters particulièrement excités, dont l’autre tort aura été de poser leurs pieds sur les sièges au détriment des règles de bienséance des transports en commun. Suffisant pour créer une petite polémique à l’échelle nationale, laquelle a fini par être reclassée en typhon numérique après avoir traversé la moitié du globe pour arriver chez nous.

Ça n’a pas échappé à Eric. Eric est supporter du XV de France et fait partie d’un groupe d’amis partis suivre les Bleus au Japon. Tous étaient dans le premier paquito, dont a priori personne ne s’est plaint. La vidéo du voyageur japonais, c’est lui. Et ça l’emmerde un peu de voir les fans de rugby français pointés du doigt pour si peu.

« Je trouve ça futile. Chaque pays hôte fait ce choix pour montrer au monde sa culture et accepte d’être confronté à celle des autres. Si le prix à payer, c’est 15 zouaves assis par terre qui prennent le temps de faire le tri sélectif en jetant leurs déchets à la sortie de la rame, ça mérite peut-être pas qu’on fasse venir l’ambassadeur. »

Punchline de qualité. On n’en attendait pas moins d’un homme qui a terminé sa soirée en chantant du Joe Dassin au karaoké, un peu frustré quand même : « ils n’avaient pas les oies sauvages de Michel Delpech. »

Eric et sa meute Eric et sa meute – Le seul et l’unique Eric

Pourquoi ça choque au Japon ?

De notre point de vue occidental, évidemment, RAS. Les marioles bourrés après un match de rugby ou de foot font autant partie du paysage que le ballon et les perches. Sauf que là, on est au Japon, et plus précisément dans le métro tokyoïte : un lieu silencieux, de jour comme de nuit, où le simple fait de grignoter ou se maquiller peut vous coûter les regards noirs de l’assistance. Encore plus si vous êtes un « gaijin » (étranger). Nicolas Kraska, rugbyman français expatrié dans l’archipel :

« Quand un japonais parle au téléphone dans un tram les Japonais se détourneront de son regard, par contre si c’est un étranger ils le fusilleront. Ce sont des insulaires, c’est comme ça. »

Est-ce que ça a vraiment autant choqué que ça, d’ailleurs ?

Là encore, tout est question de point de vue. L’usagère dont l’appareil a été shooté comme un vulgaire ballon par Camille Lopez a de quoi être verte mais, assure Kraska, « les Japonais qui sont au courant de la Coupe du monde, fans de rugby, c’est limite leur rêve de faire un paquito, ils sont trop contents ! ». Sur Fuji TV, un présentateur appelle d’ailleurs ses compatriotes… à faire preuve de tolérance ! « Les Japonais aussi, au moment de la Coupe du monde en 2002 étaient bien excités, non ? Jusqu’à un certain point j’aimerais qu’on soit tolérants, d’autant plus qu’ils vont dépenser plein d’argent ».

A qui serait tenté d’ériger les supporters de rugby au Japon en honte nationale, pas de panique : quand bien même il y a des mécontents, ce sont les supporters étrangers dans leur globalité et pas spécifiquement les Français qui sont dans le viseur des locaux. Car finalement, le paquito-gate, c’est l’histoire de deux cultures qui entrent en collision pour provoquer un big bang d’incompréhension.

« Tu as ceux qui ne bougent pas du Japon, qui ne savent pas vraiment qu’il y a une coupe du monde… Eux sont choqués ou du moins gênés par le bruit, le désordre. » Comme cet enfant, interrogé par la chaîne japonaise. Il « comprend que [les supporters] soient contents », mais aimerait « qu’ils ne soient pas trop excités », non plus. Mauvaise nouvelle pour le gamin, quand on demande à Eric s’il le referait si c’était à refaire, la réponse est formelle : « la question c’est « serez-vous dans notre rame quand on le refera ? » »

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