Coupe du monde 2022 : « Retour chez la daronne », la Seine-Saint-Denis lance sa campagne contre les paris sportifs

Dimanche débute la Coupe du monde de foot au Qatar, et qui dit évènement sportif populaire mondial dit aussi paris sportifs. Et cette année, selon les prévisions de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), les mises sur Internet atteindront au minimum 530 millions d’euros, soit 70 % de plus qu’en 2018, lors du précédent Mondial en Russie. L’occasion pour le département de la Seine-Saint-Denis de lancer une campagne de prévention contre les paris sportifs, « à destination de la population bien sûr, mais des jeunes en particulier », assure Stéphane Troussel, le président socialiste du département.

En effet, selon une étude de Santé publique France publiée en octobre, sur 100 parieurs sportifs, une quinzaine risque d’avoir une pratique problématique. Et selon une étude de l’Autorité nationale des jeux datant de 2021, 69 % des parieurs en ligne ont moins de 35 ans. Or la Seine-Saint-Denis est depuis des années, le département le plus jeune de France métropolitaine. « Cette Coupe du monde au Qatar est celle de tous les excès, y compris en matière de paris sportifs, nous profitons de cette fenêtre de tir pour avoir une bonne visibilité pour notre campagne ».

« J’aime bien cette adrénaline »

Karim, 20 ans, croisé à la sortie d’un bar PMU de Pantin l’assure : la Coupe du monde de foot, c’est l’occasion rêvée pour se refaire. « Ça fait au moins 3 ou 4 ans que je joue. Des petites sommes hein et surtout sur le foot. » Le jeune homme, qui travaille sur des missions d’intérim, admet qu’il n’a jamais calculé ses gains… et ses pertes. « Je préfère ne pas savoir. Parce que sûrement qu’au total, j’ai plus perdu. Mais j’aime bien cette adrénaline, j’en discute avec mes soces, on compare nos paris. » En 2021, seulement 0,02 % des joueurs ont gagné au moins 10.000 euros sur l’année grâce aux paris sportifs.

A la question de savoir si une campagne de prévention peut avoir des effets sur lui, Karim hésite : « Je sais que je pourrais dépenser ma thune ailleurs. Mais je suis pas accro franchement. C’est juste pour passer le temps. » Un passe-temps interdit aux mineurs et qui comporte de gros risques d’addiction. Toujours selon l’étude de l’ANJ de 2021, plus d’un tiers des 15-17 ans interrogés parient en ligne. Et si comportements à risque et transgression sont souvent des passages obligés de l’adolescence, il faut s’en méfier quand on ne peut plus s’en passer.

Les codes et le vocabulaire des plus jeunes

Au conseil départemental du 93, on connaît les risques addictifs des paris en ligne et la puissance de frappe de ces sociétés : « Elles utilisent des pubs de plus en plus agressives pour aller chercher ces publics, les plus jeunes et finalement les plus pauvres d’entre eux, analyse Stéphane Troussel. On a donc trouvé opportun de reprendre leurs slogans en les détournant car si la campagne avait été lisse, sans accroc, on en aurait jamais entendu parler. » Il se félicite d’ailleurs des échos de cette nouvelle campagne, avec notamment un retweet de la mère de Kylian Mbappé, le joueur du PSG refusant catégoriquement d’apparaître dans ce genre de publicité.

Même si Winamax a été obligé en début d’année de retirer sa publicité « Tout pour la daronne », car, selon l’ANJ, elle diffusait « le message selon lequel les paris sportifs peuvent contribuer à la réussite sociale », la punchline a fait du bruit, et notamment chez les jeunes à qui elle a emprunté ses codes et son vocabulaire. Et a peut être même conquis de nouveaux publics : l’enquête de l’ANJ datant de 2021 constatait également qu’en 2020, 34 % des parieurs sportifs avaient entre 18 et 24 ans, contre 25 % en 2012. Le public des paris en ligne est donc de plus en plus jeune.

« Chez nous, c’est la loi de la jungle »

Le président de Seine-Saint-Denis veut s’appuyer sur cette campagne pour faire évoluer la législation. « Evidemment, on profite de l’événement sportif qu’est la Coupe du monde, de l’engouement qu’elle va susciter pour mettre la lumière sur ce problème majeur d’addiction aux paris, en particulier quand on sait que 65 % des paris se font sur le foot. » Stéphane Troussel l’assure, la France peut faire bien mieux dans la régulation des publicités sur ce marché précis : « Quand on regarde en Espagne, en Italie ou au Royaume-Uni par exemple, on se rend bien compte que depuis dix ans chez nous, c’est la loi de la jungle. »

Il espère alerter les députés pour qu’ils décident sur le modèle britannique d’interdire notamment aux influenceurs, aux personnalités et aux sportifs de haut niveau de participer à de telles campagnes. Et mettre fin « aux offres de bienvenue, du type « gagnez 100 euros, avant même d’avoir commencé à jouer », pour attirer de nouveaux joueurs. La France doit se doter d’une législation comme elle l’a fait il y a quelques années pour le tabac et l’alcool. » Un pari ambitieux.