Coupe du monde 2022 : Pourquoi autant de temps additionnel ? « Un tournoi qui permet de faire évoluer le jeu »

Seulement quatre matchs joués, mais déjà 64 minutes de temps additionnel ! Oubliez la chaleur, les stades à moitié vides ou le brassard arc-en-ciel mis au placard, la vraie question du début de cette Coupe du monde 2022 au Qatar tourne plutôt autour des chronomètres, et des interminables temps additionnels décidés par les arbitres lors des premiers matchs. Dont 27 minutes ajoutées, réparties sur les deux mi-temps, pour le seul match remporté par l’Angleterre sur l’Iran (6-2), lundi. 

« J’avoue que les neuf minutes données à la fin du match entre les USA et le Pays de Galles (1-1), m’ont un peu échappé, ça m’a paru un peu bizarre parce qu’il n’y a pas eu de graves blessures ou d’interventions du VAR. Mais les 14 minutes données en première mi-temps du match Angleterre – Iran se justifient par la grave blessure du gardien iranien », estime Alexandre Castro, arbitre vidéo en Ligue 1.

Volonté de la FIFA

Ce temps additionnel à rallonge fait beaucoup parler depuis le début de la Coupe du monde, tant il est inhabituel d’en voir autant. La moyenne se situait autour de six ou sept minutes lors du premier tour de la Coupe du monde 2018 en Russie. Mais il n’est pas rare de voir l’introduction de nouvelles règles dans ce tournoi « pas habituel ».

« Il faut sortir de notre championnat ou de la Ligue des champions, la Coupe du monde c’est autre chose. Ce n’est pas le même sport, pas la même compétition. Il y a toujours un ballon et des buts, mais ce n’est pas la même configuration, pas la même intensité, pas la même façon de jouer. La Coupe du monde, c’est un tournoi qui permet de faire évoluer le jeu et l’arbitrage, comme l’introduction du hors-jeu semi-automatisé », liste l’habitué du championnat de France, où on dépasse rarement les cinq minutes de rab.

Ces matchs interminables traduisent une volonté des instances de jouer 90 minutes de temps de jeu réel, et ainsi éviter des équipes qui jouent la montre, comme l’avait expliqué Pierluigi Collina, le président de la commission des arbitres de la FIFA, avant le début du tournoi :

Nous recommandons à nos arbitres d’être très précis dans le calcul du temps additionnel à la fin de chaque mi-temps pour compenser le temps perdu. Nous voulons éviter qu’une mi-temps ne dure que 42, 43 minutes de temps de jeu actif. C’est inacceptable. Quel que soit l’incident comme une blessure, un remplacement, un penalty, un carton rouge ou une célébration de but. Je veux souligner les célébrations de but. Cela dure 1 à 1 minute et demie. Donc imaginez s’il y a 2 ou 3 buts, c’est facile de perdre 3,4,5 minutes simplement pour les célébrations de but. Ce temps doit être compensé à la fin. »

Une nouvelle étape avant que l’IFAB, l’association qui définit les lois du jeu, ne décide de tester l’arrêt du chronomètre lors des arrêts de jeu, comme c’est le cas au rugby, par exemple. « Le rugby a souvent des bonnes idées en matière d’arbitrage. Ça pourrait être une évolution future, avec un chronométreur à qui l’arbitre central indique lorsqu’il faut arrêter le chrono. Ça permet de moins se poser de questions, le match s’arrête lorsqu’ils arrivent à 40 minutes sans se demander combien ils ont joué de minutes exactement », considère Alexandre Castro.

Pour cette Coupe du monde, le 4e arbitre et les arbitres vidéos sont chargés d’évaluer les arrêts de jeu liés à des changements ou des buts d’une part, et de l’intervention du VAR de l’autre, vers la 88e minute et d’avertir l’arbitre central.

« Espérons qu’ils se terminent avant le petit matin »

Mais avant d’appliquer ce nouveau décompte, ne faudrait-il pas déjà harmoniser les pratiques dans les différentes compétitions ? Depuis le début de saison, beaucoup de controverses liées au temps additionnel ont eu lieu en Ligue 1 ou en Ligue des champions, comme lorsque le match entre le PSG et le Maccabi Haifa a été arrêté à la 89e minute. Et tant pis pour le goal-average des Parisiens. « Cela me fait doucement rire… Si l’arbitre avait laissé 4 ou 5 minutes de temps additionnel, et que Mbappé ou Neymar s’était blessé, les gens auraient polémiqué en se demandant à quoi servait ce temps additionnel alors que le match était acquis. Les polémiques sont inhérentes à l’arbitrage », estime Alexandre Castro.

Avec néanmoins des conséquences sur les joueurs, mais encore plus sur les arbitres. Avec près d’une demi-heure de plus passées sur la pelouse, comme lors du match entre l’Angleterre et l’Iran, les organismes sont forcément plus sollicités. « Plus le match dure et plus c’est éprouvant. Pour les joueurs et pour les arbitres. A la différence qu’il y a des changements pour les joueurs, pas pour les arbitres. Ils doivent donc bien être préparés ». Et pas seulement physiquement, puisque le temps de concentration nerveuse doit également suivre, alors qu’on imagine aisément les coups de sifflet qui pourraient décider de l’issue d’un 8e ou d’un quart de finale à partir de la 90e minute.

Il sera intéressant, aussi, de savoir ce qu’en pensent les diffuseurs, très attachés à ce que la durée des programmes soit calée bien en amont. Or, depuis dimanche, les matchs durent désormais plutôt deux heures qu’une heure quarante-cinq. « Espérons qu’ils se terminent avant le petit matin », en plaisante l’ancien arbitre Joël Quiniou.