Coupe du monde 2022 : « On est sûrs de notre force »… Les Bleus envoient un message fort

De notre envoyé spécial à Doha,

L’histoire des aventures en Coupe du monde est faite de moments fondateurs, qu’ils soient petits ou grands, évidents au premier regard ou imperceptible à l’œil nu. Il n’y a pas forcément besoin qu’ils soient spectaculaires ni même joyeux, et pas non plus nécessairement qu’ils aient lieu en match à élimination directe. En gros, il n’y a pas que des « demi-volées Pavaaaaaard » pour cimenter un groupe et lancer une dynamique. Prenez par exemple ce laps de temps court entre l’ouverture du score australien, la grave blessure de Lucas Hernandez et l’égalisation d’Adrien Rabiot de la tête dix-huit minutes plus tard. Eh bien, c’est peut-être là que s’est jouée une partie du Mondial tricolore.

Frappés une nouvelle fois par le sort après avoir déjà perdu sur la route Presnel Kimpembe, Christopher Nkunku et Karim Benzema, les Bleus auraient pu sombrer mentalement en voyant les visages tordus de douleur de leurs copains. Comment aurait-on pu leur en vouloir ? Visiblement le message était clair, cette Coupe du monde ne voulait pas d’eux. « Ça commence à faire vraiment beaucoup, soufflait Lloris en zone mixte après le match. Mais malgré ça il faut continuer à avancer et ça doit nous souder encore plus. » Au lieu de rendre les armes face aux malheurs en cascade, les joueurs ont en effet choisi d’y puiser les sources de leur révolte. « J’ai vu le visage de Lucas quand il est sorti et ça m’a encore plus motivé à réagir », confiait Dayot Upamecano, son coéquipier en défense centrale au Bayern de Munich, auteur d’un premier match de Coupe du monde de très belle facture.

C’est la bascule !

Raccompagné sur le banc, bras dessus bras dessous, par le staff médical des Bleus, Lucas Hernandez laisse alors la place à son petit frère, Théo. Et les Bleus activent le mode révolution, soudainement escortés par une vieille compagne nommée chance, qui revient au moment même où elle semblait avoir définitivement quitté la litière du sélectionneur. Une talonnade approximative du latéral milanais pas tout à fait dans son match, suivie d’une frappasse Australienne frôlant la lucarne de Lloris et l’histoire des Bleus aurait définitivement pu basculer pour de bon.

La suite on la connaît. Théo Hernandez qui trouve la tête de Rabiot d’un centre brossé de toute beauté pour l’égalisation, puis ce même Rabiot se muant en un Paul Pogba des grands soirs pour arracher un ballon très haut dans les pieds australiens avant de s’appuyer sur Mbappé et de servir Giroud en retrait. L’explosion du banc à ce moment-là en dit long sur la bascule qui vient de s’opérer. Poussés tout au bord du précipice, les Bleus de 2022 viennent de montrer au monde que l’esprit de 2018 n’était peut-être pas tout à fait mort. A la fin du match, Hugo Lloris saluait la capacité de ses joueurs à ne pas avoir cédé à la panique à un moment où tout les y poussait.

C’est vrai qu’on aurait pu se précipiter, on aurait pu ne pas prendre le temps de construire les actions, mais j’ai trouvé qu’on avait fait preuve de beaucoup de sérénité et c’est une bonne chose parce qu’on va en avoir besoin pour la suite, a prévenu le gardien. J’ai aimé la capacité de réaction de cette équipe. On le sait, dans une compétition comme celle-ci, à chaque fois qu’on va être confronté à des difficultés, ça sera le moment d’élever le niveau pour prendre le dessus tous ensemble.

Pour Benjamin Pavard, grossièrement (pour ne pas dire honteusement) coupable sur l’ouverture du score de Goodwin, les joueurs étaient « sûrs de [leurs] qualités ». C’est aussi la sensation qu’on a eue depuis les tribunes du stade Al-Janoub. A 2-1, il ne pouvait plus rien leur arriver. A l’image de ce poteau australien à quelques secondes de la mi-temps, signe que l’animal préféré de Deschamps avait enfin regagné son camp.

Une équipe qui se découvre sur le tas

« On a joué notre jeu, on ne s’est pas posé de question », poursuit le latéral droit français. C’est peut-être ça, au fond, la véritable vertu de cette Coupe du monde sans préparation, lancée au lendemain des championnats nationaux sans aucune respiration entre-temps. Impossible et interdit de cogiter. C’est peut-être aussi pour ça que des équipes comme l’Argentine, dont le style de jeu est clairement établi depuis des mois et qui n’avait pas perdu un match sur ses 36 dernières rencontres, a chuté, alors que l’équipe de France, peu emballante sur le papier depuis un moment et chamboulée tactiquement à la dernière minute a réussi son entrée en matière. Dans le vif du sujet sans prépa tactique à proprement parler, les joueurs ont dû tout de suite être opérationnels.

Ce fut le cas par exemple de cette charnière centrale Konaté-Upamecano sans expérience au plus haut niveau international, qu’on a trouvé particulièrement séduisante, notamment dans sa capacité à ressortir le ballon et à jouer long proprement. Au milieu, si l’on attendait plus de Tchouaméni, on sait aussi se montrer compréhensif pour son premier match en Coupe du monde, d’autant plus avec le poids de la responsabilité qui est la sienne de faire oublier l’inoubliable N’Golo Kanté. Et vu que Rabiot semble avoir décidé de prendre le lead, surfant ainsi sur sa superbe forme du moment à la Juve, on peut bien patienter jusqu’au Danemark samedi pour voir du grand Aurélien.

Quand, pour finir, vous avez devant des flèches comme Mbappé (un but et une assist mardi soir) et Dembélé (une passe dé), en plus d’un « target man » insubmersible en pointe, on se dit qu’il y a de quoi nourrir deux, trois ambitions dans ce Mondial finalement. « Même si les absents sont très importants, on a de la qualité, on a du potentiel, il ne faut pas nous sous-estimer », a d’ailleurs prévenu le Duc de Turin avant de quitter le stade mardi. Promis, on ne se risquera pas à ce petit jeu-là.