Coupe du monde 2022 : Le virus du chameau sévit au Qatar, faut-il en avoir peur ?

Météo estivale, stades à ciel ouvert climatisés, et virus ? A quelques jours du coup d’envoi du très controversé Mondial 2022 de football, le Qatar se prépare à accueillir la grand-messe sportive, son cortège d’équipes nationales et de supporters venus du monde entier.

Mais après bientôt trois ans de pandémie de Covid-19, un autre coronavirus fait planer une menace sanitaire sur ce mondial : le virus du chameau, un virus respiratoire potentiellement dangereux. Y a-t-il des raisons de s’inquiéter ? Ce virus est-il facilement transmissible ? Peut-il entraîner une contagion ?

Qu’est-ce que le virus du chameau et où sévit-il ?

Il appartient à la famille des coronavirus, à l’instar du Covid-19 et du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). « Il a été identifié en 2012 en Arabie saoudite, ce qui lui vaut le nom de MERS-CoV, pour « middle east respiratory syndrome » coronavirus, ou syndrome respiratoire du Moyen Orient, qui lui a été attribué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) », explique à 20 Minutes Vincent Enouf, virologue et directeur adjoint du Centre national de référence (CNR) de la grippe à l’Institut Pasteur.

Il s’agit d’indication directe sur son lieu de circulation. « Quelques cas importés ont été rapportés à la marge, mais le MERS est toujours resté très localisé, limité à cette région du globe », assure le virologue. Ainsi, depuis son apparition en 2012, « vingt-sept Etats ont signalé des cas de MERS à l’OMS », expose l’organisation, au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. Et « environ 80 % des cas humains ont été signalés par l’Arabie saoudite, essentiellement à la suite d’un contact direct ou indirect avec des dromadaires infectés ou des personnes infectées dans des établissements de santé, confirme l’OMS. Les cas identifiés en dehors du Moyen-Orient sont généralement des personnes qui semblent avoir été infectées au Moyen-Orient et qui se sont ensuite rendues dans des zones situées en dehors de la région ».

Et s’il est aussi appelé virus du chameau, c’est en raison de son mode de transmission, par contact direct avec les animaux phares de la région, les chameaux et dromadaires, qui peuvent en être porteurs et contaminer l’homme. 

Ce coronavirus est-il dangereux ? Quels sont ses symptômes ?

Comme le Covid-19 et la grippe saisonnière, on retrouve « parmi les symptômes habituels du MERS la fièvre, la toux et un essoufflement, détaille l’OMS. La présence d’une pneumonie est fréquente, mais les patients atteints du MERS ne développent pas toujours cette affection. Des symptômes gastro-intestinaux, comme la diarrhée, ont été également signalés chez ces patients ». En outre, « les formes graves de la maladie peuvent entraîner une insuffisance respiratoire nécessitant une ventilation mécanique et une prise en charge dans des services de soins intensifs ». Soit un tableau clinique similaire à celui du Covid-19. Et de la même manière, « les cas les plus graves de MERS, et les décès qu’il a occasionnés, concernaient essentiellement des personnes à risque, ayant des comorbidités », relève Vincent Enouf.

Mais les deux coronavirus diffèrent sur certains points. Il n’existe à ce jour aucun traitement ni vaccin contre le MERS. Et un taux de létalité très important est associé au virus du chameau, puisque selon les chiffres recensés, « environ 35 % des cas d’infection par le MERS-CoV notifiés à l’OMS ont abouti au décès du patient », indique l’organisation. Cependant, « depuis qu’on a découvert ce virus, on sait qu’il y a beaucoup de porteurs sains. Une immunité populationnelle s’est probablement mise en place localement », tempère Vincent Enouf. Il y a « peut être une surestimation du taux de mortalité réel, car les cas bénins de MERS-CoV peuvent avoir échappé aux systèmes de surveillance existants », abonde l’OMS. Mais les chiffres sont incomparables avec le Covid-19: depuis sa détection en 2012, environ 2.500 cas de MERS ont été rapportés à l’OMS, causant 858 décès.

Toutefois, en cas de suspicion de contamination par le MERS, le ministère des Affaires étrangères français recommande « sur place, en cas de forte fièvre, de toux et/ou de difficultés respiratoires, de consulter un médecin sans délai. Et, en cas de fièvre ou de symptômes respiratoires dans les jours qui suivent le retour en France, d’appeler le Centre 15 en signalant son voyage ».

Y a-t-il un risque de diffusion du virus et peut-on s’en prémunir ?

« Ce n’est pas aujourd’hui un sujet de préoccupation majeure au sein des laboratoires du CNR, rassure Vincent Enouf. Il n’y a pas de situation épidémique. Mais dans le cadre d’un événement tel que la Coupe du monde, avec des milliers de personnes venues au Qatar de toute la planète, le risque zéro n’existe pas. Il est juste impossible à quantifier. Peut-être qu’il va y avoir quelques cas importés de personnes qui vont revenir infectées du Qatar, comme on a pu le voir par le passé, après avoir été en contact avec des camélidés. A l’époque, quand cela s’est produit, cela n’a pas occasionné par la suite de diffusion : le MERS a une transmissibilité interhumaine limitée, autrement moins élevée que le Covid-19 ».

Pour l’heure, aucune restriction n’a été émise par les autorités sanitaires françaises à destination de ses ressortissants se rendant au Qatar. Dans ses conseils aux voyageurs, le ministère des Affaires étrangères conseille toutefois, « dans la mesure du possible, d’éviter tout contact avec les animaux, en particulier avec les chameaux et les dromadaires. Il est très fortement déconseillé de consommer de la viande de chameau ou du lait de chamelle ». Et dans un contexte de circulation toujours active du Covid-19 et face au risque de MERS, le ministère insiste sur le respect des gestes barrières : « Les mesures classiques d’hygiène sont recommandées pour limiter les risques de transmission, en particulier le lavage régulier des mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydro-alcoolique ».

Car le Covid-19, on l’a dit, fait toujours partie du tableau. « On en détecte encore partout dans le monde, et d’importantes reprises épidémiques sont observées, notamment en Chine, rappelle Vincent Enouf. Donc si les voyageurs font attention à respecter les gestes barrières, ils feront d’une pierre deux coups contre le Covid-19 et le MERS ».