Coupe du monde 2022 : En bazardant le match contre la Tunisie, Deschamps a-t-il manqué de respect au football ?

De notre envoyé spécial à Doha,

Caramba, encore raté ! Quatre ans après ce que les livres d’histoire nomment encore la purge de Moscou, avec un 0-0 contre le Danemark à vous donner envie de prendre une licence de golf pour oublier le ballon rond, les Bleus ont remis ça mercredi après-midi, dans le stade de la Cité de l’éducation, surchauffé par des dizaines de milliers de fans tunisiens en furie. Avec neuf (!) changements au coup d’envoi par rapport à l’équipe victorieuse face aux Danois au match précédent, Didier Deschamps a éclaté son record, lui qui avait opéré 7 changements lors de ces troisièmes matchs qui comptent pour rien en 2014 et 2018.

Donner du temps de jeu aux remplaçants pour les tenir « éveillés », comme nous l’a joliment dit Randal Kolo Muani en zone mixte après le match, c’est une chose. Mais aligner dans un 4-4-2 à plat inédit tout une tripotée de joueurs à des postes qu’ils ne connaissaient ni d’Eve ni d’Adam en est une autre. Si Disasi a effectivement pu jouer de temps en temps latéral droit en Ligue 2 avec Reims, que penser du cadeau empoisonné fait à Camavinga, lui, le milieu de terrain créatif, bombardé latéral gauche à la place de Théo Hernandez, dernier jouer de métier à ce poste après la blessure du frérot Lucas ?

Le Madrilène nous a fait de la peine mercredi, et les Tunisiens l’ont bien compris, eux qui n’ont eu de cesse en première période d’attaquer dans cette zone-là du terrain. Ici une passe mal assurée, là un petit pont qui fait mal à l’orgueil suivi d’une faute qui aurait pu mériter un carton jaune : c’est peu de dire que l’ancien Rennais a souffert pour son premier match en Coupe du monde. Et on ne parle pas de Mattéo Guendouzi, que Deschamps considère donc bel et bien comme faisant partie des joueurs offensifs de son groupe. On s’était posé la question en le voyant à la fin des entraînements participer aux séances de frappes au but avec le reste des attaquants, on a notre réponse.

Des joueurs en manque total de repères

Deschamps souffrirait-il d’une « replacite » aiguë depuis sa dernière trouvaille – bonne celle-là – avec Griezmann repositionné en milieu relayeur ? Ce qui est sûr, c’est que les joueurs nous ont tous admis avoir eu du mal à se situer et se retrouver sur le terrain, à cause de positionnements parfois loufoques. « C’était une équipe totalement remaniée avec des joueurs qui n’avaient jamais joué ensemble, pour certains c’était même leur première sélection. Donc c’est sûr que c’était dur d’un point de vue des automatismes », a dit sans détour William Saliba, le défenseur central d’Arsenal (utilisé, lui, à son poste) entré à l’heure de jeu pour remplacer un Varane bien pâlichon.

Si Kolo Muani a lui aussi avancé que ça « manquait un peu d’ailiers de métiers », obligeant « Mattéo (Guendouzi) à jouer dans le couloir, ce qui n’est pas son poste », il préfère retenir le positif de ce drôle de turnover effectué par Deschamps. « On a gratté du temps de jeu, c’est bien pour nous, on prend un tout petit peu d’expérience au cas où le coach ferait appel à nous pour la suite de la compétition. C’est important pour nous de jouer, de sentir les sensations sur le terrain, voir ce que c’est qu’un match de Coupe du monde. On ne peut pas lancer quelqu’un comme ça, quinze, vingt minutes en demi-finale, « allez, joue ». Il ne sera pas prêt. » « On n’avait pas l’habitude de jouer ensemble mais ça n’excuse pas la défaite », a pour sa part indiqué Axel Disasi après le match.

Reste à se demander sous quel angle prendre cette stratégie du sélectionneur. D’un point de vue du spectacle, honnêtement, on s’en remettra. Encore que les supporteurs qui ont claqué une blinde pour venir voir Jordan Veretout faire des passes mal assurées à un Mattéo Guendouzi ailier gauche et totalement invisible jusqu’à son remplacement par Dembélé à dix minutes de la fin, ça a quoi vous picoter les articulations. Mais pour l’équité, là, c’est difficilement défendable en revanche. C’est ce que faisaient noter certains de nos confrères, révoltés que Deschamps ait pu balancer un match dans une telle ampleur alors même que trois équipes jouaient leur qualif en 8es au coup d’envoi.

Heureusement que l’Australie a marqué

Si l’Australie et le Danemark s’étaient séparés sur un match nul, les Socceroos auraient été éliminés, et on aurait volontiers compris qu’ils l’aient mauvaise en voyant le XI croquignolesque de Deschamps. Heureusement, oserait-on dire, en marquant face aux Danois à l’heure de jeu, Leckie est venu annihiler toute forme de polémique. Mais on ne nous enlèvera pas de l’idée que le sélectionneur français nous a quand même sacrément pris pour des truffes, mardi, en nous jurant les yeux dans les yeux M. Bourdin que non, il n’était pas question de « galvauder » ce match contre la Tunisie.

A d’autres. D’autant que, dans le fond, on ne peut pas lui reprocher de l’avoir fait, juste de nous avoir fait croire le contraire. Avec un 8e de finale ô combien crucial pour l’équipe de France, qui sera d’une certaine façon un marqueur de l’expérience des Bleus au Qatar – une élimination et le Mondial sera raté, une qualif et tout deviendra possible –, à disputer dans seulement quatre jours, il eut été stupide de sa part de prendre le moindre risque avec ses cadres. Pour rêver à des lendemains qui chantent, il faut parfois accepter des aujourd’huis qui braillent, même si ça a toujours du mal à passer derrière sa télé.