Coupe du monde 2022 : Deux TGV sur les côtés, Grizou relayeur… Et si DD avait déjà trouvé la formule magique ?

Dans le récent documentaire de Grégoire Margotton sorti peu avant le départ des Bleus au Mondial, Didier Deschamps disait à peu près ceci ( « à peu près » car à l’heure où l’on écrit ces lignes le soleil se lève déjà sur Doha et les yeux commencent à picoter) : « Je dis toujours qu’un entraîneur ne fait jamais de bons ou de mauvais choix, il ne fait que des choix. Ce sont les joueurs ensuite qui les rendent bons ou mauvais ». Mardi soir, après le joli succès face à l’Australie pour l’entrée en lice de son équipe, DD a donc fait de bons choix. Mais, alors qu’on pouvait penser à un repli sur lui-même, et donc à une certaine frilosité par crainte de répéter le fiasco du 8e de finale face à la Suisse lors du dernier Euro, le sélectionneur français a fait ce qu’il a dit qu’il n’aimait pas faire : aligner quatre joueurs à vocation purement offensive au coup d’envoi d’un match.

Privé de Karim Benzema à l’avant-dernière minute, le sélectionneur a choisi de faire confiance à l’increvable Olivier Giroud, entouré d’un trio Mbappé – Griezmann – Dembélé dans un système en 4-2-3-1. Et contrairement à 2018, où celui-ci avait dû revoir ses plans en cours de match face à l’Australie, en faisant remonter Matuidi sur l’aile gauche et en plaçant Giroud en pointe, ce coup-ci Deschamps a peut-être directement trouvé la formule gagnante. Il faudra bien sûr attendre que la pente s’élève un peu plus, dès samedi face au Danemark, pour tirer une conclusion définitive, il n’empêche, ce qu’ont montré ses Bleus nous laisse penser qu’il y a du vrai dans ce qu’on dit ce mercredi.

Et c’est une prouesse à mettre à son crédit, car ce n’était pas gagné d’avance. En offrant le couloir gauche à Kylian Mbappé, qui n’est jamais meilleur que quand il part lancé de ce côté, et en faisant confiance à un Dembouz encore trop sur courant alternatif, le double champion du monde assume clairement sa nouvelle stratégie bricolée dans le sprint final de cette (non) préparation au Mondial, après plus d’un an à bosser son système en 3-5-2 ou 3-4-3.

« Un équilibre à trouver » pour Grizou

Si placer les deux TGV Paris-Barcelone sur les ailes ne tient pas non plus du génie, tant leurs qualités à ce poste sautent aux yeux de n’importe quel entraîneur de district, et s’il ne peut mettre Giroud ailleurs qu’en pointe, la grande trouvaille de Deschamps réside dans le repositionnement d’Antoine Griezmann. En effet, on parlait d’un 4-2-3-1 en début de papier, mais il serait plus juste de parler d’un 4-3-3 avec un milieu Rabiot-Tchouaméni-Grizou. Ce qui permet au sélectionneur de garder une solidité semblable à 2018, quand Matuidi jouait les triples poumons au milieu du terrain pour compenser la liberté offerte à Mbappé. Et comme avec sa défense à quatre, annoncé dès la publication de sa liste des 25 début novembre, Deschamps a joué cartes sur table d’entrée sur la manière dont il envisageait d’utiliser le buveur de maté.

« Antoine est dans un rôle offensif mais il a cette capacité à avoir un gros volume de jeu. Même quand il est offensif, ça ne l’empêche pas de revenir très bas, parfois trop à mon goût. Dans son club, il le fait beaucoup aussi. Par moments, il change de position, il se retrouve dans un triangle au milieu de terrain, ça ne lui pose pas de problème. C’est un équilibre à trouver. » Au vu du match du Colchonero mardi, difficile de le contredire. Invité à réagir à ce nouveau poste de Grizi en Bleu, Pavard a salué en lui le « joueur très intelligent ». « A tous les postes il se donne à fond pour l’équipe, c’est un poste qui lui va bien », a validé le Munichois, plus juste dans son analyse que dans son positionnement sur but australien.

Moins flamboyant mais plus efficace ?

Même tonneau du côté d’Hugo Lloris quelques minutes plus tard dans la zone mixte du stade Al-Janoub : « J’ai trouvé qu’il avait pris beaucoup de plaisir à jouer et à faire jouer, c’est vrai que c’est une position un peu inhabituelle mais il aime toucher le ballon, il fait les efforts avec et sans ballon, c’est une bonne chose pour l’équipe. » Didier Deschamps, qui connaît son Grizou sur le bout des doigts, complète le tableau :

« Ce n’est pas un sacrifice pour lui, c’est du plaisir. Si j’ai fait ce choix avec ces joueurs, c’est parce que l’objectif est de mettre une équipe qui soit capable de créer des problèmes à l’adversaire. On en a créé beaucoup. C’est vrai que, par moments, on a pu être en déséquilibre par des placements qui peuvent être corrigés. Mais c’est nouveau aussi, on ne l’avait pas fait jusqu’à maintenant. Heureusement que ça a marché… »

Sans aller jusqu’à dire que l’absence de Karim Benzema libère l’ancien Barcelonais, il faut bien admettre que depuis le retour de KB9 en Bleu il y a un an, les deux se sont souvent marchés sur les pieds et le poids de Griezmann dans cette équipe s’en est clairement ressenti. Avec l’installation de Giroud en pointe, qui se définissait à nouveau mercredi comme un « un attaquant qui joue en pivot, en déviation, en point d’appui, un « target man » comme on dit en Angleterre », le problème ne se pose plus. Et tout ce petit monde semble avoir déjà trouvé sa place et compris son rôle.

Si ce nouveau système, conjugué à l’absence du Ballon d’or, induit possiblement un jeu moins flamboyant – ce qui reste à prouver – il n’en reste pas moins très efficace sur le papier et dangereux pour l’adversaire. Le sélectionneur ne jurant que par les résultats, si cette équipe de relais 4x100m qui met des ballons dans la boîte pour la tête de Giroud peu l’emmener loin dans la compète, il signera volontiers des deux mains. Et nous avec.