Coupe de France : Pourquoi le « Petit Poucet » du FCOSK 06 Strasbourg n’est pas vraiment un club de 6e division

La Meinau va peut-être enfin vibrer cette saison. Son habituel pensionnaire du Racing incapable d’y gagner, place à un club au sigle presque imprononçable ! Le FCOSK 06 y a rendez-vous samedi soir en prime time (20h45). L’événement le justifie : l’entité, née en 2020 de la fusion entre l’Olympique Strasbourg et le FC Strasbourg Koenigshoffen 06, dispute le premier 16e de finale de Coupe de France de son histoire. Face à une formation de l’élite pour ne rien gâcher ! Après Clermont sorti au tour précédent (0-0, 4-3 aux t.a.b), c’est Angers qui va se frotter à la formation de sixième division (Régionale 1). L’une des deux encore en lice.

« C’est nous le Petit Poucet de la compétition, pas Cassel (Nord, qui affronte le PSG) ! », clame le capitaine Mohamed Cherief. « La définition est claire : à niveau égal, c’est celui qui a éliminé le meilleur adversaire qui l’est. Eux, ils ont battu un club de N2, nous une Ligue 1. » Le milieu de terrain ne cache évidemment ni sa fierté, ni son impatience. C’est aussi pour ce genre d’aventure qu’il avait rallié le FCOSK 06 il y a trois ans. Quitte à redescendre de deux divisions pour y évoluer.

« Ce n’était pas facile comme choix mais le projet était sympa. On me proposait un équilibre », se rappelle-t-il depuis sa camionnette. Car dans le civil, le vétéran (34 ans) est chauffeur-livreur pour « Real Transport », la société d’un des deux coprésidents du club, Aziz Soylu. Ils sont trois dans son cas, avec Wacim Tine et Corentin Schmittheissler. « Ça nous permet d’avoir des horaires adaptés et un salaire qui tombe », détaille le dernier nommé, gardien de but. « Dans mes précédentes équipes, j’étais souvent payé en frais de déplacements mais il faut aussi penser à la retraite. Là, en comptant les primes de match, j’ai quasiment l’équivalent d’un joueur de National », assure-t-il sans donner de montant précis, si ce n’est une fourchette de « plus de 2.000 euros ».

Un montant certes presque à part au sein du vestiaire mais qui traduit une réalité : le FC Olympique Strasbourg Koenigshoffen 1906 a des moyens. Bien supérieurs à ceux de ses concurrents en Régionale 1 et comparables à des clubs du niveau supérieur. La raison ? L’apport financier de généreux mécènes, qui s’ajoute aux habituels revenus nés des subventions et licences. « Nous avons deux modèles économiques », détaille Mourad Oualit, l’un des deux co-présidents de l’entité. « Le premier consiste à être autosuffisant pour assurer notre pérennité. Et après, en fonction de ce que nous offrent nos partenaires privés, soit 25 % de notre budget actuel, on construit l’équipe. »

« Déjà la structure pour être en Nationale 3 »

Avec donc certains arguments pour attirer un entraîneur reconnu dans le secteur (Amar Ferdjani), les meilleurs éléments de la région, voire un ancien pro comme le défenseur croate Ivan Herceg. « Je ne dirais pas qu’on est calibré pour la Nationale 3 parce qu’on a des joueurs qui y ont déjà joué, mais plutôt parce que le club a déjà la structure pour y être », reprend le dirigeant. « Nous salarions par exemple huit personnes, ce qui nous permet de répondre à des appels d’offres pour du périscolaire et des missions, ou encore organiser des stages à toutes les vacances. On a aussi deux minibus et un petit bus de 17 places logotés, et on s’appuie aussi sur un gros staff avec kiné et préparateur physique. Le but, c’est vraiment de ressembler à un centre de formation pour séduire les joueurs. »

Objectif atteint à en croire Thomas Schall. « On est hyper bien loti et mis dans les meilleures conditions », apprécie l’attaquant. « Par exemple, on a aussi un intendant et tous nos équipements sont lavés après chaque séance. Je n’avais jamais connu ça, même en N3. » Une division que ses partenaires et lui rêvent justement d’intégrer dès la saison prochaine, un an après leur précédente promotion. C’est plutôt bien parti, avec une actuelle deuxième place dans la poule C.

« Devenir le deuxième club alsacien »

Mais avant cela, il y a donc ce rendez-vous tant attendu de samedi soir. Face à des joueurs qu’ils regardent d’habitude à la télé. « Boufal, Ounahi… Il y a un mois, on était derrière eux pendant la Coupe du monde et là, on va les retrouver. C’est énorme. En plus, j’ai toujours adoré Bentaleb », savoure Mohamed Cherief. « J’avais été appelé à un rassemblement en équipe de France U17 avec Paul Bernardoni », se souvient lui Corentin Schmittheissler, qui s’est assis à une dizaine de reprises sur le banc de touche du RC Strasbourg lors de la saison 2017-2018 en Ligue 2.

Cette fois, il sera sur la pelouse d’une Meinau (26.000) qui ne devrait pas être comble. Mais plus de la moitié des places (15.000) était déjà vendue jeudi. « Avec 12.000, on avait déjà réussi notre pari », savoure Mourad Oualit, qui rêve aussi de voir le FCOSK06 encore grandir. « Pour venir nous positionner comme un club historique dans le coin et non plus seulement une équipe de quartier. Et, à un horizon de cinq ans, devenir le deuxième club alsacien. On en est encore loin… »