Couches, machines à café, télés, jouets… La destruction des invendus bientôt interdite en France

Le Premier ministre Edouard Philippe, aux côtés de la secrétaire d’Etat Brune Poirson, dans les locaux de CDiscount ce mardi 4 juin. — F.Pouliquen/20Minutes

  • Edouard Philippe a annoncé ce mardi l’interdiction à venir en France de l’élimination des invendus, une « aberration écologique ».
  • Cette loi entend contrer certaines pratiques de producteurs et distributeurs, notamment dans l’e-commerce, qui détruisent ou poussent à la destruction d’objets quasi-neufs qui n’ont pas trouvé preneur.
  • Cette future mesure de la loi Economie circulaire obligera les acteurs à recycler leurs invendus ou à les réemployer en les donnant à des associations.

Couches, machines à café, téléviseurs, jouets… Mi-janvier, le magazineCapital, diffusé sur M6 et présenté par Julien Courbet, avait montré comment Amazon détruisait ses invendus, des produits pour beaucoup neufs qui n’ont pas trouvé d’acheteurs. Sur l’ensemble de ses entrepôts en France, Amazon aurait ainsi détruit plus de 3 millions d’articles en 2018, indiquait Capital en citant des sources syndicales.

Le documentaire avait fait grand bruit et mis en lumière une pratique qui ne se limite pas à Amazon, mais à plusieurs acteurs du e-commerce et d’autres secteurs comme celui du textile, précisait, dans une interview à Télérama, Alma Dufour, chargée de campagne aux Amis de la Terre. Dans la foulée, Brune Poirson, secrétaire d’État à la transition écologique, annonçait la préparation d’une loi « pour interdire ce type de pratique ».

Obligation de réemployer ou de recycler

Cinq mois plus tard, les choses se précisent. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé ce mardi que l’interdiction d’élimination des invendus serait l’une des mesures clés du projet de loi « Economie circulaire » que prépare Brune Poirson depuis plusieurs mois et qui doit atterrir sur la table du conseil des ministres début juillet.

Concrètement, « les producteurs, importateurs et distributeurs de produits non alimentaires neufs auront interdiction d’éliminer tous les invendus de produits neufs encore utilisables », précise le Premier ministre. Ils devront être réemployés, via des dons à des associations par exemple, ou recyclés (via un désossage pour récupérer les composants et matières qui pourront être utilisées dans la fabrication de nouveaux produits). « Ce sera une première mondiale », insiste Edouard Philippe, pour qui cette mesure montre que le gouvernement continue de tirer les leçons du Grand débat : « Cette destruction des invendus avait interpellé le public, c’est un gaspillage qui choque, d’autant plus que des acteurs ont montré qu’on pouvait faire autrement. »

CDiscount présenté comme un exemple

Ce mardi après-midi, Edouard Philippe et Brune Poirson se sont ainsi rendus dans un point de collecte parisien de Cdiscount, acteur français de l’e-commerce. Depuis dix ans, l’entreprise a mis en place un partenariat avec Envie, un réseau d’entreprises de l’économie sociale et solidaire spécialisé dans la récupération et la réparation d’objets électroménagers. « Nous donnons à Envie nos invendus et les produits retournés, explique-t-on à Cdiscount. Le partenariat s’est d’abord limité aux produits électroniques et électroménagers, avant de s’étendre à tous les objets depuis 2017. » Envie dit avoir ainsi récupéré 60.000 équipements de Cdiscount en dix ans, que le réseau répare puis revend dans ses magasins.

C’est ce modèle que veut aujourd’hui encourager le gouvernement avec cette mesure antigaspillage. La loi sur l’économie circulaire ne reste encore qu’au stade de projet de loi et doit encore être discutée à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une adoption avant 2019 paraît optimiste, indique-t-on dans l’entourage de Brune Poirson.

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