Corse : Entre violences, guerre en Ukraine et Covid, l’ïle de Beauté prépare la saison touristique dans l’incertitude générale

La longue plage de Porticcio, station balnéaire à une demi-heure  d’Ajaccio, est encore bien déserte en cet après-midi  printanier. Derrière le sable, les enseignes des commerces s’animent doucement. Dans quelques semaines, les premières serviettes de plages viendront recouvrir le sable fin, jusqu’à ce qu’il ne soit plus perceptible, en plein cœur de la saison touristique.

Un moment crucial pour la Corse, où le tourisme ne représente pas moins de 33 % du Produit Intérieur Brut (PIB). La saison 2021 a placé l’Île de Beauté sur le podium des destinations touristiques françaises, avec des résultats globaux meilleurs qu’en 2019, avant l’épidémie de coronavirus. Selon les chiffres de l’agence du tourisme de la Corse, pas moins de 8,5 millions de nuitées ont été réservées l’année dernière dans les hébergements collectifs, et 6,7 millions de touristes ont été transportés vers la Corse en 2021, soit 44 % de plus qu’en 2020.

« Ce n’est plus la même clientèle »

« C’est simple, l’année dernière, c’était la seule année où je n’avais pas une seconde pour allumer une cigarette pendant juillet et août », lance Alex. Tout près de la plage de Porticcio, la boutique de souvenirs qu’il tient avec sa femme Sissi, aborde fièrement la mention « depuis 1994 ». Et de sa longue expérience sur ce petit bout de Corse, l’année 2021 a été exceptionnelle en termes de fréquentation… mais aussi de clientèle. La crise sanitaire, et économique, est passée par là. « Il y a beaucoup plus de monde, mais avec un plus petit panier, constate Alex. L’année dernière, c’est l’année où j’ai vendu le plus de magnets et de porte-clés. »

« Ce n’est plus la même clientèle, reconnaît Jean-Paul derrière son comptoir, dans le restaurant qui fait face à la boutique de souvenirs. Les gens paient plus avec les tickets-restaurants ou les chèques-déjeuners. Ils font attention. L’été dernier, je n’ai vendu aucune bouteille d’eau. Que des carafes. Mais je le comprends. Le coût de la vie augmente, et nous derrière, on est aussi obligé d’augmenter le prix. C’est devenu un luxe d’aller au resto ! » Un phénomène que le restaurateur craint voir s’ancrer dans la durée. « Avec le délire des histoires en Ukraine, tout augmente, souffle-t-il. L’essence augmente. Les gens ne vont plus avoir assez d’argent, et ça va devenir compliqué de venir en Corse ! »

« Les Corses ne tuent pas les gens »

Selon l’agence du tourisme de Corse, le coût moyen d’une nuitée sur l’Île l’année dernière s’élevait à 92 euros, quand le prix moyen d’un transport aller-retour atteignait les 503 euros. « D’un côté, on est confiant pour la saison à venir, mais d’un autre, on ne sait pas trop ce que ça va donner, confie Jean-Paul. Les élections vont passer, et, vous allez voir, ils vont nous remettre le masque, le pass sanitaire, toutes ces conneries… Pour nous, ça a un impact énorme ! » Une incertitude sur la saison avenir partagée par Fred, restaurateur juste derrière le marché d’Ajaccio. « Vous savez, on ne se pro projette plus, souffle-t-il. On n’anticipe plus les choses. Apparemment, le Covid reprend… » « Quand les gens réservent, ils nous demandent souvent s’il y a moyen d’annuler au dernier moment, abonde Sandrine, hôtelière à Cargèse, à une heure d’Ajaccio. Les clients ont vraiment peur d’une nouvelle vague. »

L’actualité récente de l’île nourrit un peu plus l’incertitude d’Alex, le vendeur de souvenirs. « J’ai une crainte, c’est que les événements récents en Corse fassent que les gens qui ne connaissent pas l’île aient peur de venir ici, s’inquiète-t-il. En vérité, les Corses ne tuent pas les gens ! Les touristes font leurs vies. Ils ne sont pas emmerdés. C’est juste quatre merdeux qui jettent des pierres dans la rue ! » Après l’agression mortelle d’Yvan Colonna, des heurts ont éclaté, notamment à Bastia, lors de manifestations. De nouvelles manifestations nationalistes sont d’ailleurs prévues dimanche à Ajaccio.