Corse : Comment les remontées de poussières du Sahara inversent la polarité électrique des orages

Des orages aux pôles électriques inversés. C’est la conclusion d’une étude qu’a réalisée une équipe de chercheurs du laboratoire d’aérologie de l’université de Toulouse. Cette découverte est le fruit de « l’analyse d’environ 500 jours d’orages qui se sont produits depuis 2014 en Corse », explique Sylvain Coquillat, le rédacteur principal de cette étude publiée dans la revue Atmospheric research début juin.

Pour cette recherche, les auteurs de la publication disposaient des données de douze stations réparties sur toute la Corse qui permettent d’observer les éclairs en 3D. « Quand vous voyez un éclair, vous voyez son impact au sol. Mais 80 % de l’activité électrique se passe en réalité dans le nuage et pour l’observer, nous avons besoin d’une recherche par électromagnétisme, ce que permettent ces stations », poursuit l’universitaire.

Des « événements inédits »

Et si d’ordinaire la structure électrique des orages est composée de trois pôles – une charge positive en haut, une négative au milieu et une nouvelle charge positive en dessous, les chercheurs ont pu observer la survenue « d’événements orageux atypiques caractérisés par une structure électrique dipolaire dont la polarité est inverse (c’est-à-dire une charge négative au niveau supérieur, une charge positive au niveau inférieur) », écrivent les auteurs. Les membres du laboratoire d’aérologie ajoutent qu’il s’agit d’« événements inédits » et remarquent que ceux-ci se produisent tous « lors d’épisodes de vent fort par flux de sud à sud-ouest », soit en provenance du Sahara.

Si de tels phénomènes d’orage à la polarité inverse avaient déjà pu être observés « dans les grandes plaines américaines », précise Sylvain Coquillat, ceux de Corse présentent une structure tout autre. « Les orages à polarité inverse américains sont des orages très puissants, ce que l’on appelle des « supercels ». À l’inverse, les nuages étudiés ont un faible développement vertical », relève le scientifique. Aussi, ceux-ci se déplacent « quasi linéairement, sur de longues distances (jusqu’à 230 kilomètres) et à grande vitesse, entre 80 et 90 km/h », précisent les auteurs.

« Nous sommes au début de notre recherche »

« C’est une découverte toute récente, un phénomène que nous n’avons observé qu’en Corse et nous en sommes encore au stade du comment ? Pourquoi ? En tout cas, cela apporte une nouvelle incertitude sur le comportement des nuages, mais nous sommes au début de notre recherche », explique le chercheur. Car la Corse n’est pas le seul endroit du bassin nord méditerranéen à connaître des tels épisodes de remontées de poussières du Sahara. Par exemple et dernièrement, l’un d’eux s’est produit dans la chaîne des Pyrénées, donnant des images spectaculaires.

« Nous n’avons pas les outils sur place pour faire des observations », commente Sylvain Coquillat, pour qui, « il est trop tôt pour dégager une tendance climatique. Il faut augmenter l’échelle de temps des observations », conclut-il.