Coronavirus : Voyages, cinéma, festivals… Quelle place pour le pass sanitaire dans le déconfinement ?

Jean Castex — Lemouton / Pool/SIPA;
  • Le gouvernement expérimente actuellement un pass sanitaire pour les vols vers la Corse.
  • L’utilisation de cet outil numérique, permettant de justifier un test négatif – et demain un certificat vaccinal –, est aujourd’hui cantonnée aux déplacements par avion.
  • Et son champ d’application futur est encore en débat au sein du gouvernement.

Le calendrier du déconfinement se précise. Après la rentrée des écoles, la restriction des déplacements au-delà de 10 km devrait être levée à partir du 3 mai. Les établissements culturels, les restaurants et autres commerces jugés « non essentiels » pourraient eux rouvrir par étapes entre le début du mois de mai et la fin juin, en fonction notamment du taux d’incidence du Covid-19. Mais qu’en est-il du pass sanitaire ?

Le projet de loi « relatif à la gestion de la sortie de crise sanitaire », présenté ce mercredi en Conseil des ministres, ouvre la voie, pour les voyages, à cet outil numérique. Mais son usage sera-t-il étendu ? Pourrait-il conditionner, demain, l’accès au cinéma ou au stade de football ?

« La France est le premier pays européen à déployer ce pass »

Un temps écarté car jugé « prématuré », le passeport vaccinal – devenu pass sanitaire – est désormais dans les tuyaux du gouvernement. Le dispositif, expérimenté depuis jeudi pour les vols à destination de la Corse, a été mis en lumière ce mardi à l’occasion d’un déplacement à l’aéroport d’Orly du ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebarri, et du secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O.

Par l’intermédiaire de l’application de traçage TousAntiCovid, les voyageurs peuvent désormais prouver leur résultat négatif à un test PCR (et bientôt leur état de vaccination) à l’aide d’un QR Code, avant d’embarquer. L’expérience, qui doit s’étendre dans les prochaines semaines à l’Outre-mer, l’Allemagne, l’Espagne ou encore les Pays-Bas, préfigure ce que pourrait être le futur certificat sanitaire européen. « La France est le premier pays européen à déployer ce pass. On espère pouvoir faire en sorte que les choses soient généralisées d’ici à courant juin dans ce cadre européen qui doit fluidifier les passages aux frontières », a indiqué Cédric O ce mardi.

Bientôt mis en place pour des événements sur le territoire ?

Ce pass pourrait-il aussi devenir une condition d’accès à certains établissements, comme c’est par exemple le cas en Israël pour les hôtels, les salles de sport ou les restaurants ? « On s’inscrit dans le cadre des travaux de la Commission européenne pour faciliter les déplacements entre pays de l’UE. C’est le seul usage qui est aujourd’hui prévu », dit-on au cabinet de Cédric O. Mais le débat est d’actualité au sein de l’exécutif. « Le pass sanitaire pour l’usage quotidien est aujourd’hui écarté. Mais il y a des discussions pour l’accès à certains rassemblements. Sur des salons ou des événements sportifs, il pourrait être utile », confie un conseiller gouvernemental.

« Il y a consensus pour refuser le dispositif au restaurant, pour faire ses courses… Mais le débat est ouvert pour les grands événements, comme les concerts, les festivals ou pour les stades de football. Il y a des débats internes au gouvernement sur son périmètre d’utilisation, mais à ce stade, ce n’est pas encore tranché », confirme un cadre LREM. Qui poursuit : « Si ce pass permet de décupler la jauge d’accueil du public dans un établissement comme un cinéma, pourquoi s’en priver ? Si on veut retrouver les lieux touristiques, ça peut être le coût de la liberté ».

D’abord l’accès aux vaccins

Interrogée sur le sujet vendredi dernier, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a reconnu que la piste était envisagée par le gouvernement, même si « ce ne sera certainement pas dès le départ de la procédure de réouverture » des lieux culturels. « C’est un outil, il s’agit de le préparer techniquement et de voir son acceptabilité dans la population, car ça pose des problèmes éthiques », a-t-elle estimé sur BFMTV.

« Je pense que ce pass s’imposera. D’abord pour monter dans un avion, peut-être pour prendre le train, aller au musée, au cinéma, dans les endroits fermés… Mais c’est encore trop tôt, car pour le généraliser, il faut que tout le monde ait accès aux vaccins », avance Sylvain Maillard, député LREM et porte-parole du groupe à l’Assemble.

Peu d’entrain pour la vie quotidienne

Les macronistes ont commencé par prendre le pouls au sein de leur mouvement, en lançant jeudi dernier une « consultation sur la question du pass sanitaire ». Et les avis des marcheurs sont partagés. Si 90 % valident l’utilisation du pass pour les voyages en avion, ils ne sont que 50 % à le plébisciter pour les grands événements, et seulement 30 % pour la vie quotidienne, rapporte-t-on au parti.

Le périmètre d’utilisation du pass sanitaire pourrait être tranché dans les prochaines semaines. Contacté par 20 Minutes, Matignon n’a pas répondu à nos sollicitations.

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