Coronavirus : « Vous avez mille fois menti »… Débats houleux à l’Assemblée nationale sur le pass vaccinal

À l’entrée de l’Assemblée nationale, une dame s’agace. « Il n’y a que les journalistes qui peuvent entrer ? Et le peuple, alors ? » Peu avant 15 h, ce lundi, la tension règne déjà devant le Palais-Bourbon. Dans quelques minutes, les députés entament l’examen du projet de loi visant à transformer le pass sanitaire en pass vaccinal. Si l’adoption ne fait aucun doute, les débats s’annoncent houleux sur ce texte, qui fait l’objet de plus de 650 amendements, et se déroulent dans un contexte de menaces contre plusieurs élus.

D’emblée, Olivier Véran dresse un sombre tableau. « La période est difficile, le variant Omicron bat déjà de tristes records. Le raz de marée est là, il est vertigineux, mais nous ne cédons pas à la panique. » Face à l’envolée épidémique, le ministre de la Santé défend un « texte de sang-froid », permettant, selon lui, d’éviter les fermetures et le confinement. L’exécutif a décidé de mettre encore plus de pression sur les cinq millions de Français non-vaccinés. Pour ces derniers, les tests ne suffiront bientôt plus pour accéder aux activités de loisirs, aux restaurants, bars et autres transports publics interrégionaux.

Passe d’armes entre Olivier Véran et Jean-Luc Mélenchon

« Les Français seront demain 53 millions à avoir reçu une première injection. A bien regarder ces chiffres, la société française n’est pas divisée : la forêt qui pousse fait moins de bruit que l’arbre qui tombe », philosophe Olivier Véran, ciblant les opposants au fameux pass, qui ont appelé à manifester à 17 h devant l’Assemblée. « Ils revendiquent la liberté, mais leur combat est minuscule. Derrière un discours sur la prétendue liberté se cache bien souvent un égoïsme ou un repli sur soi […] Nous devons faire bloc », ajoute le ministre.

Mais le bloc se fissure vite. Au micro, Jean-Luc Mélenchon dénonce une « société totalitaire et autoritaire », et défend avec véhémence une motion de rejet du texte. « Personne ne dit que le vaccin est inutile [mais] le pass vaccinal est 100 % inefficace. Ce vaccin est une raquette trouée », assure le candidat insoumis à la présidentielle, évoquant la propagation actuelle du virus, y compris chez les vaccinés.

En réponse, Olivier Véran ironise. « Monsieur Mélenchon, vous vous êtes tellement trompé qu’il est difficile aujourd’hui de vous prêter la même attention… Vous disiez que vous pourriez prendre de la chloroquine, le feriez-vous aujourd’hui ? Vous avez comparé le vaccin ARN à des surgelés… Vous avez parlé de ce “machin Pfizer” que jamais vous ne recevriez, mais vous avez reçu votre troisième dose. » Le groupe insoumis hurle, la présidente de séance apaise les esprits. « Je ne suis pas certaine que toute l’Assemblée doit être informée de la nature du vaccin qu’a reçu monsieur Mélenchon. » La motion de LFI est largement rejetée par 200 voix contre 31.

Une opposition divisée

Les débats se poursuivent, ensuite, sur le fond. Les communistes, comme les députés RN et LFI, se disent opposés au pass vaccinal. Du côté des socialistes, Cécile Untermaier regrette simplement le « déficit de débat public » et émet des réserves sur le contenu du texte. « Nous doutons que le nouveau pass vaccinal puisse avoir raison des 10 % de la population affirmant une frilosité par rapport au vaccin », appelant à « plus de lien » avec cette frange de la population, notamment par l’intermédiaire des médecins.

A droite, le député LR Aurélien Pradié tape fort. « Cette confiance [de la population] vous manque car vous avez mille fois menti. Sur la vaccination, qui devait mettre un terme à toute la situation sanitaire, sur les masques, sur le réarmement des lits de réanimation, sur le contrôle d’identité qui ne devait être fait que par les policiers. » Le groupe LR, qui ne devrait pas s’opposer au texte, proposera des amendements pour exempter les mineurs du pass vaccinal et le limiter dans le temps, afin de ne pas donner de « blanc-seing au gouvernement ».

Sur son banc, Olivier Véran regarde à plusieurs reprises son téléphone. Les débats doivent durer jusque tard dans la nuit, avant l’arrivée du texte au Sénat mercredi. L’exécutif veut aller vite, le projet de loi doit entrer en vigueur dès le 15 janvier.