Coronavirus : Vaccination des profs, masques FFP2… On a vérifié ces affirmations de Jean-Michel Blanquer

Période de rentrée scolaire oblige, de surcroît en pleine reprise épidémique du Covid-19, les annonces du ministre de l’Education nationale sur le nouveau protocole sanitaire en vigueur dans les établissements n’ont pas manqué de faire parler d’elles. Après les avoir dévoilées  dans une interview au Parisien, dimanche 2 janvier, Jean-Michel Blanquer est revenu sur le sujet lundi 3 janvier sur l’antenne de LCI.

Deux occasions au cours desquelles le ministre a notamment soutenu que les enseignants ne se voyaient pas délivrer de masques FFP2, plus protecteurs contre le virus, car « il est très difficile de faire cours avec un tel masque, […] d’ailleurs réservé au monde soignant », puis que les enseignants sont « beaucoup plus vaccinés que les autres [professions] », mais aussi « moins contaminés ».

20 Minutes fait le point sur ces affirmations.

FAKE OFF

Ce qu’a dit Jean-Michel Blanquer : « [Les enseignants sont] une profession beaucoup plus vaccinée que les autres car ce sont sans doute des personnes plus responsables »

Le ministre a précisé que « plus de 90 % » des professeurs étaient vaccinés, en expliquant que des « enquêtes » étaient réalisées pour connaître ce taux de vaccination. Contactée par 20 Minutes, l’Education nationale explique que ce chiffre se base sur un « sondage Ipsos du mois d’août 2021 ».

Plus précisément, cette enquête, réalisée « du 10 au 16 août 2021 auprès d’un échantillon national représentatif de 500 enseignants de la maternelle au lycée, de l’enseignement public et privé sous contrat », indiquait que 87 % d’entre eux avaient reçu « au mois une dose » du vaccin. 78 % détenaient alors un schéma vaccinal complet.

Ce qu’a dit Jean-Michel Blanquer : « Toutes les enquêtes nous montrent que c’est une profession moins contaminée que les autres, précisément parce que plus responsable aussi, avec le respect des gestes barrières, etc. »

Sur la question des contaminations, l’Education nationale nous indique que les données sur lesquelles s’appuie le ministre sont celles «de l’étude ComCor : résultats et analyse critique sur l’étude sur les lieux et les circonstances de transmission du SARS-CoV-2 d’avril 2021 ».

Menée par l’Institut Pasteur à partir d’octobre 2020 auprès de plus de 160.000 participants contaminés par le virus, elle avait indiqué, dans son « analyse intermédiaire » de mars 2021, que « les catégories professionnelles les moins à risque sont, par ordre décroissant de risque, les employés civils et agents de service de la fonction publique, les employés administratifs de l’entreprise, les retraités, les professions intermédiaires administratives de la fonction publique, les personnels des services directs aux particuliers, les policiers et militaires, les professeurs des écoles et instituteurs, les professions intermédiaires administratives et commerciales de l’entreprise, les professeurs et professions scientifiques, et les agriculteurs. »

Mais elle se montrait plus nuancée dans son rapport d’avril 2021 : « Peu d’informations sont disponibles dans la littérature sur les professions à risque. […] Les enseignants ne semblent pas avoir un risque augmenté malgré leur exposition aux élèves. Mais les données dans ce domaine semblent encore fragiles, et il est préférable de rester extrêmement prudents sur les enseignements que ComCor peut fournir vis-à-vis de la question des catégories professionnelles à risque. »

De fait, en mai 2021, une enquête de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) sur « l’ampleur et les facteurs de la contamination des travailleurs au Covid-19 » soulignait que « les enseignants » figuraient parmi « les familles professionnelles de salariés qui présentent les proportions les plus élevées de contamination au Covid-19 » et « qui tendent le plus à attribuer cette contamination à leur travail ».

Ce qu’a dit Jean-Michel Blanquer sur son refus de distribuer des masques FFP2 aux profs : « Il est très difficile de faire cours avec un masque FFP2, lequel est d’ailleurs réservé au monde soignant »

Aucun texte ne réserve le port du masque FFP2 aux soignants. N’importe qui peut s’en procurer en franchissant la porte d’une pharmacie. Hors période de pandémie, les soignants ne sont d’ailleurs pas les seuls à en porter : les professionnels du bâtiment portent des protections classées FFP2. Alors, d’où vient cette affirmation de Jean-Michel Blanquer ?

L’Education nationale nous précise que le ministre s’appuie sur une recommandation de la Haute Autorité de santé, datée du 19 novembre 2020, qui recommande « de porter un masque FFP2 uniquement en cas de gestes à risque d’aérosols prévus ou réalisés en milieu de soins », ajoute le ministère. Outre le fait que ce texte date d’il y a un plus d’un an, lorsque les variants Delta et Omicron n’avaient pas encore émergé, cette recommandation, comme le note le ministère lui-même, ne concerne pas les milieux d’enseignement. Et pour cause, cette note « vise à la prise en charge du patient dans un milieu de soins ». En clair, elle offre un guide aux médecins pour accueillir les patients dans leurs cabinets.

Quant au fait qu’il serait « difficile de faire cours » avec ces masques FFP2, l’Education nationale n’a pas donné d’éléments pour appuyer cette affirmation. Agathe Garnier, professeure de SVT au lycée Henri Loritz de Nancy, est passée au masque FFP2 avant les vacances de fin d’année. Elle s’est rapidement adaptée à enseigner avec cet équipement, explique-t-elle à 20 Minutes : « Je n’ai aucune difficulté pour respirer. Je viens de faire quatre heures d’affilée avec. J’avais plus de mal avec les chirurgicaux, qui ne tenaient pas. Le FFP2 épouse parfaitement le visage. »

L’Education nationale fournit des masques en tissu aux enseignants. Un équipement qui ne satisfait pas de nombreux professeurs face à la contagiosité de la vague Omicron. Le refus du ministère de fournir masques chirurgicaux ou FFP2 est « assez illogique », souligne Guislaine David, du Snuipp, le syndicat des professeurs des écoles affilié à la FSU. « On cherche à avoir le moins d’enseignants malades, donc il faut les protéger. » La syndicaliste rappelle que les enseignants de maternelle font face à des enfants sans masque et qui ne sont pas éligible à la vaccination. Même position de la part de SE-Unsa : « C’est une forte demande de la profession d’avoir des masques qui protègent davantage [que les masques en tissu] », souligne Elisabeth Allain-Moreno, en charge des questions Covid au sein du syndicat. Faut-il que tous les enseignants passent directement du masque en tissu aux FFP2 ? Ce n’est pas ce que souhaitent les syndicats, qui demandent des masques chirurgicaux, et, pour les profs qui le veulent, des équipements de type FFP2.

Couplé aux autres mesures barrières, le masque chirurgical a un intérêt, rappelle le docteur Michaël Rochoy, membre du collectif Stop postillons. « Les masques chirurgicaux sont prévus pour limiter la sortie du virus », souligne le médecin généraliste. Si toutes les personnes présentes dans une pièce portent correctement le masque, celui-ci joue son rôle. Le masque FFP2 vise, lui, la protection « individuelle ». Mais si vous n’avez que des masques chirurgicaux à la maison, pas de panique : les contaminations se font surtout dans des situations à risque, sans masque, conclut le docteur.