Coronavirus : « Une mesure un peu risible » … L’obligation du masque en extérieur laisse les experts sceptiques

Bonne année et meilleurs masques à vous ! Ce vendredi, le port du masque redevient obligatoire en extérieur à Paris et plusieurs villes d’Ile-de-France mais aussi à Lyon et dans les départements entiers des Pyrénées-Orientales et des Bouches-du-Rhône. Une obligation déjà instaurée depuis plusieurs semaines dans une trentaine d’autres départements français.

2022 commencera donc masquée pour une majeure partie de la population française. Une mesure sanitaire que les autorités justifient par la vague Omicron qui déferle sur la France, avec 120.000 cas de coronavirus par jour en moyenne sur la semaine écoulée et des pics à plus de 200.000 mercredi et jeudi.

Des contaminations en intérieur principalement

Pourtant, l’utilité du port du masque en extérieur est loin de faire l’unanimité scientifiquement. La raison est simple : l’écrasante majorité des contaminations se déroule en intérieur, où l’air n’est pas renouvelé. Une étude de l’Institut de Pasteur portant sur 77.208 participants infectés par le coronavirus entre le 1er octobre 2020 et le 31 janvier 2021 montrait ainsi que seul 5 % des contaminations s’étaient faites en extérieur, contre 15 % dans un lieu clos aéré (avec une fenêtre ouverte, par exemple) et 80 % dans un lieu clos sans aucune ventilation.

Des résultats corroborés par une autre étude du même institut et de la Sorbonne, portant cette fois sur la période du 23 mai au 13 août 2021. Les lieux les plus contaminants (bars, discothèque, mariage, restaurant, salle de sport) étaient à chaque fois des lieux clos, et sans port du masque.

« Une mesure un peu risible »

L’explication est simple : le coronavirus se transmet principalement par l’air que nous respirons, résume la docteure Corinne Depagne. En conséquence, lorsque l’air est massivement renouvelé, comme c’est le cas en extérieur, les chances de contamination sont très faibles. Le virus ne stagne pas, il est dispersé, ce qui permet d’éviter les transmissions. Au contraire, au sein d’un espace clos, l’air n’est pas renouvelé et le virus reste en place, augmentant massivement les chances de contamination. D’où l’intérêt d’aérer et d’ouvrir les fenêtres fréquemment, et l’importance du port du masque en intérieur.

En conséquence, imposer le masque en extérieur apparaît comme « une mesure un peu risible », souffle Corinne Depagne : « Penser qu’on va diminuer la circulation du virus avec ce genre d’action est totalement illusoire. » La soignante répète ce que disent les études citées plus haut : « Le vrai problème, ce sont les lieux clos. Au lieu de s’attaquer à l’extérieur, il faut se concentrer sur une meilleure aération dans les bars, les restaurants, etc. » Une meilleure aération qui serait efficace sur le long terme, même dans un monde post-covid, puisque cela aiderait à combattre toutes les maladies aéroportées.

Une utilité limitée

Le masque à l’extérieur n’est pas inutile dans certains cas bien précis. « Dans une rue extrêmement bondée, ou une queue où les gens sont serrés, ce n’est pas aberrant de porter un masque », abonde l’épidémiologiste Viviane Kovess-Masféty. Même si elle reconnaît a contrario que « dans les rues quasi désertes ou aux heures creuses, cela ne sert absolument à rien. » Le problème pour l’épidémiologiste étant qu’il est difficile de l’imposer dans certains endroits ou à certaines heures et pas dans d’autres, d’où l’idée de le généraliser à tout l’extérieur.

Paris avait bien tenté de n’imposer le masque que dans certaines rues en septembre dernier, mais avait vite abandonné l’idée devant le micmac de complications que cela créait, et avait tranché pour une obligation globale du masque à toutes les rues seulement quelques jours après.

Taper à côté

Il n’empêche, Corrine Depagne confirme et signe : « Cette mesure est inutile tant qu’on ne s’attaque pas aux lieux clos ». L’obligation du masque dehors lui semble d’autant plus incongrue dans une France à 120.000 cas par jour : « Le virus circule énormément, toutes les études nous indiquent où il se transmet, et on tape à côté en s’attaquant à l’extérieur. »

Ce genre de mesure « n’amène rien comme véritable impact sur l’épidémie, cela embête juste les Français et les épuise inutilement au lieu de faire de vrais choix décisifs », conclut la soignante. On le rappelle donc : portez le masque en intérieur quand cela est possible et aérez fréquemment, notamment dans vos soirées du réveillon ce vendredi soir. Bonne année 2022 et on vous souhaite la meilleure des aérations.