Coronavirus : « Une course contre la montre », où en est l’essai clinique contre le Covid-19 piloté à Lyon ?

Un laboratoire de recherche. Illustration. — Bony – Sipa

  • Le projet de recherche Discovery, destiné à trouver un ou des médicaments efficaces pour éviter la propagation du virus dans le corps, avance.
  • Quinze jours après son lancement, des centaines de patients hospitalisés en France ont été inclus dans l’essai clinique.
  • Mais il est encore trop tôt pour avoir des résultats, comme l’a souligné ce mercredi Florence Ader, infectiologue aux Hospices Civils de Lyon et chercheuse au centre international de recherche en infectiologie lors d’un point sur l’avancée du projet.

Pour connaître les premiers résultats de l’essai clinique contre le coronavirus piloté à Lyon, il faudra encore patienter quelques semaines. Mais, déjà, plusieurs centaines de patients de toute la France ont été inclus dans ce projet de recherche européen, baptisé Discovery et promu par l’Inserm. Il est destiné à trouver rapidement des molécules efficaces pour lutter contre la multiplication du virus dans l’organisme.

Seize jours après le début officiel de cet essai clinique, Florence Ader, infectiologue dans le service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Croix-Rousse des Hospices Civils de Lyon (HCL) et chercheuse au centre international de recherche en infectiologie, a fait ce mercredi un premier point sur l’avancement de l’essai.

Des recherches historiques

« C’est la première fois dans l’histoire des épidémies de type pandémiques (qui touchent le monde entier) que nous menons des recherches en temps réel », rappelle l’infectiologue des HCL. Les essais et travaux de recherches en cours dans plusieurs pays sont en effet réalisés alors même que l’épidémie progresse pour trouver des molécules efficaces contre le coronavirus. « C’est une course contre la montre », résume la Lyonnaise, rappelant que lors de la dernière grosse pandémie, en 1917, avec la grippe espagnole qui a fait au moins 50 millions de morts, rien n’avait pu être proposé pour tenter de combattre le virus. « On a atteint à un moment une immunité de groupe et la pandémie s’était éteinte d’elle-même ».

Quatre traitements testés contre un virus qui se multiplie dans le corps

Pour comprendre ce que les spécialistes tentent de faire, il faut comprendre comment le virus agit. « Le coronavirus est une maladie qui a une évolution assez longue », rappelle Florence Ader. Pendant la première semaine, après avoir pénétré dans l’organisme, il va se multiplier. « Notre corps n’a pas de réponse immunitaire puisque c’est une maladie que l’on ne connaît pas », ajoute l’infectiologue. Entre les 7e et le 14e jour, la maladie peut s’aggraver, ce qui conduit aux hospitalisations en masse que notre pays a connues ces dernières semaines.

Lorsque l’état des malades se dégrade fortement, cela peut être lié à une trop forte réponse immunitaire de leur organisme contre le Covid-19. Cela peut conduire à une dégradation de leur état général et à leur placement en soins intensifs ou en réanimation dans les cas les plus sévères. D’autres patients n’ont en revanche aucune réponse immunitaire, ce qui signifie que leur corps ne pourra pas éviter la multiplication du virus et le combattre. Ce qui conduire également à des formes sévères. Tout le travail des scientifiques engagés dans le projet Discovery est donc de trouver une molécule, un antiviral, qui sera capable de freiner la multiplication du virus chez ces malades.

Des patients inclus dans l’essai dans toute la France

Le projet Discovery, qui a débuté au CHU de Lyon et à l’hôpital Bichat à Paris le 22 mars, inclut désormais 25 centres (hôpitaux) dans toute la France. Ces 16 derniers jours, environ 530 malades du Covid-19 et hospitalisés ont été intégrés au projet qui prévoit d’inclure au total 3.000 patients européens, dont 800 Français. Pour chaque malade, dont l’état de santé a nécessité une hospitalisation, l’un des quatre traitements à l’étude est mis en place. A savoir : le remdesivir, un antiviral conçu pour lutter contre le virus Ebola, le lopinavir, molécule utilisée contre le VIH qui sera évaluée en combinaison avec le ritonavir. Ce traitement sera expérimenté en étant ou non associé avec l’interféron bêta (un antiviral immunomodulateur), pour vérifier si cette combinaison de molécules « permet de bloquer le processus inflammatoire » (problèmes respiratoires) qui apparaît avec le coronavirus. Enfin, l’hydroxychloroquine. L’essai clinique doit permettre de « discriminer » ces molécules, c’est-à-dire de voir si elles sont efficaces sur le virus et conduisent à une amélioration de l’état clinique du malade.

Des résultats confiés à un comité indépendant

Cet essai mobilise des acteurs du public, mais également du privé. Porté par l’Inserm et soutenu par l’Agence nationale de sécurité du médicament et la direction générale de l’organisation des soins, Discovery a également bénéficié de l’implication des laboratoires pharmaceutiques qui ont « fourni gracieusement » les molécules testées dans le projet, assure Florence Ader. Les données collectées auprès des patients ne sont pas analysées par les médecins mais transmises à un comité international indépendant. Ce dernier analysera donc les résultats et l’efficacité des traitements sur le virus au fil de l’eau.

Pour mesurer l’efficacité d’une molécule sur le coronavirus, il faut laisser passer les 15 jours que dure la maladie. Pour bénéficier de données fiables du comité sur les 300 premiers patients inclus dans l’essai, il va encore falloir patienter. « Nous n’aurons rien avant au moins fin avril », ajoute la scientifique.

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