Coronavirus : Une campagne de vaccination… et de désinformation

Les vaccins contre le Covid-19 rendent magnétiques. Ceux utilisant la technologie de l’ARN messager sont « cytotoxiques ». Plusieurs opérations de vaccination organisées pour la presse  sont en réalité des mises en scène… Autant de « fake news » particulièrement populaires sur les réseaux sociaux depuis quelques mois. Car depuis le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19, il y a un an, une autre campagne est menée en ligne : celle de la désinformation. Avec un seul but, remettre en cause l’efficacité et le bien-fondé de la vaccination.

En ce début d’année, la rubrique de fact-checking de 20 Minutes vous propose de devenir des acteurs et actrices de la lutte contre les « fake news ». En plus des visuels à partager sur les réseaux sociaux publiés ce lundi, nous avons passé au crible plusieurs tendances en matière de désinformation au sujet de la vaccination. Histoire de décrypter les mécanismes de ces fausses nouvelles et de commencer 2022 d’un bon pied.

Des vaccinations filmées et contestées

Vous l’avez sans doute remarqué : tout au long de l’année écoulée, certains internautes ont remis en cause la réalité même de l’acte vaccinal. Vous souvenez-vous de Margaret Keenan ? Le 8 décembre 2020, la Britannique de 90 ans devenait une pionnière : elle était la première personne de son pays à recevoir une dose de vaccin contre le Covid-19. Il a pourtant fallu peu de temps pour que la réalité de l’injection soit remis en cause sur Internet, à l’aide d’une capture d’écran de CNN, qui  ne prouvait pas que la retraitée n’avait pas été vaccinée.

Ces mêmes accusations de mise en scène vont revenir en mars quand Jean Castex va se faire vacciner devant les caméras quelques semaines plus tard. Comme d’autres responsables politiques à travers le monde, Christian Estrosi sera lui aussi accusé, en avril, d’avoir été faussement vacciné contre le Covid-19.

Cette tendance « est assez nouvelle », constate Françoise Salvadori, maîtresse de conférences en immunologie à l’université de Bourgogne. La remise en cause de la réalité de l’acte vaccinal « est liée à l’information vidéo et à l’image », ajoute la co-autrice d’Antivax. La résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours*. Un des exemples les plus anciens pourrait remonter à la vaccination de Roselyne Bachelot contre la grippe H1N1 en 2009.  « Il me semble qu’à l’époque, c’était la première fois où on a prétendu que ce qu’on lui avait injecté du sérum physiologique, que ce n’était pas le vrai vaccin », rappelle la chercheuse.

Les accusations de toxicité des vaccins sont « éternelles »

Les vaccins ont aussi été pointés du doigt pour leur composition. Les vaccins à ARN messager ont été soupçonnés, à tort, de pouvoir transformer l’ADN, ou d’être « cytotoxiques ». Une affirmation qui ne correspond pas aux données scientifiques, comme le rappelait 20 Minutes dans cet article en juin. 

Ces accusations de toxicité des vaccins sont « éternelles », souligne François Salvadori. « Le mythe de l’empoisonnement, le fait que ces vaccins seraient là pour nous rendre malades, existe depuis le début. » Lorsqu’au début du 19e siècle, le médecin britannique Edward Jenner développe son vaccin contre la variole, en ayant l’idée d’inoculer la vaccine, présente chez les vaches, « il y a tout une mythologie sur l’idée selon laquelle on allait peut-être se transformer en vaches. Il y avait des caricatures qui montraient des petites vaches et des petites cornes qui poussaient sur le dos et les fesses des vaccinés. »

Au 21e siècle, ce « mythe de l’empoisonnement » a été alimenté par la publication des données européennes de pharmacovigilance. Des décès sont enregistrés par les autorités sanitaires chez des personnes vaccinées ? Peu importe leur cause réelle, les bases de données sont brandies comme la preuve de la toxicité des vaccins.

Ces craintes sont là encore anciennes, relève Françoise Salvadori : « Il y a eu des campagnes en Angleterre de gens qui s’opposaient à la vaccination obligatoire, parce que l’Angleterre est la première à l’avoir rendue obligatoire en 1863. Les premières associations anti-vaccins ont publié des photographies d’enfants morts, avec la date du décès de l’enfant et la date de sa vaccination. » En 2021, ce sont des listes de pilotes de ligne ou de sportifs qui ont massivement circulé en ligne, sans que le lien entre leur décès et la vaccination ne soit établi.

* Paru aux éditions Vendémiaire le 3 janvier 2019, l’ouvrage a été écrit avec Laurent-Henri Vignaud.