Coronavirus : Un déconfinement territorialisé pourrait-il fonctionner ?

Olivier Véran, ministre de la Santé, plaide pour un déconfinement par territoire — Thomas SAMSON / AFP
  • Le ministre de la Santé Olivier Véran s’est montré favorable à un déconfinement territorialisé pour sortir de ce troisième confinement.
  • Une mesure qui peut sembler logique au vu de la disparité des chiffres de coronavirus sur le territoire, mais qui n’est pas sans poser quelques questions.
  • Un déconfinement territorialisé pourrait-il fonctionner ?

Le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré ce mardi être favorable à un déconfinement territoire par territoire. « Lorsqu’on envisage de lever un certain nombre de contraintes, il faut regarder la situation épidémique dans chaque territoire, la situation hospitalière et, de façon générale, le niveau de saturation des hôpitaux en France », plaide-t-il dans une interview au journal Le Télégramme. Un certain nombre d’allègements de mesures contre le coronavirus pourraient débuter « dès la mi-mai », en plus de la réouverture des écoles, puis des collèges et des lycées prévue respectivement dans une et deux semaines.

Ce déconfinement territorialisé pourrait-il fonctionner ? 20 Minutes fait le point.

Pourquoi partir sur cette option par territoire ?

Tout simplement car la situation est très diverse en France. Ainsi, en termes d’incidence (nombre de cas pour 100.000 habitants), le département du Finistère n’est qu’à 88,7, tandis que la Seine Saint-Denis a une incidence de 665,7. Sans compter l’outre-mer, c’est 14 départements qui ont une incidence inférieure à 200, tandis que six ont une incidence supérieure à 500.

La saturation des lits en réanimation est également très différente selon les régions. La Nouvelle-Aquitaine n’a « que » 63,8 % de ses lits de réanimation occupés par des patients Covid, contre 159,6 % dans les Hauts-de-France (ce genre de chiffre est possible car les pourcentages se font selon le nombre de lits avant la crise du Covid).

Cette disparité questionne sur la pertinence de mesures nationales. « A l’heure actuelle, il est difficile de comprendre pourquoi le Finistère est encore sous couvre-feu ou a les mêmes contraintes que Paris », prend en exemple Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en Santé publique.

Pour le moment, aucun chiffre ni aucun objectif n’ont été donnés pour le déconfinement. Mais quels que soient les critères requis, « il est certain que des territoires les atteindront avant d’autres. Peut-être même certains cochent-ils déjà toutes les cases », appuie la chercheuse.

Quels sont les avantages d’un déconfinement par territoire ?

Comme dit plus haut, cela permettrait de déconfiner certains territoires beaucoup plus tôt qu’en se basant sur la moyenne nationale. « Et vu le coût économique, social et physique d’un confinement, cela peut soulager une grande partie de la population », plaide Marie-Aline Bloch.

Néanmoins, l’impact économique est à relativiser. En déconfinant selon la moyenne de chaque territoire et non la moyenne nationale, on retarde fatalement le déconfinement des régions ayant la plus haute circulation virale (car les régions avec une faible circulation ne viennent plus compenser leurs chiffres). Ainsi, si le déconfinement est fixé à une incidence de 200 par exemple, Paris serait bien plus vite déconfiné dans une approche nationale (l’incidence du pays est pour le moment de 342,2) que dans une approche territoriale (l’incidence de Paris est de 518). Or, les régions avec une haute incidence sont parmi les plus importantes économiquement (Hauts-de-France, Ile-de-France et Paca). Un déconfinement par territoire pourrait donc être plus coûteux pour le pays qu’un déconfinement national.

Sanitairement en revanche, « déconfiner par territoire permet justement d’éviter de déconfiner trop tôt des régions possédant une haute circulation virale sous prétexte que la moyenne nationale est basse. C’est donc un système plus juste et plus sûr », selon Marie-Aline Bloch. D’autant plus que cela permet de tester dans les territoires déconfinés ce qui fonctionne – et ne fonctionne pas – afin de préparer au mieux les déconfinements futurs des territoires les plus à risques (comme la Seine Saint-Denis, où la densité de la population ainsi que sa précarité sont vues comme deux facteurs de risque supplémentaires de haute circulation virale).

Cela peut-il fonctionner ?

Puisque ce déconfinement par territoire ferait des gagnants et des perdants, toute la question est de savoir comment éviter les exodes de population des régions confinées vers les régions déconfinées ? Un effet constaté à chaque mesure différenciée, notamment en Ile-de-France.

Pour Marie-Aline Bloch, cela dépendra de la différence entre les territoires confinés et déconfinés : « On peut attester que le confinement est déjà moins lourd que celui de mars 2020. De plus, les écoles vont rouvrir, le couvre-feu sera sûrement encore décalé d’une heure, et peut-être même les terrasses rouvriront-elles dans les territoires confinés. Avec un confinement vivable, le risque d’exode est moindre. »

Bien sûr, la chercheuse plaide également pour de nombreux contrôles entre régions, des tests, etc. Comme en mai dernier : « Un déconfinement par région avait déjà été réalisé lors de la première vague, et il n’y avait pas eu d’exode ou de déportation d’incidence » – même si la circulation virale était bien plus faible en France qu’elle ne le sera lors de ce déconfinement, ce qui rend toute comparaison difficile. Il y a déjà un an, les différences étaient moindres entre territoires : terrasses et salles de sport ouvertes trois semaines en avance seulement, puis intérieur des restaurants contre seulement les extérieurs dans les territoires « rouges ». Un déconfinement territorialisé, oui, mais pas trop différencié s’il veut fonctionner.

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