Coronavirus : « Très mal masqués », « Reste à la maison »… Pourquoi les goguettes ont envahi la Toile ?

Les Goguettes en trio, mais à quatre en concert au Café de la danse à Paris, — Les Goguettes en trio, mais à quatre

  • Au temps du confinement, les goguettes, ces parodies où l’on colle ses paroles sur un air connu, se multiplient sur les réseaux sociaux où elles rencontrent vif un succès.
  • Une tradition née au XIXe siècle où l’on chantait « sur des airs connus tout le mal qu’on pensait du gouvernement ».
  • « Un moyen assez simple d’exprimer son opinion, sa colère ou son émotion ».

Confinés, tous chansonniers ? « Des patients qui attendent, des patients qui attendent, ohé ohé… (…) Très mal, très mal masqués, ohé ohé… On bosse, on bosse, on bosse, très mal masqués » Sur l’air du Bal Masqué de La Compagnie Créole, rebaptisé Très mal masqué, le Lillois Jeremy Cirot chante avec humour les difficultés rencontrées par les soignants. Une vidéo mise en ligne le 31 mars, signée La pandémie Créole, vue plus de 1,5 million de fois sur Facebook et plus de 200.000 fois sur YouTube.

« Reste à la maison, y’a le printemps qui chante » Dans une vidéo relayée sur Twitter le 22 mars, la police belge assure sa ronde dans les rues de Bruxelles en diffusant une parodie d’un titre bien connu de Claude François Y’a le printemps qui chante de l’humoriste Yann Lambiel. Plus de 425.000 vues pour le tweet et plus de 478.000 vues de la parodie intégrale sur YouTube.

Emu et confiné, le 23 mars, Jean-Jacques Goldman reprend seul face à sa Webcam Il changeait la vie, son tube de 1987, qu’il a renommé Ils sauvent des vies pour rendre hommage aux soignants et ceux qui travaillent en pleine épidémie de Covid-19.

Le 6 avril, François Guillemot, ancien du groupe punk Bérurier noir, partage sur Twitter une vidéo reprenant le riff culte de Salut à toi, devenu Merci à toi Ô soignant sur des paroles revisitées par une famille en hommage aux personnes qui travaillent.

Des parodies qui s’inscrivent dans la tradition, bien française, de la goguette. Explications.

« C’est un moyen simple pour le commun des mortels de faire passer un message. Il n’y a pas besoin de savoir composer. Comme la chanson d’origine est connue, les gens se l’approprient facilement. Il suffit de savoir chanter et écrire. C’est facile ! », salue Stan, membre des Goguettes en trio, mais à quatre, groupe qui a redonné ses lettres de noblesse à un art un peu oublié.

Parce que piocher dans le répertoire pour y apposer ses paroles ne date pas d’hier ! Si le mot « goguette » au sens d’« être d’humeur joyeuse » apparaît au XVe siècle – d’où les expressions festives « partir en goguette » ou « à gogo », ces parodies de chanson se multiplient après la Révolution française tout au long du XIXe siècle.

Les goguettes étaient alors des sociétés chantantes « un peu secrètes » où l’on se réunissait « pour chanter sur des airs connus tout le mal qu’on pensait du gouvernement », résume Stan. Il en existe encore, comme La Goguette Des Z’énervés chaque lundi à Paris sur le Bateau El Alamein.

« Un moyen assez simple d’exprimer son opinion, sa colère ou son émotion »

« La goguette est un moyen assez simple d’exprimer son opinion, sa colère ou son émotion. C’est normal de retrouver cette pratique dans des moments un peu intenses historiquement », poursuit l’expert. Pas étonnant que cette tradition, même si elle porte rarement son nom, soit réapparue au moment des attentats de Charlie Hebdo ou actuellement en pleine pandémie.

Stan salue Très mal masqué : « Bien vu ! Une bonne goguette, c’est lorsque la chanson d’origine colle très bien avec ce qu’on dit. » Et d’attirer notre attention sur une autre « excellente goguette » de confinement sur l’air du Temps ne fait rien à l’affaire de Brassens, et son fameux refrain « quand on est con, on est con ». « Il fait plein de jeux de mots autour des mots « cons » et « confinés » », félicite Stan.

Un air de Brassens qui en a inspiré plus d’un.

De leur côté, Les Goguettes en trio, mais à quatre, dont la tournée a été interrompue en raison du confinement, a pensé à ses nombreux fans. « On a fait une vidéo qui s’intitule On a rien vu venir, disponible sur Facebook et YouTube », annonce Stan. Une vidéo hilarante « inspirée des Têtes à claques ».

Faute de tournage dans les conditions habituelles, chaque membre du groupe s’est filmé « face caméra, figé, en articulant bien ». Aurélien, un des membres du groupe, a réalisé le montage. « Clémence et moi avons écrit les paroles. On s’est tous enregistré chacun de son côté avec une voix témoin sur un enregistrement guitare de Valentin. Clémence a enregistré sa partie au piano. », détaille Stan.

« Il faut avoir un angle et savoir ce que l’on a envie de dire »

Envie de vous lancer dans la goguette ? Les conseils du pro : « Pour faire une bonne goguette, il faut avoir un angle et savoir ce que l’on a envie de dire. Est-ce que j’ai envie de parler de ma situation personnelle de confiné, des infirmières qui travaillent, etc. Et une fois qu’il est défini, il faut s’y tenir. »

Seconde étape : « Il faut ensuite trouver la chanson qui va bien, avec ce qu’on a envie de dire. C’est là où l’on fait mouche ! Il faut avoir des sonorités qui se retrouvent, recommande-t-il. Quand Au bal masqué devient Très mal masqué, il ne reste plus qu’à dérouler et une goguette peut s’écrire rapidement parce que la chanson choisie s’impose comme une évidence ».

Et de donner d’autres exemples : « Par exemple, avec le mot « confinés », ce qui marche bien c’est la chanson de La Reine des Neiges avec son « libérée, délivrée ». »

« La goguette peut aussi être un message politique ou militant au premier degré parce qu’on est en colère. Avec Les Goguettes en trio, mais à quatre, on essaye d’être dans l’humour, d’être dans l’ironie, le second degré ou la caricature », décrit-il. A vous de jouer !

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