Coronavirus : Tout comprendre à la (nouvelle) campagne de rappel des vaccins

Mardi, seulement 3,4 millions des 7,7 millions de Français éligibles avaient fait leur rappel (la troisième dose) du vaccin contre le Covid-19. Ils devraient être nettement plus nombreux dans les prochaines semaines. Emmanuel Macron a en effet modifié la campagne de rappel… avec l’objectif de la booster. Et ainsi freiner la reprise épidémique.

Pour le moment, seuls les plus de 65 ans, les personnes atteintes de comorbidités et les professionnels s’occupant et accompagnant ces patients (soignants, transports sanitaires, aides à domicile, professionnels du médico-social…) peuvent recevoir une dose de rappel (la deuxième, la troisième voire la quatrième dose selon les profils des personnes). Mais à partir du 1er décembre, l’accès sera élargi aux plus de 50 ans. Côté contrainte cette fois, les personnes de plus de 65 ans qui n’auront pas fait ce rappel après le 15 décembre (quand leur deuxième dose ou dose unique date de six mois et cinq semaines) perdront leur pass sanitaire. 20 Minutes fait le point en cinq questions.

Pourquoi ce rappel ?

Lors de la vaccination, notre corps produit deux types de protection contre le virus. « Des lymphocytes B produisent des anticorps tout de suite, mais il y a également des lymphocytes « mémoires » qui servent de réserve pour plus tard dans la moelle osseuse », explique Sandrine Sarrazin, chercheuse à l’Inserm au centre d’immunologie de Marseille-Luminy. Ce qui explique que la majorité des vaccins, injectés avant le premier anniversaire d’un enfant, le protège pour des années.

« Le rappel n’est pas obligatoire pour les vaccins traditionnels, reconnaît la chercheuse. Il y a certes le DTP, qui demande de faire un rappel tous les vingt ans, puis tous les dix ans après 65 ans. » Pas tous les six mois, donc… Pourquoi alors ces rappels contre le Covid-19 si tôt ? « Le contexte est différent : d’une part, on est en pleine épidémie, insiste Sandrine Sarrazin. D’autre part, on ne sait pas encore combien de temps dure cette immunité. » Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’elle diminue au fil du temps. Au bout de six mois, selon certaines études.

« Chez tout le monde, mais c’est corrélé à l’âge », nuance la chercheuse. En gros, plus on est âgé, plus l’immunité baisse vite. D’où cette priorisation de la campagne de rappel. « Des études sur les patients qui ont participé aux essais cliniques et en vie réelle en Israël [où les troisièmes doses ont commencé dès la fin juillet 2021, et ont été élargies aux plus de 12 ans fin août] montrent que le rappel multiplie par dix le taux d’anticorps dans le sang », ajoute la chercheuse. Avec une efficacité démontrée : mi-septembre, le taux de cas graves avoisinait 4 pour 100.000 habitants chez les « triples vaccinées », contre 35 pour 100.000 pour les personnes ayant reçu une ou deux doses, et 150 pour 100.000 pour les non vaccinés, selon les autorités sanitaires israéliennes.

Avec quel vaccin ?

Quel que soit le vaccin injecté lors de votre première vaccination, vous recevrez forcément du Pfizer (Comirnaty). Avec un délai de six mois entre votre dernière injection et ce rappel. Sauf si vous avez opté pour le vaccin de Jannsen, le délai d’attente entre la première et unique dose et ce rappel est réduit à quatre mois.

Mais les choses pourraient bien évoluer. En effet, selon le rapport de la Haute Autorité de Santé du 8 novembre, c’est Moderna qui semble plus efficace pour éviter les formes graves. En revanche, la HAS précise que pour les moins de 30 ans (atteints de comorbidités, susceptibles de faire des formes graves ou s’occupant de personnes vulnérables, soignants, aides à domicile…), le vaccin de Pfizer doit être préféré car le risque de faire une myocardite après l’injection (qui reste très rare) est 5 fois moindre pour ce dernier comparativement au vaccin de Moderna.

Illustration d'un vaccin de Moderna.
Illustration d’un vaccin de Moderna. – AFP

L’injection de rappel est-elle moins dosée ?

Cela dépend des vaccins. Pour le Moderna, on passe de 100 microgrammes pour la primo-vaccination à 50 microgrammes pour le rappel. Pourquoi ? « Dans leur essai clinique de phase 3, les patients recevaient 100 microgrammes du vaccin développé par Moderna, rappelle Sandrine Sarrazin. Depuis, le laboratoire a testé différentes doses et ils ont constaté qu’avec 50 microgrammes, c’était suffisant. » Utile pour économiser des doses : avec la même quantité de produit, on peut vacciner deux fois plus de personnes. « Le vaccin de Pfizer, en revanche, était à 30 microgrammes pour la primo-vaccination. Ils n’ont pas fait de test pour diviser la dose. Comme il y a une bonne réaction, il n’y a pas de modification lors de la troisième injection. »

Faut-il s’attendre à d’autres effets secondaires ?

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mis en place un suivi spécifique des effets indésirables rapportés après une dose de rappel. Résultat : depuis le 24 août, date du lancement de la campagne de rappels, 78 cas graves ont été rapportés pour le vaccin Pfizer. Du côté de Moderna, on compte 28 cas graves. Pour ces deux vaccins, « les effets indésirables rapportés sont similaires à ceux de la primo-vaccination, et aucun signal spécifique n’a été identifié concernant les doses de rappel et les 3e doses. », précise l’ANSM dans son communiqué. Mais le rappel de Moderna, moins dosé que la primo-vaccination, pourrait-il limiter les effets secondaires ? « Ce n’est pas corrélé comme ça, les réactions changent d’une personne à l’autre, nuance Sandrine Sarrazin. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’aura pas des effets secondaires plus importants ou différents de ceux provoqués par les premières injections. »

Peut-on cumuler vaccin contre la grippe et dose de rappel contre le Covid-19 ?

Oui, cette double protection est même recommandée par les autorités de santé, puisque les premières victimes du Covid-19 sont les mêmes que celles de la grippe. Il est donc déjà possible de recevoir ces deux vaccins le même jour, mais sur deux sites d’injection. « La réalisation concomitante [de ces] vaccins » ne comporte « aucun danger » et peut permettre « d’éviter tout délai dans l’administration de l’une ou l’autre de ces injections », souligne la HAS​.

Ces personnes risquent-elles d’être davantage HS avec les deux bras douloureux ? « Il n’y a pas plus de risque d’effets secondaires, précise Sandrine Sarrazin. Rappelons que nos enfants reçoivent parfois des vaccins pentavalents (protégeant contre cinq maladies différentes). » Et si vous avez déjà fait votre rappel ou le vaccin contre la grippe ? Il n’y a pas de délai à respecter entre ces deux injections.