Coronavirus : Souci d’organisation, triche, étudiants malades… Pourquoi les partiels sont-ils chamboulés dans les universités ?

Un étudiant passant un examen en présentiel. — Pixabay

  • Démarrés depuis le mi-décembre, les partiels s’étalent jusqu’à fin janvier selon les universités.
  • Lorsqu’ils se déroulent en présentiel, ce n’est pas toujours dans le respect des gestes barrières.
  • Et les examens en ligne ne sont pas la panacée non plus. Car les universités sont confrontées à de la triche et des bugs informatiques.

Des examens du premier semestre forcément différents cette année, en raison de la crise sanitaire. Démarrés depuis le mi-décembre, ils s’étalent jusqu’à fin janvier selon les universités. « Les modalités de passage sont très variables, certaines universités ayant maintenu le présentiel, lorsque d’autres ont mis en place une formule à distance pour éviter le brassage des étudiants », observe Virginie Dupont, vice-présidente de la Conférence des présidents d’université et présidente de l’université de Bretagne Sud. Pour sa fac, elle a décidé de réserver les partiels en présentiel aux étudiants devant valider une licence, une licence professionnelle ou un master à la fin de l’année.

A Sorbonne université, les partiels répondent aussi à des règles différentes selon les cursus : « En Sciences, on a prévu beaucoup de partiels sur table, mais en Lettres, ils ont lieu en ligne. Même si tous les étudiants auraient préféré passer leurs partiels sur place, car ils ont terriblement envie de revenir et qu’ils pensent que l’équité est davantage respectée en présentiel », indique Marie-Cécile Daniel, la vice-présidente de la formation.

Les consignes sanitaires pas toujours respectées

Un travail de préparation complexe pour les équipes pédagogiques et qui a causé quelques soucis d’organisation, comme l’a observé Paul Mayaux, président de la Fage : « Certains partiels sont annulés le jour même. D’autres sont reprogrammés en urgence, alors que des étudiants ont quitté la ville où ils étudient pour regagner le domicile familial ». Et lorsqu’ils se déroulent en présentiel, ce n’est pas toujours dans le respect des gestes barrières, observe Mélanie Luce, présidente de l’Unef. « On a vu des images d’entrées et de sorties de salles d’examen assez effrayantes, il y avait trop d’étudiants massés. Au lieu de les convoquer à quelques minutes de différence pour procéder à des entrées échelonnées, et surtout de multiplier les salles d »examens pour diminuer la jauge dans chacune d’elles. Mais pour cela, il aurait fallu recruter plus d’examinateurs, et le ministère n’a pas fourni les fonds pour le faire. »

D’ailleurs Camille, qui doit passer les siens bientôt dans sa fac, n’est pas rassurée. « Je trouve inconscient de laisser des élèves passer des évaluations dans la même salle. D’autant plus que la nouvelle variante du virus touche apparemment encore plus de jeunes », a-t-elle répondu à notre appel à témoins.

Les sessions de substitution pas organisées partout

Les restaurants universitaires étant toujours fermés, la pause déjeuner entre deux partiels est aussi un moment à risque, constate Paul Mayaux : « Comme il fait froid, les étudiants ont tendance à s’entasser dans des voitures pour déjeuner ». Une difficulté dont est consciente Virginie Dupont : « Nous souhaitons réouvrir les halls des universités à l’heure du déjeuner pour que les étudiants puissent s’asseoir et déjeuner au chaud, même s’il faudra faire la police pour qu’ils respectent les règles de distanciation ».

Autre souci : les étudiants malades du Covid-19 ou cas contact ne sont pas tous logés à la même enseigne : « Certaines universités ont organisé des sessions bis pour leur permettre de passer leurs partiels. Mais d’autres leur ont mis zéro en cas d’absence. Du coup, ils vont devoir aller au rattrapage », observe Paul Mayaux. « Ce système est dangereux, car pour éviter d’écoper d’un zéro, certains vont passer leur partiel avec le Covid », ajoute Mélanie Luce.

« On a bien vu qu’il y avait de la triche »

Les examens en ligne ne sont pas la panacée non plus. « Surtout ceux qui proposent une évaluation avec des QCM (questions à choix multiple), car la triche est plus facile. Nous avons été confrontés à cela l’an dernier », reconnaît Virginie Dupont. Ce que Gwendoline, étudiante en soins infirmiers, a aussi pu constater : « Les épreuves passées en ligne étaient et sont sous formes de QCM ou QRU (questions à réponses courtes), mais également des QCROC (questions à réponse ouverte courte). Lors des résultats, on a bien vu qu’il y avait de la triche avec des notes hautes comparées à celles obtenues en présentiel ». Même son de cloche chez Laurie, étudiante en deuxième année de Droit : « J’ai un groupe Snapchat avec ma promo et à chaque fois à la fin de l’épreuve, je pouvais voir qu’ils s’étaient envoyé toutes les réponses. C’est injuste pour ceux qui bossent réellement et apprennent leurs cours ».

Pour éviter cet écueil, des universités privilégient les travaux de réflexions, les dissertations, les revues de presse, les commentaires de texte, les exercices d’application… « On évalue davantage les compétences que les savoirs. Et on rappelle aux étudiants que s’ils se font aider par un proche, ils ne seront pas au niveau l’an prochain. Alors que si les partiels montrent de grandes difficultés, nous pouvons leur proposer du soutien pour le reste de l’année », précise Marie-Cécile Daniel.

Des problèmes techniques qui compliquent les partiels

Et comme les cours en ligne, les partiels en distanciel ne sont pas exempts de couacs, comme en témoigne Shaïna : « Je ne parvenais pas à ouvrir certains partiels, ce qui me faisait perdre énormément de temps pour réaliser mon travail. Il est arrivé plusieurs fois que des étudiants n’arrivent pas à déposer leur partiel à temps sur la plateforme d’examen à cause de bugs ».

Enfin, certains craignent de ne pas être noté à leur juste valeur, comme Tristan : « Les résultats ne sont pas du tout représentatifs de notre niveau et de notre travail. J’ai eu des notes passables alors que je n’ai pratiquement jamais travaillé depuis septembre ». Car dans beaucoup d’universités, les enseignants font preuve de clémence dans leur notation pour prendre en compte les difficultés de l’enseignement en ligne…

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