Coronavirus : Quelle sera l’utilité des autotests, disponibles dès lundi en pharmacie ?

Autotests covid-19, le 07/04/2021. — SYSPEO/SIPA
  • Les pharmaciens sont autorisés à vendre des autotests antigéniques à partir de ce lundi.
  • Ils seront gratuits pour les salariés à domicile intervenant auprès de personnes âgées ou en situation de handicap, mais seront payants pour les particuliers.
  • S’ils représentent un outil de prévention supplémentaire, des questions demeurent sur leur fiabilité et l’attitude que les utilisateurs auront en cas de positivité du test…
  • Beaucoup de personnes interrogées y voient un intérêt pratique et il est prévu de les déployer dans les établissements scolaires

Une nouvelle arme dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus. Les autotests de dépistage du Covid-19 seront disponibles dans 6.000 pharmacies dès ce lundi. Destinés aux personnes asymp tomatiques de plus de 15 ans, ils seront déployés progressivement dans toutes les officines. Moins invasifs et désagréables que les tests naso-pharyngés profonds, ils consistent en un prélèvement nasal avec un écouvillon à enfoncer de 2 à 3 centimètres dans la narine qu’il faut ensuite tremper dans un réactif. Le résultat est délivré en quinze à vingt minutes. Tout autotest positif devra ensuite faire l’objet d’une confirmation par test PCR.

Les autotests seront délivrés gratuitement, sur justificatif, aux salariés à domicile intervenant auprès de personnes âgées ou en situation de handicap, ainsi qu’aux accueillants familiaux accompagnant ces personnes à raison de deux par semaine, indique le ministère de la Santé sur son site. Les particuliers pourront aussi se les procurer au prix plafonné à 6 euros, puis à 5,20 euros à partir du 15 mai.

« Je pense en utiliser avant de voir mes amis »

Selon le Dr Jérôme Marty, président de UFML (Syndicat de l’Union française pour une médecine libre), interrogé par 20 Minutes, ces autotests représentent « grande avancée dans la lutte contre l’épidémie, à condition que les gens s’en emparent. D’ailleurs les pays qui s’en sortent le mieux dans le combat contre le Covid-19 les utilisent ». De son côté, le ministère de la santé les voit comme « un instrument d’autosurveillance ». Outre le fait qu’ils serviront de bouclier à la propagation du coronavirus pour les salariés à domicile, ils seront utiles aux particuliers. « On pourra en utiliser avant de se rendre à un déjeuner familial, au cinéma ou au bureau. Ce sera un outil de protection du groupe. En cas de résultat positif, la personne s’isolera et l’incendie sera éteint très tôt », explique Dr Jérôme Marty.

D’ailleurs, certains de nos lecteurs ont déjà l’intention de s’en servir, à l’instar de David : « Oui, j’en utiliserai. Plus besoin de me déplacer en pharmacie ou en labo d’analyse où tout le monde s’agglutine dans des files d’attente interminables. Un état fébrile ? Un repas de famille à venir ? L’autotest sera l’outil indispensable pour plus de sérénité. Comme on utilise un éthylotest pour la conduite ». Idem pour Corinne, qui a répondu à notre appel à témoins : « Je pense en utiliser avant de voir mes amis et de faire des randonnées avec mon club. C’est une sécurité supplémentaire et je ne comprends pas le retard français à propos de ces tests. Bien sûr, en cas de positivité, je me ferai contrôler par PCR, car je sais que leur fiabilité n’est pas de 100 % et je m’isolerai ».

Bientôt dans les établissements

Autre intérêt de ces tests : ils pourront toucher des populations qui ne se font pas suffisamment tester actuellement. « Comme les personnes qui vivent en zone rurale ou dans certaines banlieues et qui n’ont pas accès à centre de dépistage », poursuit le Dr Jérôme Marty. Et selon lui,« ces tests pourront être utiles plusieurs mois, le temps que la population soit massivement vaccinée ».

Ces autotests pourront aussi être utiles au moment où les établissements scolaires vont rouvrir, afin de limiter la propagation du virus. Ils « vont être rapidement mis à disposition dans les établissements scolaires », a d’ailleurs indiqué Olivier Véran, dans un entretien au Journal du dimanche. Si ces tests pourront être proposés à tous les enseignants, ils ne le seront qu’aux élèves de plus de 15 ans, selon la recommandation de la Haute autorité de Santé (HAS). Et le ministre de la Santé évoque même la possibilité « d’aller jusqu’à deux tests par semaine par élève et par enseignant ». A condition que ceux-ci soient volontaires pour les effectuer…

« Je ne vois absolument pas l’intérêt »

Reste que des questions se posent sur leur fiabilité qui est moins élevée que celle des tests PCR et antigéniques sur prélèvement nasopharyngé. Selon les premières données analysées par la HAS, ces tests ont des sensibilités cliniques de l’ordre de 80 à 95 % chez les patients symptomatiques et de 50 à 60 % chez les personnes asymptomatiques. « C’est pour cela que ces tests doivent être utilisés de manière itérative (une à deux fois par semaine), car c’est la répétition qui fera la fiabilité du résultat », estime le Dr Jérôme Marty.

Certains Français pourraient aussi se montrer réticents à les utiliser, même si les pharmaciens leur donneront le mode d’emploi. C’est le cas de Pascale, qui a répondu à notre appel à témoins : « Cela ne semble quand même pas si simple à faire, il fait être prudent pour pas se faire mal en le mettant dans le nez ». Même scepticisme chez Serge : « Payer pour faire un test moins fiable et forcément moins bien fait (incapable de me chatouiller le pharynx 10 secondes seul), je ne vois absolument pas l’intérêt ».

Un frein financier ?

Autre point d’interrogation : le fait que ces tests soient payants pour les particuliers ne va-t-il pas les dissuader d’en acheter ? C’est le cas de Martine, une de nos lectrices : « Bien que j’y sois favorable, je n’ai pas l’intention de les utiliser, car avec ma petite retraite je compte les centimes pour pouvoir m’acheter des pâtes ! Et 5 ou 6 euros représentent ma nourriture pour demie semaine ! ». « L’idéal aurait été de les proposer à un euro et qu’ils soient vendus en grande surface, comme dans beaucoup d’autres pays. Cela permettrait leur plus grande diffusion », commente Jérôme Marty.

Enfin, l’intérêt de ces autotests est également suspendu à l’attitude qu’auront leurs utilisateurs en cas de résultat positif. « Il faut qu’ils jouent le jeu en faisant un test PCR derrière et en prévenant leur entourage. Même s’il y aura toujours des personnes qui ne respecteront pas la consigne, on peut imaginer qu’ils seront minoritaires car le fait même de s’autotester dénote un certain sens des responsabilités », estime le Dr Jérôme Marty.

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